08/08/2022

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Togo: Agbobli, le Togolais martyr de la liberté de penser et de parler

Alors que certains étaient en pleine procession un peu partout dans le monde des chrétiens, ceci en souvenir de l’ascension de la Vierge Marie, des sicaires se chargeaient le 15 août 2008 de leur sale besogne et à vil prix sur un intellectuel togolais. Ce personnage était un porte-voix des sans voix. Il débattait tout haut avec tout le monde. Par son courage, il a voulu croire à un Togo meilleur, et s’est fait une opinion sur comment pacifier le futur du Togo.

Il n’hésitait pas à fustiger tous ceux, Blancs, Noirs comme Jaunes, qui s’organisent pour bloquer le destin des Africains , ceux des Togolais en particulier. Atsutsè Kokouvi Agbobli (AKA), le feu Président du parti MODENA (Mouvement pour le développement national créé en 2007) aurait été torturé avant d’être tué. Face à des versions contradictoires et sans une deuxième autopsie indépendante, il y a peu de chance que la vérité sur la mort de cet intellectuel de haut vol voit le jour. Son chauffeur aussi a disparu, volatilisé serait le mot approprié.

1. Assassinat, impunité, immigration et désinformation

Le Togo est-il un pays sûr et libre ? L’a-t-il jamais été pour les journalistes indépendants, les politiques et les libres penseurs ?

Faut-il rappeler au hasard les tentatives d’assassinat d’un autre chef de parti le 5 mai 1992, Gilchrist Olympio, Président de l’Union des forces du changement (UFC) à Soudou, près de Bafilo avec plusieurs grands nationalistes togolais dont Dr. Marc Atipédé lors d’une tournée au Nord du Togo. Les commanditaires de cet attentat ont été identifiés par une enquête internationale deux mois plus tard mais l’impunité institutionnalisée n’a pas permis de faire avancer ce dossier.

Le 23 juillet 1992, c’est l’assassinat de Tavio Amorin, parlementaire de 34 ans et Président du Parti Socialiste Panafricain (PSP). Ce cas n’a jamais été solutionné.

Le 6 septembre 1994, David Ahlonkovi Bruce, conseiller diplomatique du Président du Parlement de Transition (1991-1993) et haut fonctionnaire au ministère des Affaires Étrangères, est enlevé par des gendarmes togolais lors d’un contrôle routier dans un quartier de la banlieue nord de Lomé (Agouényivé) et n’a plus jamais été revu jusqu’à ce jour.

Le 28 mars 1996, Thomas Ruprecht, diplomate allemand en poste à Lomé est tué d’une rafale de mitraillette lors d’un contrôle routier par des éléments de l’armée togolaise. Même l’Allemagne a été incapable de trouver les responsables de ce meurtre.

En 2005, au cours des élections présidentielles, des médias faisaient état des bourrages d’urnes et des bulletins brûlés par l’armée, des incidents éclataient à Lomé entre des jeunes et les forces de l’ordre faisant plusieurs morts. Après les élections présidentielles contestées de 2005, un rapport de la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH) a dénoncé les « crimes abominables perpétrés par les putschistes contre le peuple togolais », soit un total de « 5 319 victimes occasionnées par la répression organisée par le gouvernement ».

En 2007, il ne faut donc pas s’étonner que les États-unis aient félicité indirectement les responsables du parti d’opposition le plus important du Togo, l’Union des forces du Changement, de n’avoir pas incité la population et les membres de ce Parti à manifester leur mécontentement suite aux élections législatives contestées d’octobre 2007 . Le peuple togolais et les partis politiques responsables préfèrent ne plus exposer la vie des populations face à une violence stratégique aléatoire. Une des réponses aux nouvelles formes de répression est l’immigration. Les pays occidentaux qui s’évertuent à mettre en place des formules de retour des immigrés feraient mieux d’aider à rétablir un véritable climat de sécurité s’ils veulent véritablement voir le flot des réfugiés et immigrés politiques se réduire au Nord. Les politiques d’immigration qui font l’impasse sur la situation sécuritaire dans le pays d’accueil sont vouées à l’échec et peuvent même conduire certains extrémistes à aller trouver des solutions non démocratiques sur le marché global du terrorisme. La relation entre l’impunité, le développement et le terrorisme doit nécessairement intégrer les programmes d’immigration en Europe et ailleurs.

