04/12/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Les journalistes Dzikodo et Kpakpabia Colombo relatent leur calvaire

Trois journalistes à savoir Dimas Dzikodo, Philip Evenyo respectivement directeur de la rédaction et de directeur de la publication de l’Hebdomadaire ‘’L’Evènement’’ et Jean de Dieu Kpakpabia Colombo de l’hebdomadaire ‘’Nouvel Echo’’ ont été arrêtés les 14 et 15 juin 2003 par des cyberpoliciers.

Accusés de « tentative de diffusion de fausses nouvelles et de tentative de trouble à l’ordre public », ils ont été détenus et torturés dans les locaux de la Direction générale de la police nationale avant d’être transférés à la prison civile de Lomé. Après plus d’un mois de détention arbitraire , ils ont été libérés à la suite du procès du 22 juillet 2003. A l’heure sortie Dimas Dzikodo et Jean de Dieu Kpakpabia Colombo ont accepté de relater leur calvaire.

Rappelons que cette interview exclusive a été préalablement diffusée sur les antenne de Radio Campus à Bruxelles et suivie d’un long débat très animé.
Les intervenants émus et indignés ont sévèrement critiqué les ‘’autorités togolaises’’ et leur principal protecteur, la France de Jacques Chirac.

Parti surfer dans un cybercafé, vous vous êtes retrouvés à la prison civile de Lomé. Après une garde à vue dans les locaux de la direction générale de la police nationale. Parlez-nous de votre arrestation et quel en a été le principal motif ?

Dimas Dzikodo : La police au prime à bord m’avait accusé de publication de fausses nouvelles et de tentative de trouble à l’ordre public, laquelle accusation a été finalement transformée en ‘’tentative de publication de fausses nouvelles’’ et ‘’tentative de trouble à l’ordre public’’.
En fait, il n’y avait rien de concret qui soutient l’accusation de la police togolaise à mon endroit. Il faut dire que le samedi 14 juin 2003, aux environs de 14 heures j’étais parti naviguer dans un cybercafé situé au carrefour Dekon à Lomé. Je travaillais précisément sur des photos de la répression survenue à Agou, localité située à une centaine de Km de Lomé où des militants de l’opposition avaient été battus par les forces de l’ordre au lendemain du scrutin présidentiel du 1er juin 2003. C’était des photos appartenant à mon organe « L’Evènement » qui doivent être scannées sur disquette.
Je faisais justement des recoupements qui nous permettront de les publier ou non. Il sonnait 18 heures quand derrière moi j’ai attendu dire bonsoir. Le temps de me tourner on me dit c’est la police pouvez-vous nous suivre. Pendant ce temps mon confrère Colombo arrivait à mon niveau. J’ai été amené à la direction générale de la police nationale (NDRL Ex-sureté nationale située en face de la polyclinique de Lomé communément appelée Gapkodji). C’est là-bas que la police a retrouvé sur moi les photos. Je n’étais pas en train de les scanner, elles se trouvaient plutôt dans l’agenda que je tenais. Avec cette découverte les agents qui m’ont conduit là-bas « ont alors affirmé que ça c’est un gros coup ». Puis ils m’ont dit que j’ai envoyé des photos sur des sitewebs. Face à mon étonnement ils m’ont dit de dire la vérité et de donner le nom des sites. Je leur ai rétorqué de n’avoir pas envoyé de photos sur n’importe quel site que se soit. C’est dire que je n’ai pas été arrêté au motif que je détenais des photos.
Les premières questions qui m’ont été posées ont tourné autour des relations que j’ai avec le CONEL, où se trouve Dany Ayidah, mes relations l’armée notamment avec le colonel Kouma Bitenewe, le Corps de la paix, mes informateurs dans les ambassades occidentales surtout celle des Etats-Unis…
En guise de réponse je leur ai dit que je n’ai aucune relation avec les personnes et institutions précitées. La seule relation que j’ai c’est celle du journaliste que je suis et qui a pour mission d’informer.

Finalement de qui détenez vous les photos en questions ? Vous auriez fait parti avec d’autres confrères de la commission presse du candidat Maurice Dahuku Péré qui a pris part à l’élection présidentielle du 1er juin 2003. Votre arrestation serait semble-t-il liée à ce rôle d’attaché de presse que vous aviez joué. Confirmez-vous cela ?

