08/08/2022

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Obasanjo désavoue Konaré sur le Togo

L’Union africaine étale au grand jour ses dissonances à propos du Togo. Le chef de l’Etat nigérian Olusegun Obasanjo, président en exercice de l’UA, a publiquement désavoué, vendredi 3 juin à Lomé, le président de la Commission, le Malien Alpha Oumar Konaré. Il lui a reproché d’avoir nommé l’ex-chef d’Etat zambien Kenneth Kaunda comme envoyé spécial au Togo, estimant même que cette décision était «nulle et non avenue». Cette guerre des chefs à la tête de l’Union africaine fragilise l’organisation panafricaine.

Le coup de colère d’Olusegun Obasanjo révèle d’abord un grave problème de communication au sein de l’Union africaine. Si le président nigérian a vu rouge, c’est parce qu’il a l’impression d’avoir été tenu à l’écart de la nomination de Kenneth Kaunda. Cette décision n’était pourtant pas une surprise. Elle avait été entérinée vendredi 27 mai par le Conseil de paix (voir le compte rendu de la séance) et de sécurité de l’Union africaine, une instance qui regroupe 15 Etats membres, dont le Nigeria. Au cours de la même réunion, le Conseil avait d’ailleurs décidé de lever les sanctions imposées au Togo. Quatre jours plus tard, mardi 31 mai, Alpha Oumar Konaré officialisait la nomination de l’ancien président Kenneth Kaunda, après en avoir informé le chef de la diplomatie nigériane, mais pas directement le chef de l’Etat.

La crédibilité de l’UA est en jeu

Outre le déficit de communication, les dissonances sur la nomination de Kenneth Kaunda témoignent d’une divergence de vues entre les deux têtes de l’Union africaine à propos de la crise togolaise. Pour Olusegun Obasanjo, l’élection de Faure Gnassingbé est désormais acquise et l’heure est à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Le chef de l’Etat nigérian estime que la nomination d’un médiateur n’est plus d’actualité. L’analyse d’Alpha Oumar Konaré est plus nuancée. Pour le président de la Commission de l’UA, l’élection présidentielle n’a rien résolu. C’est pour cela qu’il a décidé de nommer un envoyé spécial (une prérogative que les statuts de l’Union africaine accordent au président de la Commission) «en vue d’aider à la facilitation du dialogue entre les parties togolaises». Alpha Oumar Konaré avait également décidé l’envoi au Togo d’une «mission d’observation», dirigée par l’ancien Premier ministre sénégalais Mame Madior Boye, chargée de dresser un état des lieux de la situation politique, sociale, sécuritaire et des droits de l’Homme dans le pays. L’Union européenne avait d’ailleurs salué, vendredi, la nomination de Kenneth Kaunda, au moment même où Olusegun Obasanjo la déclarait «nulle et non avenue».

Au siège de l’Union africaine, à Addis Abeba, on estime que cette crise de confiance entre Alpha Oumar Konaré et Olusegun Obansanjo est passagère. Mais on ne nie pas non plus que ce désaveu public du président de la commission par le chef de l’Etat nigérian, président en exercice de l’UA, peut être lourd de conséquences. Au delà du seul cas du Togo, Olusegun Obasanjo a effectivement pris un risque considérable : celui de porter atteinte à la crédibilité d’une organisation encore fragile, à un moment où elle doit faire face à un défi sans précédent au Darfour, où l’ensemble la communauté internationale compte sur elle pour résoudre un conflit qui a déjà fait au moins 180 000 morts et deux millions de déplacés.

Sylvain Biville
Article publié le 05/06/2005