L’impunité est-elle une nouvelle forme de gouvernance qui condamne les pays influents aussi au silence ? La liste des personnalités moins connues serait trop longue ici, mais l’environnement de suspicion et de vigilance n’a pas varié au Togo. Il est donc fortement conseillé aux journalistes indépendants, les démocrates et autres libres penseurs de ne pas se tromper sur la nature profonde du système togolais.

Sans réformes structurelles des services de sécurité, de la police et de la justice et sans volonté réelle du gouvernement, toutes les condamnations formelles de la violence et des crimes au Togo resteront stériles.

M. Agbobli a peut-être voulu accélérer l’histoire de la démocratie en tentant d’expliquer que la liberté de penser, d’écrire et de communiquer va de pair avec la démocratie, mais demeure incompatible avec l’impunité. Il n’a pas été compris.

Reflet d’une forme moderne de la communication publique où les condamnations verbales se perdent dans le brouillard du silence de l’impunité, la désinformation devient un outil commode pour travestir la vérité, surtout lorsqu’il y a une collusion entre le Nord et le Sud pour neutraliser ceux qui construisent la prise de conscience des populations africaines. M. Agbobli a mené le combat de la liberté et a voulu transmettre la culture du combat pour l’indépendance économique du Togo. C’est un iconoclaste incompris. Aucune manifestation populaire n’a vu le jour suite à cette disparition tragique. Cette atonie généralisée est le résultat conjoint des menaces et de la peur entretenues par le système politique dominant. Mais, il ne faut pas sous-estimer les lassitudes, l’épuisement et la démoralisation d’une population pauvre qui, à plusieurs reprises, a estimé avoir suffisamment donné en termes de morts, de blessés et d’handicapés, ainsi que de réfugiés lesquels viennent grossir parfois les rangs des immigrés en Occident. M. Agbobli a refusé d’immigrer pour bénéficier de cette fausse paix à l’extérieur. Il ne pensait pas que le nouveau visage que le régime togolais se donne, permettrait d’aller aussi loin que de le « supprimer » par l’envoi de sicaires primitifs et lâches tant il avait foi dans l’humanité du système togolais. Il s’est lourdement trompé.

2. A défaut de brûler les voix de l’alternance togolaise

Le monde gris des complicités, les dissidences multiples et diverses au sein du paysage politique togolais ont conduit à un éclatement de l’insécurité. Des poches de dissidences ambiguës, quant elles n’arrivent plus à organiser l’autocensure , développent une sous-culture de la violence à laquelle restent sourds les pays occidentaux qui se targuent de promouvoir la démocratie et le respect des droits humains à géométrie variable. Dans ces conditions, l’impunité promeut l’anonymat et la peur . Il suffit alors d’organiser des complicités pour que des sicaires sous-développés et indisciplinés prolifèrent et fassent du zèle en s’attaquant à des cerveaux africains noirs contre quelques poignées d’Euros. Car si M. Agbobli était un Blanc, les choses ne se seraient pas passées comme cela… Il en est de même de Moussa Kaka, un autre journaliste africain de Radio France International (RFI) emprisonné au Niger pour avoir trop bien fait son travail de journaliste. Il fait les frais des approches de « deux poids, deux mesures » de ceux qui sont devenus les adeptes des « intérêts mutuels bien compris ».