Dimas Dzikodo : Qui nous a remis les photos ? La même question a été soulevée au tribunal lors de notre procès. Vous n’êtes pas sans savoir que la loi nous protège de ne pas divulguer la source de nos informations. Je ne saurais vous satisfaire sur ce point. Les photos constituent une propriété de la rédaction du journal « L’Evènement ». Il ne s’agit pas d’images à utiliser n’importe comment. Je suis journaliste et je ne suis pas un politique. L’entourage du candidat Maurice Dahuku Péré m’a contacté pour une mission technique durant le dernier scrutin présidentiel. Si certains esprits veulent lier cette mission à l’évènement qui vient de se produire ils n’ont pas tout à fait tort. Mais laissez-moi vous dire que les menaces contre ma personne ont commencé bien avant. Je vous renvoie donc à la lecture du rapport de Reporters Sans Frontières 2003 mon nom y figure.
Je suis connu depuis le Lycée de Tsévié où je fus élève pour mon engagement pour la cause démocratique. De par ma fonction de journaliste mes articles sont souvent critiques vis-à-vis du régime et ma décision de ne pas collaborer avec les autorités au pouvoir ont été la source de mon récent malheur.

Finalement vos deux confrères à savoir Philippe Evenyo et Jean de Dieu Kpakpabia ont été libérés à la suite du procès qui s’est déroulé le mardi 22 juillet 2003 au Palais de Justice de Lomé. Vous n’aviez été libre de vos mouvements que le jour suivant. Pourquoi cela ?

Dimas Dzikodo : Deux chefs d’accusation étaient arrêtés contre nous. Nous étions accusés de ‘’tentative de publication de fausses nouvelles’’ et de ‘’ tentative de trouble à l’ordre public’’. Il s’agit là d’un délit imaginaire crée de toute pièce par les autorités. Lorsque j’étais arrêté les agents étaient allés fouiller dans mes deux boîtes e-mail. Il s’agit là d’une violation de secret de correspondance. Lesquels agents étaient allés démonter l’ordinateur principal de notre rédaction puis ils en ont fait de même dans le cybercafé où j’étais parti travailler. Non contents ils sont partis perquisitionner chez moi à la maison en violation de la loi puisqu’ils n’étaient pas munis du mandat approprié. Finalement lorsqu’on évoque la question de publication de fausses nouvelles, l’information existe mais il faut un support médiatique pour prétendre qu’il y en vraiment eu.
Après tout un délit de toutes pièces a été forgé pour me contrecarré. C’est pour cette raison que le tribunal m’a condamné à payer la somme de 515 000 Francs CFA (792,31 Euros) avant d’être libéré. Mes deux confrères ayant été pour leur part reconnus non coupable ont été relâchés à la fin du procès. Je fus donc libéré après avoir payé cette amende judiciaire.

L’internet est un outil de communication en expansion de part le monde, son usage est-il interdit chez vous au Togo ?

Dimas Dzikodo : Il n’est pas prohibé mais il est plutôt strictement surveillé. D’après mes recoupements personnels quelqu’un m’a filé pendant une semaine et c’est lui qui m’a indiqué aux agents qui m’ont arrêtés. Ils faisait semblant de travailler comme moi dans le même cybercafé. Il faisait parti d’un groupe spécial. Au Togo plusieurs sites à savoir DIASTODE.ORG, TOGOFORUM.COM, LETOGOLAIS.COM, LETELEGRAPH.COM, UFCTOGO.COM, LEXILE-TOGO.COM sont filtrés par les pouvoirs publics. Ils sont censurés à cause de leur contenu très critique sur la situation réelle de la crise togolaise.

Sentez-vous en sécurité après votre sortie de prison ?

Dimas Dzikodo : Faisant l’objet de plusieurs menaces je ne saurai vous dire que je me sens ici en sécurité. Partout la dictature est prête à frapper. Seul Dieu questions ont été suivies d’une violence inouïe. Cet acte est indigne d’un régime qui se respecte. On nous a accusé d’envoyer des informations à l’extérieur du Togo, lesquelles sont considérées comme gênantes.
Entre nous qui dénonçons un fait et les autorités qui arrêtent des journalistes pour les torturer avant de les libérer, qui ternie l’image du pays ?

Avez – vous un mot à l’endroit du réseau de solidarité crée à la suite de votre arrestation pour vous soutenir tout le long de votre mésaventure?

