03/07/2022

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Le TOGO et L’Elysée voulaient imposer le silence radio à RFI

Le Canard enchaîné du 2/10/2002

La rédaction de Radio France internationale a dû, à la mi-septembre, menacer de se mettre en grève pour empêcher un cas flagrant de censure. Il s’agissait de l’interview d’un opposant au régime du Togo, que les dirigeants de RFI avaient renoncé à diffuser à la suite des pressions de Lomé, soutenues…par l’ambassadeur de France sur place.

Le 3 septembre, des journalistes du service Afrique de RFI rencontrent, à Paris, Agbéyomé Kodjo, ancien Premier ministre du Togo. Trois mois plus tôt, en effet, Kodjo a démissionné et fui son pays, dont le président, Gnassingbé Eyadema, défraie souvent la chronique d’Amnesty International et des associations de droits de l’homme. L’entretien doit être diffusé le 9 septembre.

Le 6 – mais pour une affaire n’ayant aucun lien avec l’interview -, la rédaction appelle Koffi Panou, ministre togolais des Affaires étrangères. Et tombe des nues: « Je sais que vous avez enregistré Kodjo, s ’emporte-t-il, (…)
Je sais ce qui se passe à RFI. (…) Je peux vous dire que cette interview n’a aucun intérêt. Cela ne sert à rien de la diffuser. Combien vous a-t-il payés ? »
Stupeur, le lendemain, quand Gilles Schneider, directeur d’antenne de RFI, demande au service Afrique de ne pas diffuser l’entretien.

Raison invoquée. la sécurité de l’épouse et des enfants de Kodjo, restés à Lomé. C’est en tout cas, expliquera-t-il le 9 septembre, ce que l’ambassadeur de France au Togo a fait savoir à Jean-Paul Cluzel, patron de RFI.
Mais, deux jours plus tard, un dirigeant de la chaîne lâche le morceau:  » L’ordre vient de l’Elysée », confie-t-il. Le Château refuse de commenter, et pour cause: le président Eyadema est un ami très cher de Chirac.
Il faudra attendre le 17 septembre Pour que la direction de RFI cède, devant la menace d’une grève des journalistes.

L’obstination des patrons de la radio était d’autant plus étrange que « Le Figaro » avait, quelques jours plus tôt, tranquillement interviewé le même Kodjo.
La présidence togolaise ne considère sans doute pas que ce quotidien puisse incarner, comme RFI, la «voix de la France»