18/08/2022

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Togo: 10 novembre 1946 victoire des nationalistes togolais sur le pouvoir colonial français

Il y a 60 ans :10 novembre 1946 – 10 novembre 2006

10 novembre 1946 premire victoire électorale des nationalistes togolai sur le pouvoir colonial français

Il y a 60 ans, le 10 novembre 1946, avait lieu l’élection du député du Togo à l’Assemblée nationale française mise en place, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, par le pouvoir français afin d’associer des élus de ses colonies à sa gestion pour tenter de sauver l’Empire français. Le Comité de l’Unité togolaise (CUT) eut un succès total à cette occasion parce qu’il avait inscrit l’unification du peuple Ewé et des deux Togo (britannique et français) au programme qu’il proposa aux citoyens en présentant Martin AKU comme candidat. Pour un coup d’essai des nationalistes, ce fut un coup de maître, un véritable raz de marée qui balaya tout sur son passage : avec 4 270 voix, Martin AKU obtenait 73 % des suffrages exprimés contre 1 460 voix soit 25 % des suffrages exprimés pour Nicolas Grunitzky, le candidat présenté par le Parti togolais du progrès (PTP), favorable au pouvoir colonial français. Martin AKU alla donc à Paris, en France, siéger pour cinq ans à l’Assemblée nationale française.

Un devoir de mémoire

Par cette victoire, le CUT, qui prenait la tête du combat pour l’émancipation nationale dans le pays allait gagner toutes les échéances électorales jusqu’en 1951 et, pour cela, subir les affres des manœuvres et de la répression du pouvoir colonial français jusqu’à sa victoire finale du 27 avril 1958 où il arrachait l’indépendance nationale « Ablodé » Ce 10 novembre 1946, il permettait ainsi au peuple togolais de tourner la page de 40 années de colonisation française qui ont suivi les 34 années de colonisation allemande soit, au total, 74 années de colonisation. A l’occasion du 60e anniversaire de cet événement, le Parti des travailleurs estime nécessaire de sacrifier à un important devoir de mémoire pour toute la jeune génération qui ne l’a pas vécu sans oublier les aînés qui en furent les témoins et qu’on ne peut qu’inviter, aujourd’hui, à en restituer la substance et les enseignements à cette jeune génération.

Au moment où le peuple togolais est engagé dans la recherche d’une issue positive à cette trop longue crise politique qui s’approfondit de jour en jour, il est plus que jamais nécessaire de savoir d’où nous venons pour savoir où nous allons ou voulons aller. A cet égard, la victoire électorale du 10 novembre 1946 est riche d’enseignements pour éclairer le combat du peuple togolais d’aujourd’hui car, si elle a pu bouleverser l’ordre colonial jusqu’alors instauré dans notre pays, c’est parce qu’elle ne venait pas du néant mais d’une longue résistance à la domination étrangère tant sous sa forme esclavagiste que fut la traite négrière que sous sa forme colonialiste. C’est cette résistance séculaire qui s’est transformée en une action collectivement organisée pour l’émancipation nationale qu’il est aujourd’hui nécessaire de connaître de façon précise.

La défaite de 74 années de colonisation

Dépecé comme l’ensemble des pays du continent africain à la Conférence coloniale de Berlin (15 novembre 1884 – 26 février 1885) où les puissances colonisatrices d’Europe se sont partagées le « gâteau africain », le territoire du Togo, d’abord colonie allemande, fut à nouveau partagé au Traité de Versailles du 6 mai 1919 entre les impérialismes français et britannique victorieux de l’Allemagne qui a perdu la Première Guerre mondiale. Divisant une nouvelle fois des peuples entiers dont le peuple Ewé, ces derniers se partageaient leur « butin » du Togo : par l’article 119 de ce traité, l’Allemagne renonça à tous ses droits sur ce territoire. Et, l’article 22 du même traité fit du Togo un territoire sous mandat de type B de la Société des nations (SDN) qui se rendit complice de ce partage de brigands qu’il entérina le 10 juillet 1919 pour l’adopter formellement le 20 juillet 1922, mandat qui, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, fut à nouveau confirmé par l’ONU, le 12 décembre 1946.

La résistance du peuple togolais à la traite négrière et à la colonisation se poursuivit alors, dans un premier temps, par le combat mené par le premier regroupement de nationaux togolais que fut le Bund der Deutschen Togolander plus couramment appelé Deutsch Togobund qui, à partir de 1929, commença à adresser des pétitions au Comité des mandats de la SDN pour exiger la réunification du peuple Ewé divisé par une frontière artificielle entre les pouvoirs coloniaux français et britannique. Ce combat dans lequel le Deutsch Togobund joua un rôle important notamment lors de la révolte des femmes de Lomé des 24 et 25 janvier 1933 marqua la première phase de naissance du nationalisme togolais qui se prolongea à travers le combat de l’All Ewe Conférence, après la Seconde Guerre mondiale où la collaboration d’éminents responsables du Togobund avec les nazis discrédita le mouvement.

