27/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Propos de M. Edem KODJO, candidat du CPP

«Ça fait bien 25 ans que je suis dans l’opposition. Je ne suis pas le plus ancien, mais l’un des plus anciens»

« M. Edem Kodjo, vous êtes candidat à la prochaine élection présidentielle au Togo. Nous savons qu’en 1993, alors que vous étiez candidat unique du COD 2, vous aviez retiré au dernier moment, votre candidature par solidarité avec M. Gilchrist Olympio. Nous savons également qu’en 1998, vous aviez volontairement renoncé à poser votre candidature pour donner plus de chances à l’opposition.
Nous nous étonnons que cette fois-ci, vous êtes décidé à participer à cette élection en dépit des conditions très aléatoires dans lesquelles celle-ci va être organisée. Pouvez-nous dire, en détail les raisons fondamentales qui vous ont déterminé ?

Je crois que ce que vous aviez dit vous-même est clair : je suis l’homme politique du Togo, à avoir fait preuve de renoncement à chaque fois que cela m’a été demandé. J’avais été fortement sollicité pour être Premier ministre de la Transition, je m’y suis refusé, non pas parce que je me réservais pour la présidence de la République, mais surtout parce que j’estimais qu’on avait déjà promis ce poste à Me Koffigoh. Beaucoup de Togolais ne connaissent pas ce détail. En 1993, j’avais été massivement désigné comme candidat à la présidence de la République. Pour éviter la division de l’opposition et surtout pour ne pas cautionner l’éviction de G. Olympio, j’avais dû retirer ma candidature après un début de campagne époustouflant.

Nous nous étions engagés très loin dans cette affaire (2 hélicoptères, une équipe spéciale de reportages télévisés venue d’Europe et de moyens matériels considérables) avant de faire volte face à quelques jours du déroulement du scrutin. Il est vrai qu’on souhaitait obtenir une petite prolongation pour le retrait des cartes d’électeurs, les dates étaient serrées parce que l’un des leaders de l’opposition avait négocié tout seul une date peu convenable alors que Gnininvi et moi-même, on s’époumonait à Paris pour un échéancier plus raisonnable. Lorsqu’envoyé par Gnininvi, président du COD II au Ministère français des Affaires étrangères où les négociations se déroulaient et que je lui rapportai la triste nouvelle, il blêmit de colère… Je l’ai rarement vu dans un état pareil.

Enfin, l’ancien Président Carter, qui effectua un voyage à Lomé, avait laissé miroiter la possibilité d’obtenir 8 jours supplémentaires pour permettre une meilleure inscription de nos militants et une meilleure distribution des cartes.
Lomé II refusa net la demande de l’ancien Président américain… On y sabla le champagne lorsque notre retrait fut annoncé. Je suis persuadé qu’on allait terrasser Eyadéma à cette occasion. La victoire était à la portée de la main, nos moyens remarquablement bien utilisés. Et puis patatra… ! On laisse Eyadéma se faire élire dans un fauteuil. C’est le plus grand regret de ma vie. En 1998, c’est avec les larmes aux yeux que mes militants sont repartis chez eux lorsque nous prîmes (à notre Convention) la décision de ne pas me présenter aux présidentielles. Plusieurs partis amis nous avaient encouragés dans ce sens et… félicités. Un des leaders me dit à peu près ceci : «il faut que tu restes au-dessus de la mêlée et que tu constitues un recours». Mais c’est en vain, qu’à mon tour, je tâchai de convaincre les uns et les autres qu’on devait se présenter en front uni au sein du «Groupe des 8». Je ne fus pas écouté. Olympio et Gnininvi se présentèrent au titre de ce Groupe sans compter Agboyibo et Ayéva au titre de l’Union CAR-PDR de l’époque.

C’est la raison pour laquelle lorsqu’on prétend, aujourd’hui, assurer un classement sur la base de 1998, je ne me sens pas du tout concerné parce que politiquement et électoralement l’argument n’a aucune valeur. En politique les choses changent si vite ! Prenez le cas français, le Président Chirac élu convenablement en 1995 Président de la République et qui fut totalement désavoué, moins de deux ans plus tard après la dissolution de l’Assemblée nationale. En politique, les statistiques ne servent que pour expliquer le passé, jamais pour déterminer l’avenir. C’est un domaine où l’on peut dire avec certitude : «l’avenir n’est écrit nulle part».

En 2003, la donne est beaucoup plus compliquée. On a modifié la Constitution, la loi électorale, le mode de scrutin, un peu, à cause de notre propre faute. On n’aurait jamais dû boycotter les dernières législatives. Le piège était bien tendu, mais il était visible. Fallait-il tomber là-dedans la tête première ?
Aujourd’hui, nous partons à ces élections avec un handicap certain. Si j’osais, je dirais, avec 25 % de handicap. La lutte va être dure, raison de plus pour trouver un candidat unique. Au départ, plusieurs partis rechignaient à cette idée, peu ou prou. Un parti de l’opposition, et non des moindres, s’y est toujours refusé. Mais dès le départ, ma conviction était faite qu’il fallait que je me présente à cette élection… non pas parce que c’était à mon tour (cela n’a aucun sens) mais parce que j’étais convaincu que l’après Eyadéma nécessitait du professionnalisme. Je ne rentre pas dans ce débat oiseux, sans aucun fond solide, du libérateur et du gestionnaire. Pure invention de ceux qui ne pensent qu’à éliminer les autres. Nous sommes tous des libérateurs, nous ne sommes pas tous des experts dans l’art de gérer et de conduire la politique de la Nation.

Nous sommes tous des libérateurs, puisque nous combattons tous la dictature, les insinuations grossières et perverses qui tendent à discréditer certains leaders de l’opposition sont inacceptables et condamnables. Qui est là pour maintenir Eyadéma au pouvoir ? Il faut croire au moins, que chacun a envie d’aller s’asseoir dans son fauteuil, non ? Nous sommes donc tous des libérateurs… mais nous ne sommes pas tous des gestionnaires de l’Etat. Je vous prie de me croire que cela ne s’improvise pas. Sans chercher à me mettre en avant, je pense avoir quelques atouts pour résoudre les problèmes de fond qui se poseront, Eyadéma aussitôt effacé du pouvoir : garantie, dialogue et assistance internationale, armée, priorités économiques et sociales… confiance des bailleurs de fonds… etc.

Je me présente parce que je veux servir. Est-ce clair ?

Extrait de l’interview parue dans Le Combat du Peuple n° 400 du 19 mai 2003