Donc, si M. Agbobli était un Blanc, tous les médias officiels seraient en train de discuter de sanctions, de commissions internationales voire de transferts des personnalités identifiées comme des criminels vers le Tribunal pénal international, etc. En fait, ce sont les médias indépendants, les sites Internet d’éveil des consciences qui rappellent le courage du disparu. Les groupes de réflexion et d’influence qui échappent au contrôle de la pensée unique favorisent la confrontation libre et démocratique des informations et permettent d’apprécier la foi dans l’unité nationale togolaise de M. Agbobli ainsi que son combat pour la liberté et la démocratie. Il faut donc être Noir pour mieux saisir la douleur de la perte de ce panafricaniste convaincu. Cet Homme courageux et éclairé qui a fait le deuil de ses choix passés, discutés et discutables, n’est pas simplement mort à 67 ans. Il a été : « sécaré », verbe reconstitué à partir du latin.

Rappelons que le mot sicaire vient du mot latin sicarius qui signifie un tueur à gage, mot qui vient de sica qui signifie poignard et du verbe secare qui a donné sécateur d’où sont tirés entre autres, les mots sectionner qui signifie aussi couper, voir découper… la vérité est qu’il avait fait l’objet de menaces au point que sa bibliothèque personnelle et imposante a été brulée il y a quelques années… Lorsqu’il a pu s’informer discrètement auprès des gens en uniformes qui souffrent parce qu’ils sont en bas de l’échelle, on lui a signifié le mobile qui se résume à : « Maintenant que nous avons brulé tes livres, tu ne pourras plus aller y copier des choses contre nous »… Ignorance, zèle sans instructions, ordre discret d’empêcher l’intellectuel de parler… On ne saura jamais.

Au lieu que tout ceci ait amené M. Agbobli à garder le silence, c’est alors qu’il avait appris que feu Joseph Ki-Zerbo, le grand historien burkinabé de l’Afrique, avait subi le même sort au Burkina-Faso… « On » était venu brûler sa bibliothèque… L’autodafé africain existe ! Quelle coïncidence ! Un autodafé à l’origine était un acte de foi qui consistait à brûler les livres considérés comme païens, blasphématoires ou immoraux. Plus tard notamment lors de l’Inquisition, ce n’était plus les livres que l’on brûlait mais bien celui qui écrivait ou possédait les écrits. Aujourd’hui, les dirigeants mal-élus africains ont adapté le phénomène et utilisent des sicaires pour faire disparaître les livres, les auteurs et ceux qui détiennent des écrits qu’ils considèrent comme dérangeants. L’acte de foi s’est réduit à avoir foi dans la pensée unique du régime au pouvoir ou à faire partie des réseaux clientélistes. L’autocensure fait le reste.

3. Agbobli : le libre penseur qui voulait unifier les Togolais

La disparition tragique et dans des circonstances non élucidées de Dr. Atsutsé Kokouvi Agbobli, ancien ministre, chef de parti politique, historien, journaliste et directeur du journal « Afric Hebdo » pose problème tant pour ceux qui clament haut et fort que la liberté de la presse, la sécurité et la démocratie sont de retour au Togo. Que certains pays occidentaux et quelques institutions feignent de ne pas voir la réalité des problèmes de l’insécurité au Togo, soit ! Mais que les contre-vérités deviennent l’apanage des déclarations officielles rappellent que les régimes qui promeuvent le double-langage et trouvent des appuis à l’international ne peuvent accueillir des esprits libres, des libres penseurs, des démocrates ou des nationalistes intelligents.

Au-delà des versions préliminaires contradictoires de l’autopsie du corps de M. Agbobli, c’est le refus par une partie des autorités togolaises de laisser procéder aux contre-expertises indépendantes qui pose le problème de la nature de la démocratie à la togolaise. En attendant donc que le Gouvernement honore le défunt, la famille, le Togo et redore sa crédibilité internationale par l’acceptation officielle d’une autopsie rétroactive fiable, il est préférable de ne pas verser dans les spéculations ou les affirmations sans preuve qui pleuvent de part et d’autres, tant M. Agbobli était populaire. Il était présent dans l’imaginaire, dans l’esprit et dans les débats des Togolais, des Africains, notamment ceux d’Angola, et même auprès des Occidentaux qui craignaient sa puissance d’analyse et sa capacité à rappeler à l’envahisseur blanc, son rôle dans l’état déplorable des économies africaines et de la pauvreté ambiante. Mais c’est sa capacité à parler, voire à s’opposer aussi à la corruption ambiante et rampante qui semble-t-il pourrait expliquer les tortures atroces qui auraient conduit à sa mort tragique.

