25/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Présidentielles: des observateurs français en « service juteux » pour une parodie d’élection

« Faute d’avoir pu mener une mission exploratoire, il n’y aura pas de mission d’observation de l’Union européenne (UE) pour l’élection présidentielle du 1er juin prochain au Togo », a annoncé lundi dernier, M. Gilles Desesquelles, le chargé d’affaires de la délégation de la Commission européenne au Togo. Cette décision n’a rien de surprenant ; elle était attendue depuis que les autorités togolaises ont délibérément refusé de se conformer aux exigences de l’Union Européenne en matière d’assistance électorale.

« En 2003, le Togo n’était pas dans les priorités pour une mission d’observation. La Commission européenne ayant appris l’intérêt de toutes les forces politiques, a mis en oeuvre les procédures appropriées (…). Il n’y avait pas eu d’accord avec le gouvernement pour qu’une mission exploratoire puisse se dérouler dans les délais impartis », a déclaré Gilles Desesquelles. Selon les propos de M. Dessequelles, les autorités togolaises avaient été informées dès le début du mois d’Avril du fait qu’il n’y aurait pas de mission d’observation de l’UE.

Ce que voulaient les autorités togolaises, c’est que l’Union Européenne consente juste à envoyer des observateurs « touristiques », le jour du scrutin pour servir de faire valoir à une parodie d’élection. L’Union Européenne ne pouvait décemment pas accepter de souscrire à une telle imposture. Selon les procédures habituellement mises en oeuvre par l’Union Européenne, l’observation doit couvrir l’ensemble du processus électoral, depuis la révision des listes électorales jusqu’à la proclamation des résultats, en passant par la distribution des cartes d’électeurs et la campagne électorale.

De peur que les experts de l’Union Européenne ne découvrent son vaste appareil de fraudes, le gouvernement togolais a tout simplement refusé de signer la convention qui aurait permis à l’Union Européenne d’accompagner le processus électoral pour la présidentielle du 1er Juin. Les autorités togolaises ont argué que les exigences de l’UE nécessitaient un report du scrutin, ce qui aurait conduit, selon le gouvernement togolais, à une vacance du pouvoir impossible à envisager sur le plan constitutionnel.

Cet argument tout aussi saugrenu que ridicule a de quoi surprendre. On peut s’étonner qu’un régime qui ne s’est jamais embarrassé de considérations constitutionnelles, se préoccupe si soudainement de « vacance du pouvoir » et de « vide constitutionnel ». Pour pouvoir modifier la Constitution, le général Eyadéma n’a pas hésité à faire voter par une « assemblée de service », une loi électorale anticonstitutionnelle ; on peut s’étonner que ce même général Eydéma évoque des considérations constitutionnelles pour refuser une assistance qui n’avait d’autre but que de garantir des élections démocratiques, libres et transparentes.

L’Union Européenne avait préconisé la reprise du dialogue entre le pouvoir et l’opposition ; c’est dans ce cadre qu’il fallait situer la proposition de l’UE, à savoir, un accord politique issu d’un dialogue entre les protagonistes de la crise et qui aurait permis de faire de l’élection présidentielle, un début de solution au problème togolais. La réalité, c’est que le pouvoir RPT ne voulait ni d’un dialogue et encore moins d’un nouvel accord politique qui viendrait remettre en cause le bon déroulement de son plan de pérennisation au pouvoir.

Pour compenser ce revers cinglant que lui a fait subir l’Union Européenne, le gouvernement togolais a annoncé à grands coups de fracas la semaine dernière, la probable venue d’observateurs du Parlement européen. En effet, l’euro-dépuité français, Michel Scarbonchi, « en mission sans doute très privée » au Togo la semaine dernière, a annoncé, à l’issue d’un entretien avec le général Eyadéma, qu’une mission d’observateurs du Parlement européen devrait se rendre au Togo pour suivre le déroulement de l’élection présidentielle du 1er juin 2003.

« Une mission d’observateurs du Parlement européen viendra probablement au Togo pour suivre cette élection. Nous souhaitons que tout se passe bien, que l’opposition participe à cette élection, que le président de la République participe également, dans la transparence la plus totale », a déclaré M. Scarbonchi. « Le président Eyadéma veut que les choses se passent calmement et qu’après ce scrutin, on s’achemine vers un rétablissement des aides de l’Union européenne, suspendues depuis dix ans », a-t-il ajouté. « La compétition électorale se dessine apparemment dans des conditions correctes, avec la participation de l’opposition, même sans la candidature emblématique de Gilchrist Olympio », a estimé le député européen. A en croire M. Scarbonchi, la décision d’envoyer des observateurs du Parlement européen au Togo doit être prise demain mardi.

On apprend que c’est M. Scarbonchi, qui a demandé au général Eyadéma de faire un signe en direction de l’UE en libérant Sylvestre Djahlin Nicoué, le directeur de l’hebdomadaire « Le Courrier du citoyen », arbitrairement détenu depuis le 26 décembre sans aucun jugement. Cette libération est intervenue mardi dernier sur ordre du général Eyadéma et apporte la preuve que le Togo est un Etat de non droit où, sur simple ordre du prince, on peut arrêter du jour au lendemain n’importe quel citoyen et le placer en détention sans jugement jusqu’à ce qu’il plaise au prince, selon son humeur, de le faire condamner ou de le faire libérer.