Dimas Dzikodo : Je crois qu’en principe c’est par là que je devais commencer. Durant notre détention le soutien spontané des confrères, des associations des droits de l’homme, des partis politiques tant au Togo qu’à travers le monde entier ne nous a pas fait défaut. Je ne saurai comment témoigner mes remerciements à l’endroit de tous. Il est difficile de les citer tous au risque de faire des mécontents. Ils étaient tous à nos côtés durant les actions que nous avons menées en détention. N’oubliez pas que c’est la première fois qu’au Togo que des journalistes ont pris sur eux la peine de tenir tête au pouvoir en menant une grève de la faim. Sérieusement torturés au cours de notre séjour carcéral.Les nombreuses interventions des associations de journalistes, des droits de l’homme, et autres nous ont été d’une grande utilité. Elles ont dénoncé les traitements avilissant dont nous avions été l’objet. C’est le lieu ici de leur témoigner toute notre reconnaissance.

Parlez-nous Monsieur Jean de Dieu Kpakpabia de la réelle ambiance qui a prévalu au cours de votre kidnapping et des conditions dans lesquelles vous avez été détenus à la prison civile de Lomé ?

Jean de Dieu Kpakpabia : Je crois commencer mes propos par notre arrestation dans un cybercafé où j’étais allé faire des recherches.
Pour ceux qui connaissent la ville de Lomé, mon confrère Dimas Dzikodo et moi nous étions en ce lieu situé à Dekon en plein coeur de la ville. Il y était avant moi, le temps de nous échanger des civilités, après trois ou quatre minutes derrière nous, avions entendu ; Messieurs, police est-ce que vous pouvez-nous suivre ? Nous avions demandé si c’était nous deux ils ont rétorqué oui. C’est le début de notre calvaire. Dans un premier temps nous avions été transportés dans les locaux de la direction générale de la police nationale. La scène se déroulait aux environs de 18 heures (TU). C’est par la torture qu’a débuté notre détention. Nous allons y revenir. Là nous avions été gardés à vue pendant deux heures d’horloge. C’est après 20 heures quant à ce qui me concerne que la police est venue m’extraire de la cellule. J’étais sorti menotter par derrière pour rentrer dans une salle où se trouvait bien déjà cinq hommes probablement des agents de police. Là on m’a demandé si je savais les raisons de mon arrestation. Je répondis par la négation en disant être surpris quand des policiers en tenue civile se sont présentés à nous dans le cybercafé. Un moment donné ils ont commencé par oser le ton en me demandant de m’asseoir par terre. Ainsi donc menotté au dos ils m’ont mis au sol les deux pieds joints. Un policier est monté sur moi. C’est le début de la bastonnade. De sérieux coups, j’en ai reçu dans les talons. Et je crois en avoir compté au minimum deux cents coups de frérule. Mon bourreaux avait semblé être fatigué puis il est revenu avec un gros bâton en me demandant de gonfler mon dos. Des coups j’en ai encore reçu jusqu’à ce que le bâton devienne une éponge. Puis j’ai été remis en cellule. Quelques instants après on m’a ressorti de là pour me soumettre à un interrogatoire musclé sur mes relations supposées avec Dany Ayida, le CONEL, avec les animateurs des sites internets. « Il paraît que c’est vous qui écriviez sur les sites ? Qui sont donc vos informateurs dans les chancelleries occidentales à Lomé, vos relations avec le service du Corps de la Paix à Lomé ?… » Pratiquement il y avait un amalgame de questions entrecoupé de coups de bâtons.

Pouvez-vous après votre libération reconnaître dans la vie courante vos bourreaux de la DGPN ?

Jean de Dieu Kpakpabia : De visu j’ai la possibilité de bien reconnaître tous ses agents qui m’ont torturé là-bàs. Durant la dizaine de jours que nous y avions passés. Après nous avoir férocement battu nos tortionnaires ont voulu pactiser avec nous. Deux ou trois jours après la série de bastonnade, ils sont revenues à nous en ces termes « mes amis est-ce que ça va » en nous souriant.
Pensez – vous que c’était de gaieté de cœur qu’il vous ont souri ?

Jean de Dieu Kpakpabia : Non pas du tout. Mais quelque part j’ai personnellement eu l’impression que nos tortionnaires ont voulu en premier lieu se racheter. Mais après tout il y avait eu d’autres interrogatoires. C’était peut-être pour eux une technique de recevoir de nous quelque chose que nous n’avions pas voulu leur offrir d’où un changement de méthode. Comprenez par là que ce sourire cynique était destiné à nous enlever d’autres aveux.

Comment vous vous portez à la suite de cette douloureuse épreuve et que pensez-vous de l’impunité qui à court au Togo pays reconnu de part le monde pour son irrespect des droits humains ?