La pauvreté alliée à une certaine corruption institutionnalisée fait disparaître les frontières de l’éthique, de la vérité, de l’opposition, du bien et du mal pour ne laisser subsister que le silence des cimetières. Ce silence rend tout le monde complice d’une disparition abjecte et sous supplice . Cela ouvre parmi certains pays occidentaux responsables, une démarcation entre l’aide communautaire et l’aide bilatérale de pays qui ne reconnaîtront la légitimité du régime togolais que lorsque les assassinats du consul allemand en poste au Togo, son chauffeur et son chien auront été éclaircis. En attendant, les assassinats de Togolais libres continuent presque dans l’anonymat d’un silence coupable.

4. Togo : l’impunité du silence

Avec la fragmentation clientéliste entretenue sur le devant de la scène politique, avec une faiblesse traditionnelle de l’Etat quant à la protection des citoyens togolais non-alignés, avec une régulation institutionnelle qui s’organise principalement autour des corruptions de proximité, au point que même les visas pour l’Europe se monnayent autour de 3-4 millions de FCFA à la barbe des Ambassadeurs des pays occidentaux en poste au Togo, l’embargo de l’Union européenne sur le Togo a ouvert les portes de la « débrouillardise ». Cela a contribué à brouiller les repères de l’éthique, des valeurs et de la protection de la vie humaine. L’insécurité au Togo a augmenté et aucun bailleur de fonds ne semble vraiment s’en soucier.

M. Agbobli, celui qui disait tout haut ce que pensent tout bas de nombreux Togolais sans voix, a été la victime de sa foi dans la sincérité du système politique togolais. Il était persuadé qu’il était possible de convertir de nombreux responsables de tous bords à un minimum d’éthique qui autoriserait l’approfondissement de la liberté de penser, d’écrire et de parler. En réalité, plus de 31 % de Togolais et plus de 62 % de Togolaises ne savent pas écrire et lire. Plusieurs pourtant parmi ceux-là ont parfois des postes décisionnels, d’autres se contentent, entraînés dans des réseaux peu recommandables, de rejoindre des structures de violences stratégiques. Ces milices en dérive n’apparaissent que dans les rapports confidentiels des ambassades en poste au Togo. C’est d’ailleurs cela qui explique pourquoi les responsables occidentaux sont parfois plus au courant que la Diaspora de la situation sur le terrain.

Mais paradoxalement, ces responsables politiques ferment les yeux dès lors qu’il n’y a pas de preuves. Il suffit donc d’instrumentaliser des vicaires et de faire disparaître par la peur, l’argent et la désinformation les éléments de preuve pour satisfaire aux conditions non écrites des représentants occidentaux au Togo. Le peuple togolais devrait donc logiquement les considérer aussi comme de véritables complices qui ne veulent pas faire de vagues. Le renforcement du système d’organisation de la justice, fondement de la cohésion sociale d’une société, n’a jamais été une priorité au Togo. Il est préférable de faire appel à un voyant ou un visionnaire pour trouver les coupables d’assassinats au Togo. En fait, les dossiers d’instruction criminelle finissent souvent par n’être qu’une simple feuille de nécropsie, encore faut-il la trouver . Les menaces et les représailles sur les familles togolaises sont telles que la loi du silence, prévalant au sein de la mafia sicilienne, s’est exportée au Togo. Ce sont cette impunité et la violence qui la caractérisent qui sont à la source de la dérégulation sociale et institutionnelle. L’interdépendance togolaise est bien repoussée aux calendres grecques. Le délitement social est en marche en silence. Quelle honte ! Le silence de l’impunité est en train de se métamorphoser en l’impunité du silence. L’impunité est progressivement devenue une réalité systémique au Togo et nourrit l’insécurité.

