26/06/2022

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Législatives anticipées: les Togolais livrée à eux-mêmes

ABIDJAN, 5 juin – 11h38 – Abandonné par les bailleurs de fonds, délaissé par l’Union Européenne qui pendant trois ans a tenté en vain une médiation entre un pouvoir omnipotent et une opposition divisée, le Togo est malade de la politique et désormais seul pour régler ses problèmes.
Depuis l’été 1999, pouvoir et opposition ont essayé avec l’aide de l’UE de sortir d’une impasse totale et mettre fin à dix ans d’immobilisme politique, qui a plongé le pays dans le marasme économique.

Même si la croissance réelle a remonté en 2001 à 2,7% contre -1,9% en 2000, le pays est plombé par une dette extérieure d’environ 950 milliards de Fcfa (1,45 milliard d’Euros, près de 105% de son PIB). Les impayés au titre de cette dette se montaient à 125 mds de FCFA au 31 décembre dernier, soit près de 47% des exportations et 98% des recettes courantes de l’Etat.

Avec les accords cadre de Lomé (ACL) signés en juillet 1999, les deux camps s’étaient engagés à organiser des élections législatives anticipées. Trois ans plus tard, cette consultation n’a toujours pas eu lieu. Deux dates, deux reports, chaque camp accusant l’autre de tout faire pour empêcher la tenue du scrutin.

Autre engagement à l’époque: le retrait du président Eyadéma, dans sa 36ème année de pouvoir, lors de la présidentielle de 2003, au terme de deux mandats conformément à la constitution.

Le chef de l’Etat a assuré à plusieurs reprises qu’il partirait en 2003, mais des déclarations de certains ténors de la « mouvance présidentielle » ont laissé planer un doute.

Le président Eyadéma a sans cesse affirmé sa volonté d’organiser les législatives « dans les meilleurs délais », mais entre-temps la donne a changé.

En février, le Parlement, dominé par la mouvance présidentielle, a voté à l’unanimité un projet de modification du code électoral et du fonctionnement de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), qui elle-même, victime de paralysie, a été remplacée par une commission de sept magistrats, au grand dam de l’opposition.

« Les choses sont claires: nous n’irons pas à des élections avec un code taillé sur mesure. Ces élections doivent avoir lieu, mais sur la base de ce qui a été convenu avec l’accord cadre », a déclaré à l’AFP Yawovi Agboyibo, chef d’une des principales formations d’opposition, le Comité d’action pour le renouveau (CAR).

Les « facilitateurs » (Allemagne, France, Union Européenne) ont jeté l’éponge le 31 mai, laissant désormais seul pour cette « mission impossible » un délégué de l’Organisation de la Francophonie.

« Les facilitateurs ont au moins atteint un objectif: ramener le calme et permettre un dialogue au sein d’une classe politique qui en avait perdu l’habitude depuis des années », tempère un diplomate.

Il est vrai que la dernière cohabitation pouvoir-opposition au début des années 1990 s’était terminée dans la cacophonie et avec les chars dans la rue.

Les deux camps se sont bien retrouvés début mai à Paris, pour faire une nouvelle fois le même constat de désaccord.

« Le président Eyadéma a manipulé la facilitation, il n’a accepté ce dialogue que pour calmer le jeu, et une fois qu’il a atteint le résultat qu’il voulait, il a été le premier à en souhaiter la fin », estime Me Agboyibo.

Un des principaux partis d’opposition, la Convergence patriotique panafricaine (CPP), vient toutefois de se prononcer pour la participation aux législatives et appelé les autres formations de l’opposition à faire de même « ne serait-ce que pour empêcher le RPT (Rassemblement du Peuple Togolais, au pouvoir) » de monopoliser le pouvoir.

Et le pouvoir continue pour sa part d’accuser l’opposition de renâcler à se soumettre au verdict des urnes par peur d’une défaite.