03/12/2022

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Le raisonnement que Paris a suivi à propos du scrutin présidentiel au Togo….

FAURE GNASSINGBE EST CONFIRME A LA TETE DE L’ETAT TOGOLAIS: L’OPPOSITION RECLAME DE NOUVELLES ELECTIONS

Article paru dans l’édition LE MONDE du 05.05.05

La Cour constitutionnelle du Togo a confirmé, mardi 3 mai, l’élection de Faure Gnassingbé, fils de feu le général-président Eyadéma Gnassingbé, à la présidence du pays. Neuf jours après le scrutin largement contesté qui l’a porté au pouvoir, Faure Gnassingbé peut désormais, fort du soutien de l’armée et des 60,15 % des voix proclamées, se dire chef de l’Etat et agir en tant que tel.

Une première fois, il avait tenté de succéder à son père, mort le 5 février, sans passer par les urnes, mais il avait dû y renoncer à la suite de pressions internationales. Cette fois, le rejet, mardi, par la plus haute juridiction togolaise, des recours déposés tant par ses partisans ­ alléguant de destructions d’urnes par l’opposition ­ que par ses adversaires ­ pour le vote de centaines de milliers d’électeurs fantômes notamment ­, ouvre la voie à une rapide prestation de serment qui mettra le nouveau président en position de constituer un gouvernement.

Faisant suite aux promesses d’ouverture et « réconciliation nationale » du fils d’Eyadéma, son directeur de campagne, Komi Klassou, a appelé de ses voeux la constitution d’un « gouvernement de transition pendant six mois » . La capitale, qui avait connu trois jours d’émeutes après la publication des résultats provisoires, la semaine dernière, est restée calme mardi ­ quadrillée par la police et l’armée.

Les partis de l’opposition regroupés derrière le candidat Emmanuel Bob Akitani (crédité de 38,25 % des voix) affirment leur net refus de participer au gouvernement de « large union » promis par M. Gnassingbé. Ils ont appelé à une « résistance populaire » et promis « des insomnies » au nouveau chef de l’Etat. « Nous ne pouvons pas entrer dans le gouvernement de quelqu’un -Faure Gnassingbé- qui représente moins de 10 % des électeurs » , a, pour sa part, déclaré au Monde Gilchrist Olympio, l’opposant historique exilé au Ghana qui n’avait pas été autorisé à se présenter à la présidentielle. M. Olympio estime que le résultat proclamé mardi ne fait qu’annoncer « la continuation du règne de « Gnassingbé 1er » -le général Eyadéma- » . Persuadé que l’opposition a en réalité remporté l’élection, le président de l’UFC (Union des forces de changement) réclame de nouveaux scrutins présidentiel et législatif dans les six mois.

L' »ouverture » promise pourrait mettre en scène d’autres opposants, plus modérés, ayant participé à des gouvernements sous le général Eyadéma. L’une de ces personnalités, Edem Kodjo, ancien premier ministre et ancien secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine, a indiqué, mardi soir au Monde, qu’il « ne refusera pas de servir -son- pays » , tout en assurant ne pas avoir été sollicité. M. Kodjo estime qu’un « large gouvernement d’union nationale » devrait organiser des élections législatives et locales afin d’obtenir « une représentation plus large » que la présidentielle, et reprendre le dialogue avec l’Union européenne pour « redresser la situation des droits de l’homme » .

Désormais en effet, c’est sur la scène internationale que se joue l’avenir du Togo. L’opposition revendique l’intervention de l’Union africaine, de l’ONU et surtout de l’UE. M. Olympio annonce pour jeudi sa venue à Paris. Quant au nouveau président proclamé, il est en contact étroit avec l’UE dont le commissaire chargé du développement, Louis Michel, dit « multiplier les contacts pour éviter un dérapage majeur » .

A Paris, un diplomate ayant la haute main sur la politique africaine de la France explique qu’il faut être réaliste : « en Afrique, en dehors des chefs d’Etat, il n’y a pas d’alternative en matière d’autorité » . C’est au fond le raisonnement que Paris a suivi à propos du scrutin présidentiel au Togo, faisant valoir qu' »il n’y a pas eu plus de fraude qu’en Afghanistan ou au Zimbabwe » .

Dans le cas du Togo, poursuit cet interlocuteur, il faut se demander si « le moindre mal n’est pas d’entériner le scrutin, dans le but d’éviter une guerre civile » . Ensuite, il faudra « peser sur le président fraîchement élu, pour qu’il fasse des gestes d’ouverture » envers l’opposition. Faure Gnassingbé, estime-t-on de même source française, « ne partage en rien les convictions politiques de son père, mais, évidemment, il ne faut pas que les opposants jouent la politique du pire… » .

Reste l’épineuse question de l’ex-ministre de l’intérieur, François Esso Boko, réfugié à l’ambassade d’Allemagne à Lomé. Paris n’est pas mécontent que l’intéressé ait choisi l’Allemagne plutôt que la France, mais, comme il faut bien l' »exfiltrer » , « cela ne nous gênerait pas qu’il soit accueilli sur le territoire français » , concède ce diplomate. Mardi soir, le quai d’Orsay se déclarait « prêt à l’accueillir » , mettant en avant la nationalité française de son épouse. M. Michel, lui, assurait avoir reçu l’accord du nouvel homme fort du Togo afin d’obtenir ce qui n’allait pas de soi : que M. Boko puisse quitter le pays sain et sauf.

Philippe Bernard et Laurent Zecchini
Article paru dans l’édition LE MONDE du 05.05.05