Si M. Scarbonchi était un vrai démocrate, attaché à la liberté, à la justice et à la dignité de l’être humain, il aurait exigé cette libération, non pas pour faire plaisir à l’UE, mais au nom du droit tout simplement. En France, M. Scarbonchi aurait-il supporté un seul instant, qu’un membre de sa famille subisse le sort du journaliste Sylvestre Djahlin Nicoué ? La vie et la liberté de Sylvestre Djahlin Niccoué ne valent-elles pas celles d’un Français ?

Dieu merci, l’Union Européenne a des critères d’évaluation de « l’humanité » et du « politiquement civilisé » qui ne sont pas ceux de M. Scarbonchi. En réponse « au geste » d’Eyadéma, l’UE a demandé aux autorités togolaises de mettre un terme « aux incarcérations arbitraires de militants de l’opposition », provoquant la fureur des dignitaires togolais qui s’attendaient à recevoir des félicitations pour leur soudaine « magnanimité ».

Mieux, dans son communiqué publié jeudi dernier, l’UE s’est dite « préoccupée par les récentes informations faisant état de l’arrestation de membres des partis politiques d’opposition ainsi que par le traitement subi par des membres d’ACAT-Togo, une ONG locale de défense des droits de l’homme ». Pour que soit garanti « le climat nécessaire à la tenue d’une élection démocratique, l’UE engage les autorités togolaises à mettre un terme aux incarcérations arbitraires des militants de l’opposition, et à faire la lumière sur le sort de ceux qui sont détenus », ajoute le texte.

Enfonçant le clou, l’UE dit « déplorer » également « que les autorités togolaises n’aient pas été en mesure d’accepter une mission exploratoire de l’UE », ce qui empêchera le déploiement à Lomé d’une mission d’observation électorale de l’UE.

La France semblant faire de son affaire, l’élection présidentielle togolaise, on apprend que des parlementaires français seront présents au Togo comme observateurs lors de l’élection présidentielle du 1er juin. C’est l’ambassadeur de France à Lomé, qui l’a annoncé jeudi dernier à l’issue d’une entrevue avec le général-président togolais. Le ministre togolais des Affaires étrangères, Roland Kpotsra, a quant à lui, annoncé le même jour, que le gouvernement togolais avait invité de « nombreux observateurs internationaux ».

Comme c’est devenu l’habitude, on s’achemine vers une nouvelle parodie d’élection, avec cette fois-ci, une nouveauté en la présence « d’observateurs français » en « service juteux » avec la casquette du parlement français ou du parlement européen pour servir de faire valoir à un processus électoral dont tout le monde s’accorde à reconnaître le caractère scélérat. « Pourquoi la France n’a pas appuyé l’Union Européenne pour que les missions d’observation couvrent l’ensemble du processus électoral depuis les opérations de révision des listes électorales jusqu’à la proclamation des résultats ? », s’est interrogé un expatrié français vivant au Togo et qui s’inquiète pour son avenir et celui de ses compatriotes vivant dans notre pays.

Déjà en 1999, des informations qui n’étaient des rumeurs sans fondement à l’époque, voyaient dans le dialogue inter togolais et dans l’accord cadre de Lomé, un marché de dupes orchestré par la France pour endormir l’opposition et « légitimer » le hold-up électoral perpétré par Eyadéma en 1998. Selon ces mêmes informations, des assurances auraient été déjà été données à cette même époque, à Eyadéma que tout sera fait pour qu’il soit reconduit en 2003 et que ses déclarations de ne pas se présenter ne devraient être que des déclarations de pure forme qui n’engageaient que ceux qui les auraient écoutées. On croyait à une blague.

Le silence de la France à la suite de la modification de la Constitution et face à la nouvelle candidature du dictateur togolais tend à donner du crédit à ces informations. La décence et la morale politique commandent que la France dont le président avait cautionné les engagements d’Eyadéma, soit intraitable dans sa condamnation de cette nouvelle forfaiture du président togolais. Il n’en est rien et cela ne surprend plus eu égard au rôle présumé de la France dans l’organisation de la nouvelle catastrophe qu’est en train de vivre notre pays.

Le 1er Juin 2003, la boucle sera bouclée. Il restera alors une dernière manche, la reprise de la coopération avec le régime Eyadéma. Il semblerait que là aussi, le plan de la France soit déjà au point. Selon les rumeurs qui finiront par se confirmer très vite, comme en 1994, le tandem Eyadéma-Kodjo devrait reprendre du service. Ce stratagème suffira-t-il à contenter l’UE en vue d’un assouplissement de ses sanctions contre le régime du général Eyadéma ? Rien n’est moins sûr. La présence d’Eyadéma à la tête du Togo continuera de reléguer le Togo au rang des pays dits à très hauts risques. Lorsque se produira l’inéluctable explosion, les Togolais auront à cœur, de combattre sur la terre de leurs aïeux, tous ceux qui, à l’intérieur comme à l’extérieur, s’opposent à l’édification d’un Togo démocratique, libre et prospère.

Frisco de SOUZA