08/12/2022

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Questionnement sur l’avenir de l’opposition politique au Togo

TRIBUNE LIBRE de Etienne DONI

Nombreux sont les citoyens togolais et les observateurs de la vie politique au Togo qui s’interrogent sur la place, le rôle et l’action des leaders de l’opposition démocratique au Togo. Aujourd’hui, les questionnements immédiats et inévitables ne concernent donc pas l’importance d’un parti politique mais tournent plutôt autour de ce que proposent les uns et les autres pour sortir de la lancinante crise.

Il y a comme un déficit de débat politique tant au sein des partis qu’au niveau de la population entière à qui on ne donne guerre la parole dans des conditions satisfaisantes. Les meetings sont quasiment proscrits par le pouvoir en place en dehors des farces électorales. Les universitaires sont rares à prendre la parole à l’instar de toute la société civile. Il est impérieux que toute la société civile organisée ou non, les médecins, les avocats et que sais-je encore, se réveille, écoute attentivement les acteurs politiques et se saisisse des sujets brûlants pour animer à son niveau le nécessaire débat public.

Il faut donc saluer l’initiative de l’UFC qui organise un meeting public à Paris en ce début de mois de novembre, morose et monotone au Togo. Sans détours et sans fard, il faut dire que l’UFC doit des explications approfondies aux militants démocrates et au peuple togolais. La société civile togolaise en France et les militants des autres partis politiques doivent saisir l’occasion de ce meeting pour un franc et profond débat avec la première force politique togolaise. Pour tordre le coup au diable, de nombreuses personnes pourraient à tort ou à raison, refuser de considérer l’UFC comme le plus grand parti politique au Togo. Force est de constater, que pour plusieurs raisons objectives comme la ténacité de Gilchrist Olympio, le vote utile ou la mémoire du Père de la Nation, les Togolais sont nombreux à suivre l’UFC dans sa combativité pour mettre fin à la dictature. Pour l’heure, il suffit largement de reconnaître ou de dire que c’est un parti qui jouit d’une popularité certaine.

Aujourd’hui, les questionnements immédiats et inévitables ne concernent donc pas l’importance d’un parti politique mais tournent plutôt autour de ce que proposent les uns et les autres pour sortir de la lancinante crise. Entre quelle solution pour le Togo, la troisième force, la force alternative ou les propositions de sortie de crise de l’UFC, il y a matière à débat. Il nous paraît donc indispensable de prendre le temps d’écouter et de débattre avec les dirigeants et les militants de l’UFC tout en n’esquivant pas les questions qui peuvent paraître fâcheuses. De ce fait, il est nécessaire de se demander si les propositions de l’UFC énoncées dans l’enceinte de l’Union Européenne ont été faite au seul nom de ce parti.

Peut-on raisonnablement considérer aujourd’hui aussi bien au Togo qu’ailleurs en Afrique, qu’un seul parti de l’opposition ou un seul leader puisse représenter l’alternative à une dictature ! L’histoire qui se déroule sous nos yeux démontre que seules des forces coalisées ou unies parviennent au bout de leur lutte. A première vue, les propositions actuelles de l’UFC n’ont pas rencontré un écho franchement favorable hormis celui de Maître Agboyibor du CAR. Elles ont le mérite d’exister et de constituer un cadre de discussion. Mais cette discussion ou le dialogue qu’il préconise devrait avant tout intervenir au sein de l’opposition. Depuis 1991, et pratiquement sans interruption l’opposition conventionnelle n’a pas cessé de dialoguer avec les tenants du pouvoir pour enfanter des accords cadre, de Lomé II, mixte paritaire, de Ouaga et que sais-je encore. Malgré ou à cause de cela, le Togo n’a pas cessé de s’enfoncer dans la crise. L’indispensable aujourd’hui ne serait donc pas de nouvelles négociations avec le pouvoir mais de vraies et sérieuses négociations au sein de l’opposition. L’incapacité de cette opposition à s’entendre sur l’essentiel et à présenter un front uni face à la dictature est certainement l’une des principales causes de notre mal.

La dernière sortie du « leader de l’opposition » pose un autre problème et nous donne l’occasion ou nous force à en discuter publiquement avec lui. Il s’agit de la proposition que l’on peut qualifier de contre nature pour l’UFC qui consiste à organiser un paradis terrestre doré pour le « Président non élu » qu’est Eyadema et en filigrane s’engager à participer à un gouvernement d’union avec le parti de la dictature. Lorsqu’il est dit dans une enceinte éminemment internationale comme l’U.E qu’Eyadema devra s’effacer au bout de 40 ans de pouvoir, tous les militants pour la Démocratie au Togo doivent avoir comme des frissons ou des sueurs froides. En effet, on accorde plus ou moins trois (3) nouvelles et belles années de règne à Eyadema. Et pourquoi ? Si le premier coup d’Etat orchestré par la France colonialiste et opéré de mains de maître par Eyadema date de 1963, il ne faut pas perdre de vue que sur le plan international, l’année de prise effective de pouvoir par lui est bien 1967. Pour un calcul vite fait, c’est donc en 2007 qu’il va atteindre les 40 ans de Président et appeler à quitter la tête des bons et loyaux services rendus à la tête de l’Etat sans même avoir droit au repenti pour les forfaits commis. A notre avis, une telle prolongation ne se justifie guère et mérite débat. Autant aller sans heurts à la fin du mandat actuel qui court jusqu’en 2008.

Si l’on n’y prend pas garde, l’armistice doublé de la prolongation du mandat, va apparaître dans l’imaginaire populaire du togolais non seulement comme une véritable capitulation mais une comprommission. Heureusement que nous pouvons faire nôtre que le leader de l’UFC n’est pas du genre à s’adonner à une basse compromission et qu’il faut chercher ailleurs les raisons de ses actuelles propositions.

Mais attention et attention à la démobilisation. Pour ne pas en arriver là, la société civile doit prendre la parole pour selon les cas, vilipender ou soutenir ces propositions. En tout cas un grand débat national doit naître pour tordre le coup à l’imaginaire populaire du Togolais, imaginaire réputé fécond et dévastateur. L’on ne devrait plus réserver les prises de positions aux seuls leaders des partis politiques. C’est l’occasion de se dire que malgré tous les défauts qu’on peut reprocher à tous les chefs de partis politiques de l’opposition, ils sont et demeurent indispensables. L’on ne peut se lever un petit matin pour se décréter opposant qui plus est leader politique. Ce serait la voie royale vers la dictature. On peut s’attendre à ce que de nouveaux leaders émergent de la lutte. Mais pour l’heure, il faut composer avec ce qui est et l’amener à élever le niveau de la lutte en adéquation avec la volonté du peuple. C’est donc l’occasion de dire et redire que l’opposition togolaise doit emprunter la voie des négociations qui mènent à une plate forme politique pour constituer une véritable alternative politique au pouvoir actuel.

Aujourd’hui, si dialogue il-y a, ou le dialogue nécessaire au Togo est celui qui doit être engagé au sein de l’opposition. Tout autre dialogue ne sera que diversion voire divertissement. Tous les partis qui se réclament de l’opposition démocratique doivent savoir que les plus grands, les plus fortunés ou les plus puissants ont besoin un tant soit peu des plus petits ou des plus numériquement faibles pourvu qu’ils soient tous animés de l’idéal démocratique. C’est ensemble que nous vaincrons sinon c’est ensemble que nous mourrons. Je préfère la victoire de mon camp, alors débat ou dialogue c’est comme on veut mais d’abord entre nous.

Etienne DONI
Militant pour la Démocratie au Togo.