28/06/2022

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M. Agbéyomé Kodjo: « Il est plus qu’urgent d’arrêter Eyadema…

Conférence de presse de l’ancien Premier ministre du Togo, au Centre d’accueil de la presse étrangère (CAPE-Maison de la Radio)

Le 28 mai 2003, l’ancien Premier ministre du Togo, Agbéyomé Kodjo, animait une conférence de presse au Centre d’accueil de la Presse étrangère à Paris, autour des « risques liés à l’organisation de l’élection présidentielle au Togo le 1er juin 2003 ». Dans sa présentation, M. Agbéyomé Kodjo a déclaré que les conditions de préparation de l’élection du 1er juin 2003 n’offrent aucune garantie de transparence et d’équité. »

Selon l’orateur, « le vainqueur présumé de l’élection présidentielle de Juin 1998 est exclu des consultations. Le Président sortant qui seìon ses engagements internationaux et les contraintes de la constitution du 14 Octobre 1992, devrait se retirer de la vie politique cette année, est malgré tout, candidat à sa propre succession; pire, il exerce un droit de regard et de censure sur la campagne de ses concurrents.

Les militants des droits de l’homme et des forces de changement sont victimes des mesures arbitraires et répressives. En considérant ces irrégularités et ces violations des droits de l’homme par le régime en place, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer et réclamer le gel du processus électoral. La FIDH, la RADDOH, l’UE, les OSI, et des personnalités politiques à travers le monde ont ainsi exprimé leurs préoccupations devant ce qu’ils qualifient de mascarade électorale. Bref la tension est vive au Togo, et, c’est un euphémisme, le scrutin du 1er Juin s’annonce comme celui de tous les dangers. Ceux-ci sont politique, économique et humanitaire. » La situation politique actuelle est très tendue, et il a précise : « lorsque la frustration s’ajoute au désespoir, c’est la colère qui prend le dessus » M. Agbéyomé Kodjo a présenté très rapidement à son auditoire l’historique de la vie politique togolaise depuis la Conférence nationale souveraine jusqu’à l’Accord-cadre de Lomé. Cette présentation lui a permis de mettre en lumière la mauvaise foi et les parjures du général-dictateur :« Depuis la conférence nationale, le Togo est entré dans un cycle de crises politiques à répétition ponctuées par plusieurs accords entre l’opposition et le pouvoir: les accords du 12 juin 1991, les accords de Ouaga, dont le 3ième round fut signé à Lomé le 11 juillet 1993, les commissions mixtes paritaires, après la fin légale de la transition, et le dernier en date: les ACL signés sous l’égide de la Francophonie, de l’UE, la France et l’Allemagne le 23 juillet 1999. Les ACL avaient pour objectifs de solder le contentieux né des élections de 1998 où le vainqueur présumé Gilchrist OLYMPIO a été dépossédé de sa victoire au profit du candidat Eyadema, dès le premier tour. Pour ce faire les accords prévoyaient l’organisation des élections législatives anticipées consensuelles par une CENI paritaire et indépendante, la mise en place d’un Comité Paritaire de Suivi des termes des ACL avec la participation des observateurs de la Francophonie, de l’UE , de la France et de l’Allemagne. A l’occasion, le Président Eyadema a pris l’engagement de respecter l’esprit et la lettre de la constitution du 14 octobre 1992 notamment son article 59 désormais célèbre.

A chaque fois qu’il s’est agit de mettre en œuvres tous ces accords, le régime a fait preuve d’une mauvaise foi méthodique, en optant pour une fuite en avant et en étouffant toute velléité contestataire de l’opposition par une répression militaire. Ainsi, Eyadema a fait échouer les travaux du Comité Paritaire de Suivi en multipliants des subterfuges. Malgré les mises en gardes des facilitateurs, il a organisé unilatéralement les législatives anticipées. L’assemblée nationale issue de ces consultations lui étant entièrement acquise, Eyadema a fait modifier la constitution au mépris des ACL et de ses engagements plusieurs plus fois réitérés à ne pas toucher à la loi fondamentale. Dès lors, les conditions étaient réunies pour assurer à Eyadema une présidence à vie et ce d’autant plus qu’en dehors de la Constitution toutes les règles du jeu électoral ont été réaménagées et contrôlées par le ministère de l’intérieur et non plus par la CEN qui est réduite à un une chambre d’enregistrement et de transmission.

Face à ce processus électoral privatisé, l’opposition a, à plusieurs reprises, exprimé sa colère et pris à témoin les parrains des ACL dont le désengagement s’apparente à une trahison. » Il conclut que « Or l’opposition n’est plus disposée pour rien au monde, à entrer dans un simulacre de dialogue avec le pouvoir où elle finit toujours par être le dindon de la farce. »

En conséquence pour l’orateur, « Le risque majeur lié à ce scrutin est donc celui d’une crise politique aggravée doublée de la menace d’un désastre économique. », et « dans le cas du Togo marqué par le drame économique qui s’y déroule déjà, les effets risques d’être démultipliés. Sans être alarmiste, la crise politique va droit vers une catastrophe humanitaire. » Dans cette mesure, « Il est plus qu’urgent d’arrêter Eyadema dans sa dérive apocalyptique afin d’éviter un nouveau brasier dans la sous région. Tout le décor est planté pour assurer la victoire du Général Président au scrutin du 1er Juin. Il gagnera ces élections par les mêmes méthodes, car il est passé maître dans l’art de travestir la vérité des urnes, mais il ne gagnera pas la réconciliation nationale ni la paix civile.

Ainsi le Togo loin des cameras et des medias dans le silence contraint, poussera des cris de désespoir à peine audible, et le dictanosaure poursuivra ses ravages où les victimes, les morts par la violence, la faim, la maladie ,se compteront par plusieurs milliers. Les blessés à vie et les handicapes sociaux condamnés à l’indifférence, l’oubli et à l’abandon. »

Enfin, terminant son propos, M. Agbéyomé Kodjo a invité la Communauté internationale à veiller à ce que la vérité des urnes soit respectée :« le peuple togolais a déjà payé un tribut assez lourd depuis plus d’une décennie et n’est plus disposé à se résigner. Je considère qu’il est temps d’agir par des actions préventives avant qu’il ne soit trop tard. Il y va du devoir et de la responsabilité de nous tous »

Répondant de manière directe et franche aux questions, l’ancien Premier ministre a fait la révélation suivante : « lors du scrutin de juin 1998, la décision d’interrompre le décompte des voix fut ordonnée par Eyadéma quand on lui annonça que le leader de l’UFC était en tête avec plus de 40% des voix, alors que le général atteignait à peine 25% ».

La rédaction letogolais.com