5. Le « pagne » de la liberté : retrouver la gouvernance des repères éthiques

Il faut une position commune des pays occidentaux pour que l’impunité et la sécurisation des personnes sans voix soient considérées comme une priorité sur l’agenda des discussions des bailleurs de fonds du Togo. La mort d’un Togolais, surtout un intellectuel, est moins importante que le remboursement sans fin du service de la dette ou l’accentuation de la dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Afin de s’assurer de quelques aides conjoncturelles à partir des justificatifs des pluies diluviennes récentes au Togo, alors que plus personne ne tient à cacher la rupture des barrages non entretenus, le dysfonctionnement actuel du système togolais repose sur la loi du silence. En annonçant lors du congrès de l’UFC à Lomé son choix de s’allier à ce parti pour les élections présidentielles de 2010, M. Agbobli aurait enfreint une règle non écrite qui serait une sorte de droit de préemption régalien sur les petits partis politiques. C’est donc un système qui est en cause et non pas simplement des individus ou des groupes d’individus. Avec un changement bien lent du comportement culturel du peuple togolais notamment la difficile réduction de la délation, de la corruption de proximité, il est facile d’organiser la désinformation à coups de millions d’Euros, ce qui contribue à brouiller les pistes et promouvoir une gouvernance reposant sur la perte des repères éthiques. Se laisser piéger à ce jeu de dupe, c’est vendre à terme la dignité des fils et filles de ce pays. Nous sommes donc tous responsables si la prise de conscience tarde à prendre forme. Seule l’unité des Togolais du dedans et du dehors en association avec les responsables occidentaux épris d’éthique aidera à renverser cette nouvelle déchirure du pagne de la liberté.

En filigrane, c’est une véritable guerre contre les intellectuels non organiques qui se déroule sous nos yeux. Ceux qui ne sont pas des intellectuels du pouvoir ou du parti au pouvoir au sens d’Antonio Gramsci sont mis à l’index quant ils ne sont pas sur des listes noires. Ceux qui se considèrent comme autonomes et indépendants du groupe au pouvoir et peuvent se permettre, à l’instar de M. Agbobli, de rappeler les principes élémentaires de la dignité humaine et de la démocratie sont de facto considérés unilatéralement comme des ennemis intérieurs. Si c’est en cela que ce gentleman est devenu une menace pour les réseaux au pouvoir, alors tous les intellectuels sont menacés dans ce pays.

Les Nations qui souhaitent voir l’avènement de la vérité des urnes confortées par une démocratie non virtuelle doivent informer ceux qui ailleurs commencent à comprendre qu’avec le démocrate Barack Obama ou même le Républicain John McCain, la tolérance zéro sera appliquée aux États défaillants où les crimes restent impunis. En fait, c’est l’aide internationale qui risque de se détourner de ces États-là. Il appartient donc à la Diaspora dans son ensemble à œuvrer pour la fin de l’impunité au Togo, pour l’avènement d’une véritable sécurisation du pays afin d’assurer que les résultats des élections connaissent un début d’application, sinon l’avenir du Togo sur le plan de la crédibilité au plan international, en référence aux conditions actuelles d’insécurité, risque de s’assombrir.

