30/06/2022

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Le régime Eyadéma ébranlé par le rapport FIDH

Après la publication d’un rapport de la Fédération internationale de la ligue des droits de l’homme (FIDH) sur le Togo, « L’arbitraire comme norme et 37 ans de dictature », les autorités togolaises ont exprimé un fort mécontentement alors que le Togo tente de regagner la confiance de l’Union européenne. Ce rapport très circonstancié a déclenché une hystérie de la part du régime Eyadéma et occasionné un branle-bas de combat. Direction Paris pour contrer la FIDH.

UNE CONFERENCE DE PRESSE SOUS PRESSION

Averti par le communiqué de presse annonçant la publication du [rapport FIDH 2004->http://www.fidh.org/IMG/pdf/tg389fr.pdf], le gouvernement togolais a fait partir toutes affaires cessantes l’avion présidentiel avec à son bord ses journalistes-maisons (Lucien Messan, Afatsao Siliadin, Abalo Tchekin, Kate Aziaglo Anoumou, … ) pour suivre la conférence de presse et défendre la réputation du régime Eyadéma. Il était prévu que trois ministres feraient partie de l’armada pour apporter la contradiction à la FIDH. Le gouvernement togolais a essuyé un refus ferme de la fédération de transformer la conférence de presse en un débat ou en foire d’empoigne. Cependant, elle a autorisé la présence de M. Tchao Sotou Bere, l’Ambassadeur du Togo en France qui a exprimé le mécontentement de l’Etat togolais face à un rapport qualifié d’«accablant ». Ce diplomate était accompagné d’une forte délégation togolaise composée de journalistes et de militants du parti au pouvoir, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT). Ces derniers n’ont pas tous eu accès à la conférence de presse pendant laquelle les débats ont été tendus, ils battaient le pavé en distribuant des tracts et des fascicules diffamatoires à l’égard des militants des droits de l’homme. [Lucien MESSAN->http://www.republicoftogo.com/fr/news/news.asp?rubID=1&srubID=59&themeID=1&newsID=8205], directeur du journal « Le Combat du peuple », par ailleurs président du Conseil togolais des éditeurs de presse privée(CTEP), laquelle est financée en numéraire et personnellement par Eyadéma, fut le plus ardent « avocat du diable », confondant les genres…Ce qui n’a pas échappé aux participants de cette conférence, en particulier les journalistes, étonnés par ce rôle d’un journaliste dit indépendant. Du reste, les sorties acrimonieuses de Lucien Messan suscitèrent ce commentaire judicieux d’un des conférenciers, Adoté Ghandi Akwei, le président de la Ligue togolaise des droits de l’Homme: « Cela arrive que le gouvernement envoie une armada de journalistes pour intervenir à l’occasion de tels événements. Nous appelons ça une contre-manif. »

LE REGIME EYADEMA EFFRAYE PAR LA PUBLICITE

Le rapport de la FIDH fait suite à une mission internationale d’enquête menée du 7 au 14 février 2004. Il met en exergue les manquements du gouvernement togolais en termes de respect des droits de l’homme. Selon le document, la torture est « une pratique courante », la justice est «un instrument du pouvoir » et les prisons sont un « véritable enfer ». Cette enquête récente rappelle très opportunément qu’il se passe des choses terribles au Togo, et que sous l’apparente bonhomie qu’affichent ce régime et son chef, c’est la violence et la terreur qui sont érigées en système de gouvernement. Les missionnaires de l’organisation de défense des droits de l’homme soulignent que le Togo est tétanisé par 37 ans de dictature qui ont annihilé ou affaibli toute velléité de révolte. Le lecteur est stupéfait par les propos tenus par des ministres togolais à la délégation de la FIDH qui illustrent le caractère voyou de ce régime. Analysant la situation des droits de l’homme au Togo ces dix dernières années, le rapport observe « des dénonciations constantes mais non suivies d’effets des organes onusiens », ce qui a certainement pour effet de renforcer l’impunité.

Les auteurs du rapport font remarquer que toutes les instances nationales de promotion et de protection des droits de l’homme ne sont que des façades. Dans ses conclusions, la FIDH dénonce le régime du dictateur Eyadéma qui s’accroche et fait tout pour devenir incontournable même au-delà des simples intérêts géostratégiques. Le Togo devient comme une espèce de nouvelle Sicile africaine, lieu de tous les trafics et clans. Avec pertinence, les auteurs du rapport affirment que, pour le chef de l’Etat, «son image de marque à l’étranger devient même obsessionnelle pour le chef de l’Etat et les dirigeants. »

Dans le contexte des consultations entre le gouvernement togolais et l’Union européenne, la FIDH et la LTDH demeurent vigilantes et manifestent de la prudence. Selon l’un des chargés de mission qui s’était rendu dans la capitale togolaise, « Il faut espérer que personne, à Bruxelles, ne se satisfera de quelques mesures superficielles »et que le Togo pourra passer bientôt « du règne de l’Etat de force à celui de l’Etat de droit ».

La rédaction letogolais.com

Lire également :
[Le rapport FIDH : Togo, L’arbitraire comme norme et 37 ans de dictature->http://www.fidh.org/IMG/pdf/tg389fr.pdf]
[EYADEMA: Le fléau togolais->http://www.letogolais.com/article.html?nid=19]