27/06/2022

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Les mécaniciens ambulants de Lomé

La nuit aux coins des rues, des ateliers ambulants de réparation de motos fleurissent. Ces mécaniciens occasionnels, apprentis en cours de formation et chômeurs, veulent ainsi arrondir leurs fins de mois ou s’affranchir de leur patron.

Le métier de mécanicien pour les deux roues demande deux années de formation et d’apprentissage en atelier chez un patron. Les conditions d’accès sont différentes selon les niveaux d’études. Mais en réalité, tous les candidats sont acceptés et ont la même qualification. Seuls, ceux inscris dans les écoles professionnelles ont droit au Certificat d’Aptitude Professionnelle (CAP). En attendant la fin de leur formation, ils offrent leurs services à des propriétaires de motos la nuit aux coins des grandes rues. La caisse à outils sous le bras, ils sont nombreux à boucler leurs fins de mois de cette façon, concurrençant ainsi leurs homologues nantis d’un CAP mais sans emploi. Ces interventions nocturnes concernent les pannes bénignes: crevaison, panne sèche, électrique, vulcanisation, etc. Pour les grosses pannes, les clients sont renvoyés le lendemain dans les ateliers qui ont pignon sur rue où les patrons n’hésitent pas à exploiter ces mécaniciens, dans la journée.

La réparation de nuit est un fait de société et un phénomène urbain qui a pris de l’ampleur avec l’apparition des taxis-motos au cours des années 90. Le nombre s’est accru à Lomé où le Zémidjan s’est développé. Ce sont des motos d’occasion qui tombent souvent en panne . Pour guetter la clientèle, ces réparateurs choisissent des endroits à forte affluence la nuit. A Lomé, le boulevard circulaire (ou du 13 janvier) est une place de choix ainsi que les rues des quartiers chauds. « Ils sont indispensables pour nos affaires car ils nous ramènent de la clientèle» nous affirme Kodjo, un tenancier de bar. L’impact de cette activité informelle sur l’économie nationale semble être minimisé. C’est pourtant un palliatif contre le chômage des jeunes diplômés et une bouée de sauvetage pour les carences de l’Etat. Certains sont incapables d’estimation de leurs revenus, « je fais ça depuis plusieurs années et je suis incapable de vous dire combien je gagne par mois car c’est mon patron qui encaisse toutes les recettes de la nuit », s’exclame M. Ankou Sylvain qui a terminé sa formation depuis 3 ans et qui n’a pas encore obtenu son diplôme.

Certains patrons d’atelier exigent que leurs apprentis en fin de formation fassent ce travail en guise de remerciement et de compensation. M. X, patron d’un grand atelier de mécanique, confirme ce fait : « nous sommes obligés d’accepter ces pratiques pour pouvoir joindre les deux bouts car nous avons des contraintes et c’est l’usage ». Ceux qui font ce travail pour leur propre compte louent le matériel des patrons d’atelier dans la fourchette de 1.500 2.500 F par jour et remboursent le lendemain : « je puis vous dire que c’est un peu rentable, en tout cas c’est mieux que de rester à la maison et de mendier. Je rentre parfois avec 14.500 ou 15.000 FCFA les week-ends et les autres jours cela varie entre 4.000 et 5.000 FCFA seulement » reconnaît Gilles Koudjogan, père de plusieurs enfants qui vit exclusivement de cette activité.

Les autorités publiques ont des difficultés à contrôler ce secteur. Ces mécaniciens de nuit sont sans cesse harcelés par les agents de la mairie qui veut leur imposer une taxe. C’est un racket qui irrite les dépanneurs, car ce ne sont pas des ateliers formels et l’argent collecté et négocié à la tête du client va rarement dans les caisses de l’Etat.

La rédaction letogolais.com