Jean de Dieu Kpakpabia : Depuis cette éprouvante situation, ma santé en a pris un grand coup. A ma sortie de la prison civile de Lomé, il m’était pénible de sortir de chez moi. La seule fois c’était pour aller voir mon médecin traitant puisque ma température n’est pas au beau fixe. Je suis l’objet d’intense poussée de fièvre. Et je ressens toujours des douleurs au niveau de ma colonne vertébrale. Dans les prochains jours je verrais si ma famille pourra m’aider à acheter des produits médicaux et à faire un bilan généra sur mon état de santé.
Par rapport à l’impunité le problème ici c’est que nous sommes des journalistes, nous avons la parole et on parle. Ceux qui sont arrêtés et en sont privés croupissent toujours dans les cellules de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). A la sûreté nationale, dans les différents commissariats et autres centres anonymes de torture. Ils sont réduis au silence et oubliés. Notre détention à la sûreté nationale m’a donné l’occasion de rencontrer des personnes détenues depuis le 04 juin 2003. Elles sont toujours gardées dans leurs cellules.
J’ai pu discuter avec quelques unes des victimes. Quelques rares courageux m’ont parlé du type de torture dont ils ont été l’objet. On peut voir sur eux des traces au niveau du dos, du ventre, des mollets, des pieds. Partout ils ont des cicatrices noires. Ces victimes n’auront peut-être un jour si Dieu les garde en vie l’occasion de parler de leur calvaire . A la prison civile de Lomé j’ai découvrit quelqu’un qui boucle dix années d’incarcération. Il serait le chauffeur du feu colonel Eugène Koffi Tépé, officier de l’armée togolaise, atrocement assassiné de même que ses enfants et neveux au lendemain de la présumé attaque du 25 mars 1993 contre le camp RIT. En sa qualité de simple chauffeur du défunt colonel Tépé, ce monsieur a fait trois ans à la gendarmerie nationale de Lomé sans voir le soleil et l’électricité. Au terme des trois années de calvaire ce dernier qui a déjà perdu la vue, a été transféré à la prison civile de Lomé jusqu’à ce jour.

Vous auriez fait parti d’un collège de journalistes ayant travaillé aux côtés du candidat Maurice Dahuku Péré lors de la campagne électorale qui a débouché sur le scrutin présidentiel de juin 2003. Cela a –t-il un lien avec votre arrestation ? Quel est le sort réservé aux autres confrères ?

Jean de Dieu Kpakpabia : Je ne sais pas si cela a joué dans mon arrestation, au niveau de mon journal Nouvel Echo il m’a été demandé de suivre un candidat pendant la campagne électorale. Et le hasard a fait que je sois tombé sur le candidat Péré que j’ai suivi du début jusqu’à la fin de sa campagne.
Je ne sais pas si le fait de l’avoir suivi pour le besoin de mon journal qui me vaut d’être traité comme son attaché de presse.
Durant mon arrestation j’ai été interrogé sur mes relations avec monsieur Péré. J’ai alors répondu à mes tortionnaire qu’il est un leader politique comme tous les autres et que j’aurais pu assister d’autres comme maître Agboyibo, Edem Kodjo et autres. Concernant les autres confrères je ne saurai rien vous dire à propos. Depuis le 14 juin 2003 date de notre arrestation, nous étions coupés du monde.

Un mot à l’endroit de la diaspora togolaise ?

Jean de Dieu Kpakpabia : Je voudrais saisir cette occasion pour témoigner toutes mes reconnaissances à la diaspora togolaise à travers le monde. Sans elle toutes nos actions n’auraient abouti. Je tiens personnellement à remercier le peuple togolais qui nous a régulièrement soutenus au cours de notre douloureuse épreuve. Ce peuple a eu à dénoncer comme toujours ce qui se passe réellement au sommet de l’Etat. Mes remerciements vont également au collège d’avocats ayant assuré notre défense lors du procès du 22 juillet 2003. Ces avocats ont avec brio démystifié tout ce que la justice sous ordre aurait pu faire pire contre nous.
Je demande ici que la communauté internationale ait désormais son regard tourné vers le Togo pour dénoncer les méthodes rétrogrades du régime. A tous mes confrères de part le monde que ces derniers nous offrent l’occasion d ‘évoquer plus amplement ce qui se passe réellement au Togo.

Une interview réalisée le dimanche 27 juillet 2003 par Yves Lodonou et Remy F. Akoueté pour le compte de [Radio Campus 107.2 fm ->http://radiocampus.ulb.ac.be] Emission africaine ‘’Sous l’arbre à palabre’’.
Bruxelles – Belgique.