C’était dans un contexte où les intérêts coloniaux français menaçaient d’être balayés en Afrique par un soulèvement généralisé des peuples africains au point de pousser De Gaulle à convoquer la Conférence de Brazzaville (30 janvier – 8 février 1944), pour faire évoluer le système institutionnel de l’impérialisme français en faisant participer des représentants de ses colonies aux deux premières assemblées constituantes élues en 1945 et en 1946.
Créé en 1941 comme une simple association, le Comité de l’Unité togolaise (CUT) se mua alors en un véritable parti politique, le 27 avril 1946, lors de la réunion de son Conseil d’administration qui se tint à Kpalimé dans le Kloto, pour prendre part aux consultations électorales alors envisagées par le pouvoir français.
Parallèlement, il œuvra activement à la création, à Accra en Gold Coast (actuel Ghana), le 9 mai 1946, de l’All Ewe Conference (AEC) qui rassembla tous les différents regroupements pan Ewé qui s’étaient constitués tant en zone anglaise que française. Il fit du programme d’unification du peuple Ewé et des deux Togo adopté par cette Conférence constitutive, sur sa proposition, le manifeste qu’il soumit aux électeurs en présentant Martin AKU comme candidat à l’élection du député du Togo à la deuxième constituante française. Ce fut ainsi que cette consultation électorale, qui se tint le 10 novembre 1946 au Togo, fut marquée par le triomphe du CUT et de son candidat, Martin AKU.

La victoire électorale du 10 novembre 1946 :
Voie ouverte vers d’autres victoires électorales en 1946 et 1958

Les bouleversements qu’entraîna la victoire électorale du 10 novembre 1946 furent considérables car elle ouvrit la voie, non seulement à d’autres victoires électorales ultérieures, mais à des évolutions institutionnelles dans les territoires dépendant de l’ONU et du colonialisme français. Le premier bouleversement, qui fut immédiat, eut lieu le 8 décembre 1946, date où la victoire remportée par le CUT, le 10 novembre, eut un effet amplificateur sur sa victoire lors de ces élections à la première Assemblée représentative du Togo (ART) où il conforta ses positions en raflant presque tous les sièges lors de cette consultation. La seconde répercussion, tout aussi immédiate, intervint le 16 décembre 1946, à la réunion inaugurale de cette assemblée où Sylvanus Olympio fut élu, à l’unanimité, président du bureau de cette institution qu’il eut à diriger alors pour 5 ans. Il n’avait alors que 44 ans. La troisième répercussion fut l’élection des conseillers à l’Assemblée de l’Union française, également raflée par le CUT en 1947.

Toutes ces répercussions atteignirent, bien évidemment les Nations Unies où, dès décembre 1946, à Genève, les multiples pressions des nationalistes togolais, s’appuyant sur leur première victoire du 10 novembre et les suivantes des 8/16 décembre, permit d’arracher une nouvelle évolution de l’organisation administrative du territoire togolais. A l’ancien cadre du « régime de mandat » que la France exerçait au nom de l’ONU, était substitué un nouveau cadre, plus favorable aux nationalistes, sous le nom « régime de tutelle » (« trusteeship » en anglais).

Quant à la France, elle fut contrainte de procéder, face à l’évidence de la réalité de la puissance de l’aspiration à l’unité des peuples Ewé et togolais dans leur ensemble, à procéder à des évolutions du système institutionnel régissant ses colonies non seulement pour le territoire du Togo mais aussi pour les « territoires sous tutelle » et autres « territoires associés ». On n’oubliera pas, enfin, les conséquences lointaines qu’eut la victoire du 10 novembre 1946 en donnant aux nationalistes togolais, la confiance nécessaire qui leur permit d’aller plus tard vers l’autre triomphe électorale, mémorable, du 27 avril 1958. En effet, comme ce fut le cas 12 années plus tôt, la victoire des nationalistes interviendra, ce jour-là, avec « l’ampleur d’une lame de fonds », cela, malgré toutes les manœuvres et fraudes que le pouvoir colonial français orchestra pour faire gagner systématiquement ces partis à sa solde qu’étaient le Parti togolais du progrès (PTP) et l’Union des chefs et des populations du Nord (UCPN) lors de toutes les consultations électorales qui eurent lieu de 1951 à 1958. Ne s’agissait-il pas précisément alors d’éviter, sans succès, que ce qui arriva ce 10 novembre 1946 n’arrive plus jamais ?
Parce qu’il tient à ce que ces importantes dates qui marquent le combat du peuple togolais pour sa libération du joug du colonialisme français ne tombent pas dans l’oubli, le Parti des travailleurs y reviendra à travers d’autres contributions à venir.

Lomé, le 9 novembre 2006
Pour le Parti des travailleurs,
le Secrétaire chargé de la coordination
Claude AMEGANVI