01/10/2022

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Manifestation spontanée des supporters de l’Equipe des Eperviers à Lomé

Le jeudi 5 janvier, dans la matinée, les supporters de l’équipe nationale, « Les Eperviers », ont spontanément déferlé dans les rues de la capitale, Lomé, venant de tous les quartiers, pour exprimer leur colère contre le sort fait aux joueurs de l’équipe nationale qui ont refusé de prendre le départ, plutôt dans la matinée.

Scandant des chansons allusives comme :
« Agba ééé, mi do agba na ma,
Agba ééé, mi do agba na ma,
Agba ééé, mi do agba na ma,
Novinyé bé agba yé, éku looo ! »,
Ils tenaient à exprimer, par leur manifestation, leur solidarité avec les joueurs de l’équipe nationale. Que s’était-il passé ?

Un différend était apparu entre les responsables de la Fédération togolaise de football (FTF) et les joueurs au sujet d’une prime de 2 000 000 F CFA qui avait été promis à chacun pour couvrir ses frais avant leur départ pour Cotonou, au Bénin, d’où ils devaient prendre l’avion pour la France, première étape d’une tournée de matchs entrant dans le cadre des préparatifs de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) et du Mondial de football en Allemagne du mois de juin prochain. Mais, lorsqu’ils s’étaient présenté, tôt ce matin du jeudi 5 janvier pour prendre le bus qui devait les emmener à Cotonou, les responsables de la FTF n’avaient que 500 000 F CFA à remettre à chacun au lieu des 2 000 000 F CFA promis.
D’où une colère légitime qui vit les joueurs, tous unanimement, ont refusé de prendre cette somme dérisoire qu’on voulait leur remettre alors que certains parmi les joueurs avaient déjà consenti de lourds sacrifices personnels face à leurs clubs. C’est le cas d’Adébayor Shéyi qui rallia Lomé plus tôt que prévu, pour prendre part à ces séances d’entraînement et qui, de ce fait, écopa d’une sanction et d’une amende de 1F symbolique du staff de son club de l’AS Monaco pour avoir quitté plus tôt son poste de footballeur professionnel, titulaire au sein de cette équipe. Rien d’étonnant donc si se fut lui qui prit la tête de la fronde des joueurs qui firent preuve d’une forte solidarité entre eux.

Lorsque la nouvelle de la crise fut portée à la connaissance du public, surtout des supporters de l’équipe nationale qui étaient partis, nombreux souhaiter un bon départ aux joueurs à l’Hôtel où ils avaient été regroupés, la situation dégénéra immédiatement, se transformant en une manifestation de colère qui rallia les jeunes de tous les quartiers de la capitale. De fait, ce n’est pas la première fois qu’une telle situation survenait. On se rappelle révoltant précédent qui eut lieu après la victoire de l’équipe des Eperviers au Mali lorsque Edem Kodjo, qui avait promis aux joueurs une prime s’ils gagnaient ce match de qualification, se dédit finalement de sa promesse prétendant qu’il avait été « mal compris », à la grande colère des joueurs. A l’époque déjà, il y eut un grand malaise qui alimenta nombre d’émissions sur les radios indépendantes au cours desquelles tant les joueurs que leur entraîneur, Stephen Keshi eurent à s’expliquer ce qui suscita une forte indignation dans le pays tout entier quant à l’attitude inqualifiable des autorités politiques et footballistiques.

La réédition de cette situation où on chercha à flouer à nouveau les joueurs conduisit à des cris de colère et de douleur qui furent très vifs et pathétiques, débordant vite en manifestation de contestation du régime RPT et, plus généralement, sur les problèmes politiques de l’heure : « Ils disent qu’ils n’ont pas de l’argent pour les Eperviers mais ils trouvent de l’argent pour fêter le 13 janvier ! » (l’anniversaire de l’assassinat de Sylvanus Olympio en 1963 pour lequel le régime prépare une grand fête dans une semaine)
« Au Togo, c’est le football seul qui nous unit et nous n’allons pas les laisser nous faire ça ! Nous sommes prêts à mourir pour défendre les Eperviers ! » Les manifestations spontanées allant tourner à l’émeute, le régime fit le choix de les étouffer dans l’œuf en envoyant les forces de l’ordre les disperser avec une rare brutalité. C’est surtout au Carrefour « Badohoun », à l’intersection du Boulevard circulaire et de l’Avenue Champ de courses, que le gros des manifestants furent finalement stoppés par des tirs de grenades lacrymogènes et les charges de la brigade anti-émeute. Ils se résolurent alors à se disperser temporairement tout en affichant clairement leur détermination à ne pas baisser les bras.

Voyant l’allure insurrectionnelle que commença à prendre l’affaire, le régime y trouva rapidement une solution et débloqua les fonds pour payer les sommes promises. C’est ainsi que les joueurs ont fini par obtenir gain de cause et ont pu prendre le vol du jeudi soir sur Paris.

La rédaction letogolais.com