29/11/2022

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Pourquoi la CDPA-BT ne fait-elle pas partie de la Coalition ?

La CDPA-BT et le « dialogue intertogolais »
On sait que la CDPA-BT avait refusé de participer au dialogue intertogolais en estimant que l’idée n’était qu’une manière de donner du temps au régime pour lui permettre de trouver des stratégies de contournement afin de continuer de se maintenir au pouvoir après ce coup de force électoral désapprouvé par tous, y compris par la Communauté internationale. La CDPA-BT, on le sait également, avait alors préconisé qu’à la place d’un enième dialogue, les partis d’opposition mettent plutôt l’accent sur la mobilisation populaire pour régler le contentieux électoral, et que même si dialogue il doit y avoir, que les partis d’opposition y prenant part s’appuient de préférence sur une pression populaire forte, afin de mettre l’opposition en position de force face au régime de dictature. Enfin, la CDPA-BT avait toujours clairement déclaré que l’ACL était vide de contenu politique et que le CPS n’aboutirait à rien de bon pour l’opposition.

Ces rappels sont nécessaires pour comprendre la position actuelle de la CDPA-BT à l’égard de la Coalition. La CDPA-BT regrette toujours la facilité avec laquelle le contentieux électoral fut liquidé pour des législatives hypothétiques qui n’auraient même pas permis à l’opposition de mettre un terme au régime de dictature.

La CDPA-BT réaffirme aujourd’hui que tout le processus du dialogue, de l’ACL et du CPS sont un échec, et que cet échec confirme la faillite de la tendance dominante de la politique d’opposition menée dès avant la Conférence nationale. Que le régime se soit permis d’organiser la mascarade électorale du 27 octobre est à la fois une preuve supplémentaire et une des conséquences déplorables de cette faillite. Il importe de reconnaître avec courage que la politique d’opposition conduite jusqu’à présent a échoué et d’en tirer les leçons nécessaires. C’est une condition indispensable pour se mettre en mesure de donner une nouvelle orientation à la lutte afin de ne pas continuer les mêmes pratiques politiques en guise de politique d’opposition.

Une leçon capitale
Une des leçons capitales qu’impose cet échec de la tendance dominante de la politique d’opposition est la nécessité d’une remobilisation politique effective de la population en vue d’obtenir sa participation massive, consciente et efficace à la lutte contre le régime. Il s’agit d’une remobilisation-responsabilisation de la population Elle doit logiquement favoriser l’émergence d’une force alternative d’opposition capable de porter la nouvelle orientation de la politique d’opposition. L’entêtement du pouvoir à organiser la mascarade électorale du 27 octobre offrait une excellente occasion pour cette remobilisation responsabilisation. Il fallait saisir l’occasion.

On avait le sentiment après l’enterrement du CPS par le régime en mai dernier que les partis d’opposition accrochés à la branche pourrie avaient compris la nécessité de saisir cette occasion. Par la force des choses, ils avaient fini en effet par se décider à boycotter le scrutin du 27 octobre. Et depuis le 6 octobre, tous les partis d’opposition avaient pu alors engager une série d’actions en vue de mobiliser la population sur le mot d’ordre du boycott. La CDPA-BT s’était associée à ces actions avec l’espoir que le mouvement ainsi naissant serait le point de départ de la remobilisation qui s’impose. Il est regrettable que l’idée d’une coalition de l’opposition soit venue perturber le cours des actions engagées pour le boycott, brisant ainsi le mouvement vers la remobilisation indispensable. Une fois encore, les chefs de l’opposition ont raté le rendez-vous historique avec la masse de la population et manqué ainsi l’occasion de la réorientation indispensable de la politique d’opposition au régime.

Redéfinir une nouvelle politique d’opposition
L’idée d’une coalition des forces démocratiques n’est pas mauvaise en soi dans la conjoncture politique ouverte par le pseudo scrutin du 27 octobre. Mais à condition que la coalition envisagée ne soit pas réduite à un COD II bis, mais que l’idée se traduise au contraire par une structure solide et durable, conçue pour permettre à l’opposition d’être capable de prendre désormais l’offensive au lieu d’être constamment à la traîne des manœuvres du pouvoir, et de se mettre en mesure de faire face aux difficultés qui se profilent à l’horizon d’ici 2003 et au-delà.

La création d’une coalition de cette trempe n’est possible que si les chefs de la tendance dominante de la politique d’opposition pouvaient accepter de taire pour un temps leurs rivalités traditionnelles pour le pouvoir et leurs calculs électoraux pour arriver à concentrer toutes les énergies de l’opposition sur l’abolition préalable du régime de dictature. Certains d’entre eux avaient récemment donné le sentiment d’avoir finalement compris cela. Mais le montage de la coalition proclamée, ses non-dits politiques, ses présidences tournantes, ses vagues professions de foi pour “mettre un terme définitif au système RPT” montrent que cette structure n’est rien de plus qu’un autre COD II débaptisé, et que les enjeux électoraux de 2003 l’emportent en réalité sur la nécessité de doter l’opposition d’une nouvelle politique capable de permettre le renversement du régime de dictature grace à l’émergence d’une force alternative d’opposition.

En effet, comment « rester unie pour relever le défi démocratique tout en développant sur le terrain les féroces rivalités inhérentes à la lutte pour la conquête du pouvoir » ?. « Les féroces rivalités » pour la conquête du pouvoir sont tout à fait incompatibles avec la lutte pour l’abolition d’un régime de dictature. Nous devrions avoir compris cela après douze années d’une politique d’opposition qui est allée d’échec en échec justement à cause de cette concurrence prématurée pour la conquête partisane du pouvoir.

Les responsables des partis d’opposition ont un devoir de vérité et de respect vis-à-vis du peuple. L’union sans cesse réclamée par la population est irréalisable dans ce contexte de concurrence féroce pour le pouvoir. Mais ce n’est pas parce que l’opinion réclame une union de l’opposition qu’il faut lui servir une enième illusion d’union. Ce n’est pas avec une illusion de coalition agrémentée d’effets d’annonce que la remobilisation responsable pourra se faire pour permettre une participation effective des masses populaires à la lutte pour la fin du régime despotique.

La Coalition n’ira pas loin
De toute évidence, la coalition n’ira pas loin et chacun des chefs des partis membres le sait. Et elle contribuera par ses échecs à renforcer le régime de dictature. Au risque de ne pas être comprise, la CDPA-BT entend le dire dès maintenant pour inviter à plus de réflexion. La CDPA-BT ne peut pas faire partie de cette Coalition sans trahir ses positions bien connues. Elle espère par contre que la pression des événements à venir clarifieront les enjeux électoraux et forceront alors les partis membres de la coalition à abandonner pour un temps leurs calculs électoraux afin que l’opposition puisse se mettre en mesure de créer une structure capable de mener la lutte pour la fin du régime. La CDPA-BT ne ménagera aucun effort pour atteindre cet objectif et contribuera à toute action allant réellement dans le sens de la lutte pour l’abolition du régime.

Fait à Lomé le 5 novembre 2002
Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
Prof. E. GU-KONU