6. Agbobli, l’auteur

Si l’Afrique continue à tuer ses bibliothèques vivantes, elle aura du mal à accéder à la connaissance et verra sa civilisation s’éteindre rapidement, face aux multiples agressions extérieures perpétuées à des fins de dépendance accrue. Après avoir écrit l’un des ouvrages les plus proches de la vérité sur le premier coup d’Etat au Togo en 1963 , après avoir fait paraître un livre sur les visions de Jonas Savimbi qu’il a côtoyé, M. Agbobli en a déduit que face à l’adversité, il est important de rappeler aux Africains la phrase de l’historien grec Thucydide : « il faut choisir : se reposer ou être libre » ; cela a été repris par Périclès sous la forme : « si vous voulez être libre, il faut travailler ». Ces phrases revenaient souvent dans la bouche de M. Agbobli au sujet des Africains et plus particulièrement du pouvoir africain. Il n’était pas pour autant naïf sur l’urgence et la difficulté du chemin à parcourir. C’est ainsi qu’il rappela : « Point de découragement et de renoncement devant les épreuves et les souffrances qui sont considérées comme des difficultés non démobilisatrices mais plutôt des écueils appelés à être surmontés à force d’audace et de courage. Le culte du héros, capable des prouesses de tous genres, est à cet égard révélateur de l’attachement de l’individu à sa grandeur posthume et à la reconnaissance de la nation. Rayonner dans le monde et y voir son nom immortalisé pour toujours pousse les uns et les autres, hommes et femmes, à redoubler d’audace, à prendre des risques parfois téméraires et à s’engager dans des actions qui frisent des aventures dangereuses ».

M. Agbobli est un panafricain convaincu. Il a accepté de participer à un livre collectif qui posait la question de savoir si l’Afrique était-elle incapable de s’unir, de lever l’intangibilité des frontières et d’opter pour un passeport commun . Sa contribution portait sur « La nouvelle question d’Afrique ». Il y rappelait que pour comprendre les difficultés de l’Afrique, il faut garder présent à l’esprit que l’arme des ennemis de l’Afrique reste la « déstabilisation stratégique ». Il s’est alors consacré à promouvoir l’industrialisation et la culture de combat par une conscientisation des populations sous toutes ses formes.

Conclusion : martyr de la démocratie et de l’unité togolaise

Lorsque la promotion de la liberté de penser, de parler, d’écrire et d’informer devient une aventure dangereuse, c’est que l’on a encore à faire à des dirigeants sans conscience historique de leur rôle dans l’histoire universelle. Sans le savoir et avec violence, les commanditaires des sicaires viennent d’inscrire M. Agbobli dans le livre de la vie de la loi universelle. Ils ont peut-être oublié de s’inscrire eux-mêmes. Il ne faudra pas compter sur M. Agbobli pour le faire.

Un pays qui s’octroie unilatéralement le monopole de la violence illégitime sur les intellectuels, les libres-penseurs, le secteur privé national et les innovateurs ne peut se targuer de contribuer à la prospérité d’un pays et le bien-être de ses habitants. Ce sont les conflits d’intérêts au sein de l’espace politique togolais et les dissidences qui en résultent qui pourraient servir d’explication à cette disparition tragique d’un expert en science politique qui n’est certainement pas un « ennemi intérieur », encore moins un « ennemi de l’intérieur mais bien un ami des Togolais ».

M. Agbobli vient de rejoindre le royaume des ancêtres et des martyrs togolais pour la démocratie et l’unité des Togolais. La justice immanente est reportée à plus tard. Nous sommes tous responsables de cette mort car nous ne l’avons pas compris. Son message, fondé sur l’éveil des consciences, était avant tout un appel à la culture du combat et de l’indépendance du Noir, de l’Africain, du Togolais, …. de tous les Togolais. Le meilleur hommage des Togolais et des Togolaises à cet intellectuel hors pair demeure la construction de l’interdépendance des Togolais dans un espace éthique. Tous les membres d’Afrology Think Tank, le groupe de réflexion, d’action et d’influence, transmettent leurs sincères condoléances à toute la famille proche et éloignée.

Une minute de silence s’impose. Paix à ton âme, martyr de la démocratie et de l’unité togolaise. Le rêve d’une carrière politique pour servir les populations togolaises et le panafricaine vient d’être brisé. Quel gâchis !

Dr. Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du groupe de réflexion, d’action, l’influence « Afrology »

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