27/06/2022

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Le président Eyadéma vu par la presse africaine

Critiques et ironie contre la révision constitutionnelle qui autorise la présidence à vie au Togo.

En réformant la Constitution interdisant au président Eyadéma de se représenter à l’élection de juin, le Parlement togolais ouvre la voie à la « présidence à vie ». Dès lors, la presse africaine brosse le portrait d’un pays en déclin. »A en juger par ce qui se passe au Togo, les Kenyans peuvent s’estimer heureux de ne pas vivre dans ce pays d’Afrique de l’Ouest », ironise le quotidien de Nairobi The Nation, qui souligne ce saisissant contraste : « Au lendemain de la transition réussie au Kenya, l’homme fort du Togo, Eyadéma, au pouvoir depuis 1967, a fait adopter une réforme constitutionnelle qui lui ouvre la voie à la présidence à vie. »

Cet amendement « fait l’objet de nombreuses critiques de la part de nombreux acteurs et observateurs de la scène politique togolaise », souligne Allafrica.com, car le nombre de mandats présidentiels n’est plus limité à deux. »Depuis l’adoption de la Constitution de 1992, Eyadéma a été élu à deux reprises (en 1993 et en 1998) lors de scrutins contestés, au point que l’Union européenne et la plupart des partenaires concourant au développement du Togo ont suspendu leur coopération », souligne Fraternité Matin, qui rappelle que le président togolais a affirmé « en plusieurs occasions sa volonté de se retirer en 2003″. En effet, pour mettre fin à dix années de tensions politiques, pouvoir et opposition avaient conclu en 1999 l' »accord-cadre de Lomé », qui prévoyait des législatives anticipées et le départ du président en 2003. Mais, ajoute le quotidien ivoirien, « depuis des mois, des proches du pouvoir s’appliquent à prédire un scénario catastrophe : si l’après-Eyadema n’est pas bien préparé, on peut craindre le pire (disent-ils). Une façon de plaider, voire de préparer l’opinion, pour un maintien du président, au moins pour quelque temps ».

UNE IMAGE TERNIE

Comme le souligne The Nation, Eyadéma est sans conteste un dinosaure de la vie politique. Avec le colonel Kadhafi (Libye) et le président Bongo (Gabon), il fait figure de doyen de l’Afrique. »Après le coup d’Etat qui a renversé le président Nicolas Grunitzki en janvier 1967, Gnassingbé Eyadéma, alors chef d’état-major de l’armée, était devenu officiellement le chef de l’Etat. » Depuis, « ce dictateur a régné sur son pays par la terreur », note le Post Express de Lagos.

Deux fois reportées, les législatives ont eu lieu en octobre 2002, mais sans les »partis d’opposition traditionnels, qui ont boycotté le scrutin ». La réforme constitutionnelle a été votée d’autant plus facilement, souligne le Post Express, que « l’opposition n’est pas représentée au Parlement ». Cette « réforme choque aussi par les critères d’éligibilité qu’elle impose : [elle] précise que tout candidat doit avoir résidé au Togo au cours des douze derniers mois, alors qu’un des ténors de l’opposition, Gilchrist Olympio, vit en Europe depuis l’attentat manqué qui a failli lui coûter la vie ». Ce dernier est un symbole d’autant plus fort de la vie politique togolaise qu’il est le fils de Sylvanus Olympio, président assassiné en 1963 lors du coup d’Etat auquel avait participé Eyadéma.

A l’étranger, l’image du Togo est particulièrement ternie, note le journal sénégalais Sud Quotidien, qui ironise sur la prétention d’Eyadéma à jouer les médiateurs dans la crise ivoirienne. Même au Togo, où la presse est bâillonnée, la colère monte. »Rien qu’à parcourir certains quartiers de Lomé, on se rend compte aisément, en l’espace de quelques heures, de l’ampleur de la crise qui frappe le Togo de plein fouet. Manifestement, sa réputation de « Suisse de l’Afrique de l’Ouest » n’est plus qu’un souvenir, tant les capitaux ont depuis longtemps changé de destination, instabilité sociopolitique oblige », souligne le mensuel béninois Afrique Diagnostic. Lequel ajoute : « Lomé la belle – et la rebelle, lors des affrontements entre partisans et adversaires du régime du président Gnassingbé Eyadéma – est en passe de devenir la poubelle, disent certains Togolais. Non sans une pointe d’ironie. »

Pierre Marie Cherruau

[Le Monde->http://www.lemonde.fr/] édition du 10.01.03