02/12/2022

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Le sommet des ambiguïtés

L’Union africaine a finalement vu le jour cette semaine à Durban. Mais tout reste à faire pour donner un véritable contenu à cette nouvelle entité qui a remplacé une OUA vieillie et usée et qui se veut avant tout moderne et transparente. La bonne gouvernance politique et économique ont été au centre des discours et des débats à huis clos.

Au-delà des réjouissances et des propos officiels, les non-dits et les ambiguïtés ont marqué ce premier sommet de l’Union africaine, traduisant le malaise qui règne encore à travers le continent, secoué par la violence et victime de la pauvreté et du sous-développement.

Les grands dossiers politiques ont été plus ou moins escamotés ou ont fait l’objet de positions de principe qui ne règlent rien. Ainsi, le cas du Zimbabwe, dont le président Rober Mugabe a participé à toutes les cérémonies et discussions sans rien dire, n’a jamais été inscrit à l’ordre du jour. Seul le président nigérian Olusegun Obasanjo l’a évoqué au cours d’une conférence de presse pour préciser qu’il avait eu un entretien «franc et direct» avec son homologue zimbabwéen.

Obasanjo, tout comme le chef d’Etat sud-africain Thabo Mbeki, premier président en exercice de cette nouvelle Union, tente de ramener Robert Mubage à la raison tant sur la manière dont il gère le problème des fermiers blancs que dans sa politique répressive à l’égard de son opposition politique.

Kadhafi en trouble-fête

Le sommet a été plus direct en ce qui concerne Madagascar dont le siège est resté vide, tout en adoptant une position très ambiguë. La décision sur Madagascar encourage le nouveau président malgache Marc Ravalomana et les autres parties malgaches concernées «à organiser dans les meilleurs délais les élections, tel que recommandé dans le communiqué adopté par l’Organe central (de l’OUA), au niveau du sommet, à sa session tenue le 21 juin à Addis-Abeba». Ce texte avait préconisé la tenue d’élections libres et transparentes «pour permettre au peuple malgache de choisir son dirigeant».

A Durban, la formulation choisie a été assez vague – puisqu’on ne précise pas la nature des élections – afin de laisser la porte ouverte à des «aménagements», indiquent plusieurs sources informées. «Que Ravalomana soit légitimé par des élections présidentielles ou législatives, cela n’a pas beaucoup d’importance au fond. L’essentiel est l’Union africaine soit restée fidèle à ses principes de bonne gouvernance et refuse d’admettre des dirigeants qui ne sont pas démocratiquement élus», précise un haut responsable africain. Il admet toutefois que cela n’est pas le cas de plusieurs chefs d’Etat présents, en commençant par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, venu au pouvoir par un coup d’Etat militaire en 1969.

Parrain de cette nouvelle union africaine, le colonel Kadhafi a été une des vedettes médiatiques de ce sommet. Mais aussi un trouble-fête dans les débats. N’ayant pu obtenir l’organisation du prochain sommet dévolue au Mozambique, la Libye a multiplié les amendements sur l’Acte constitutif de la nouvelle Union. Ces amendements seront examinés par le Conseil exécutif puis discutés au cours d’une session extraordinaire de la conférence des chefs d’Etat prévue dans six mois.
Là aussi, certains parlent de « session spéciale » et d’autres comme Thabo Mbeki de « sommet extraordinaire ». Les Libyens souhaitent l’organiser à Syrte et lui donner une ampleur solennelle.

Le conflit en RDC, a lui fait l’objet d’une attention particulière en marge des débats. Ainsi, les efforts du président sud-africain et du secrétaire général de l’ONU Kofi Annan ont permis une rencontre entre les chefs d’Etat de la RDC Joseph Kabila et du Rwanda Paul Kagame, sans rien régler pour le moment même si les contacts doivent se poursuivre. Kagame a été très net au cours d’une conférence de presse: son pays n’est pas encore prêt à retirer ses troupes de l’est de la RDC car les problèmes sécuritaires, en particulier celui des Interhamwe, ne sont pas encore réglés.

Joseph Kabila est resté plus discret. Sa délégation a multiplié en revanche les déclarations de bonne intention même si des sources qui suivent de près le dossier redoutent un durcissement de la part de Kinshasa. «Joseph Kabila commence à perdre patience et risque de choisir une option militaire pour en finir dans l’est, conforté par l’accord de Sun City avec Jean-Pierre Bemba qui lui donne le contrôle de 80% du territoire de la RDC», souligne un proche des négociations.

Le principal défi de l’Union reste toutefois la mise en place des institutions qui la rendront opérationnelle. «Nous avons fait de grandes promesses mais nous devons à présent les tenir», a d’ailleurs souligné à la fin du sommet de Durban le président Thabo Mbeki. Les chefs d’Etat et de gouvernement ont décidé de prolonger d’un an le mandat du secrétaire-général sortant de l’OUA, l’ivoirien Amara Essy portant désormais le titre de président par intérim de la Commission africaine, afin de préparer la mise en place de la Commission permanente et des autres structures de la nouvelle Union.

Le sommet de Durban a aussi décidé de remplacer le comité de prévention, de gestion et de règlement des conflits de l’OUA par un Conseil de paix et de sécurité dont les membres seront choisis ultérieurement.

La proposition du colonel Kadhafi de création d’une armée africaine unique a été renvoyée à un groupe d’expert chargé d’examiner tous les aspects liés à la mise en place d’une politique de défense et de sécurité commune pour rapport au prochain sommet de Maputo.

Le NEPAD, le Nouveau partenariat pour le développement économique de l’Afrique a fait l’objet de grands débats, tous les pays ayant été invités à adhérer non seulement aux principes de bonne gouvernance mais aussi au «contrôle par les pairs» appelé Mécanisme africain d’évaluation entre les pairs (MAEP), qui donnera un droit de regard consenti.
Masquant leur déception face à la réponse encore trop lente des bailleurs de fonds après le sommet du G8 à Kananaskis, les Africains affirment vouloir aller de l’avant en utilisant tout d’abord leurs propres ressources. Dans ce cadre ils veulent lancer une vulgarisation et une mobilisation dans leurs pays respectifs pour mieux faire comprendre cette nouvelle initiative considérée comme une chance de sortir le continent du sous-développement et lui permettre de prendre sa place dans le train de la mondialisation.

Tout comme pour l’OUA, le principal problème de la nouvelle Union africaine sera celui des financements qui lui permettront ou non de mettre en place des institutions plus efficaces. « Des solutions sont à l’étude », indique Amara Essy qui admet que ce sera la bataille la plus difficile qu’il aura à mener d’ici le prochain sommet de Maputo.

RFI