28/06/2022

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Médiation ouest-africaine à Lomé pour sortir de la crise au Togo

Sat April 30, 2005 6:26 PM CEST
par John Zodzi

LOME (Reuters) – Une délégation de médiateurs ouest-africains s’est entretenue à Lomé avec des membres du gouvernement togolais pour tenter de régler la crise politique surgie après la contestation dans la rue des résultats de l’élection présidentielle du 24 avril accordant la victoire au fils du président défunt, Faure Gnassingbé.

Le secrétaire exécutif de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), Mohamed ibn Chambas, ainsi que la ministre nigérienne des Affaires étrangères, Aïchatou Mindaoudou, ont été reçus samedi par le président par intérim Abass Bonfoh, ainsi que par son Premier ministre et le chef de la diplomatie.

« Le message a toujours été le même depuis le début. Les chefs d’Etat, aussi bien de la Cedeao que de l’Union africaine, ont toujours été préoccupés par trois éléments: le respect de la Constitution, l’organisation des élections et la paix et la sécurité dans le pays », a déclaré Aïchatou Mindaoudou, chef de la diplomatie de Niamey.

La ministre a ajouté devant la presse à l’issue de la rencontre, qui a été brève, que la délégation allait maintenant rencontrer d’autres acteurs de la vie politique togolaise. Elle n’a pas fourni de précisions sur leur identité.

Après l’annonce de la victoire officielle de Faure Gnassinbé mardi, des émeutes ont éclaté au Togo entre jeunes opposants et forces de l’ordre qui ont fait des dizaines de morts.

De son côté, le ministère allemand des Affaires étrangères a dépêché à Lomé un émissaire après la mise à sac et l’incendie criminel du Göthe Institut, le centre culturel allemand, par des inconnus en armes.

CHATIER LES RESPONSABLES

Berlin a exigé samedi des autorités togolaises qu’elles prennent des sanctions contre les auteurs de cette attaque. « J’invite le gouvernement de Lomé à faire tout son possible pour identifier et châtier les responsables de ces actes inqualifiables d’incendie criminel et de vandalisme », a déclaré Joschka Fischer, ministre des Affaires étrangères.

Il a aussi condamné la propagande anti-allemande en cours au Togo, une allusion à des informations diffusées par des médias accusant l’ambassadeur d’Allemagne à Lomé d’être un ancien nazi.

« Le gouvernement doit s’assurer que les Allemands vivant au Togo ainsi que les intérêts allemands dans ce pays soient protégés efficacement, et que la propagande anti-allemande et la diffamation inacceptable de l’ambassadeur d’Allemagne pilotées à l’évidence par certains groupes cessent immédiatement », a dit Fischer.

L’ancien ministre togolais de l’Intérieur, François Boko, a trouvé refuge à l’ambassade d’Allemagne après avoir été limogé par le chef de l’Etat par intérim pour avoir préconisé à la veille du scrutin présidentiel son report.

Le fils du général-président Gnassingbé Eyadéma, décédé le 5 février après avoir régné d’une main de fer sur le Togo pendant 38 ans, a promis, lors d’entretiens lundi à Abuja (Nigeria) avec le chef de file de l’opposition, Gilchrist Olympio, de former un gouvernement d’union nationale.

Mais les autres chefs de l’opposition restés au Togo ont rejeté l’idée, affirmant ne pas pouvoir travailler avec un homme élu à la faveur d’une élection à leurs yeux truquée.

« A ma connaissance, ils disent ne pas avoir signé d’accord (…) Cela n’a pas d’importance. Nous avons dit lors de cette réunion que l’important était l’esprit, plus que la lettre », a déclaré samedi à la radio de son pays le président nigérian Olusegun Obasanjo, président de l’UA et artisan de la rencontre d’Abuja.

REACTIONS CONTRASTEES

« Pour autant que je le sache, l’accord sera honoré et si ce n’était pas le cas, nous disposerons de la possibilité de prendre des sanctions au niveau de la Cedeao ou de l’UA. Nous pouvons même dans ce cas saisir les Nations unies pour leur demander de se joindre à des sanctions ».

Obasanjo a évoqué la crise togolaise avec le Malien Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l’UA, qu’il a reçu dans sa résidence d’Ota, au nord de Lagos.

L’ancienne colonie allemande, puis française a été plongée dans la plus grave de son histoire au lendemain de la disparition du « grand baobab », l’armée ayant immédiatement propulsé à la tête de l’Etat son fils âgé de 39 ans.

Mais devant les manifestations de rue de l’opposition togolaise et les menaces de sanctions de l’étranger, Faure Gnassingbé avait finalement démissionné tout en se portant candidat, sous les couleurs du RPT de son père, à l’élection du 24 avril.

Les dirigeants ouest-africains souhaitent avant tout éviter que n’éclate dans la sous-région un nouveau conflit dans la « poudrière » togolaise. Selon l’Onu, plus de 6.000 personnes ont déjà quitté le Togo pour se réfugier au Bénin et au Ghana voisins.

L’opposition affirme que les violences post-électorales ont fait une centaine de morts à Lomé et en brousse. Ce bilan est impossible à confirmer de source indépendante mais la Ligue togolaise des droits de l’homme (LTDH) affirme avoir répertorié dans un premier temps 40 morts, plus de nombreux blessés et disparus.

Les réactions de la communauté internationale au scrutin du 24 avril ont été contrastées, la France et la Cedeao s’estimant globalement satisfaites malgré quelques irrégularités. En revanche, les Etats-Unis ont mis en doute les résultats de la consultation.