28/09/2022

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Togo : Commémoration de l’indépendance nationale sur fond de crise

Par Vénavino Dalves

La commémoration de l’indépendance nationale, le 27 avril, a mis encore un peu plus en lumière la crise qui mine, le RPT et la junte militaire au pouvoir au Togo. Le choix de Dapaong qui s’inscrit dans la logique d’une continuité n’était pas innocent : piéger les partis d’opposition et tout particulièrement l’UFC. Si en 2006, l’UFC a évité in extremis le piège tendu, les autres partis se réclamant de l’opposition y sont tombés à pieds joints et peut-être pas si involontairement que ça. Alors que Yao Agboyibor du CAR trônait en bonne place en tant qu’invité à la tribune officielle du défilé du 27 avril 2006, Léopold Gnininvi de la CDPA recevait de Faure Gnassingbé les palmes académiques. Depuis, tous deux sont au gouvernement dit d’union nationale avec le RPT, ce qui permet de penser rétrospectivement que, près de 4 mois avant la signature de l’Accord politique global du dialogue intertogolais (20 août 2006), Faure Gnassingbé avait déjà dans la poche leur accord de participation au gouvernement.

N’ayant donc pas réussi à piéger l’UFC le 27 avril 2006, les stratèges du RPT ont décidé de s’y prendre différemment, à savoir commémorer l’anniversaire de l’indépendance à Dapaong, la ville maternelle de feu Sylvanus Olympio. En effet la mère de ce dernier, Fidélia AFE (1862 -1967), était de l’ethnie mamprusi, originaire de la région de Dapaong. Ils pensaient à la fois pouvoir faire du charme à l’UFC et séduire les populations lors de cette pré campagne électorale. C’est pourquoi, le clan Gnassingbé a proposé le principe d’une commémoration tournante dans les différentes villes du Togo, imitant les pratiques qui ont cours au Gabon et en Côte d’Ivoire. Faisant d’une pierre deux coups, commémorer l’indépendance nationale dans les villes enclavées et en profiter pour les doter d’infrastructures dans un souci de développement global harmonieux et équilibré.

Pour le Togo cette manœuvre fut un fiasco! Car les Gnassingbé mal intentionnés feignaient d’innover, alors que leur seul objectif était de compromettre davantage leurs nouveaux alliés et les quelques adversaires qui leur restaient. Les infrastructures étaient inexistantes; la seule réalisation vantée à la télévision nationale pour berner les habitants de Dapaong étant l’ouverture du siège local d’une banque privée, la BTCI. Alors que les mafias proches du pouvoir qui ont mis en coupe réglée l’économie nationale, n’hésitent pas à offrir des fortunes pour les réjouissances du clan Gnassingbé. Rien qu’au mois d’avril plus de 8 milliards de F CFA ont été ainsi dilapidés : 2 milliards de F CFA pour le Kigbeleng, des énièmes funérailles du dictateur Gnassingbé Eyadéma, 500 millions de F CFA pour les 3 Rolls Royce de Kpatcha, 4,5 milliards pour l’achat de matériels de guerres blindés en prévision des règlements de comptes à l’intérieur du clan familial.

Devant autant de gabegie, de corruption et de duplicité, il faut se féliciter de la vigilance de l’UFC pour avoir à nouveau déjoué le piège de la junte militaire. A la question qui lui a été posée à son arrivée à Kpalimé : « Pourquoi vous ne vous êtes pas associé au gouvernement pour fêter au Nord ? » Gilchrist Olympio a répondu : « Mais ! Je vous l’ai expliqué. Je vous ai dit qu’ils nous ont fait des offres qu’on n’a pas cru acceptables. »

FAURE ET KPATCHA AIGUISENT LES COUTEAUX…

Ainsi donc, la « fête » à Dapaong tourna court. Le défilé militaire qui devait en constituer le point d’orgue était constitué des soldats de garnison et de quelques miliciens empenaillés: les troupes et les grands chefs militaires des FAT n’étaient pas à la parade. Ils étaient consignés à Lomé, dans la capitale pour des raisons de « sécurité », a-t-on annoncé officiellement. Selon le porte-parole des FAT ils essayent de calmer le jeu. (…) Pour le Cdt Kémence, la présence réduite des pelotons des corps devant exiger la présence effective des Chefs ne peut être appréhendée que d’un point de vue « stratégique » ; la capitale étant un point névralgique d’un Etat, elle ne peut être négligée en matière de sécurité ».

En effet, l’armée est actuellement divisée en deux clans : celui de Faure, le supposé-président de la République, qui est théoriquement le chef des armées et celui de Kpatcha, le soit-disant ministre de la défense, qui a effectivement les garnisons sous ses ordres. Chacun cherche pour l’instant à neutraliser l’autre, dans l’espoir d’un avantage décisif lors de la bataille sans merci qui ne saurait tarder. L’objectif essentiel pour ces deux usurpateurs est le contrôle de Lomé la capitale : la logistique et les moyens de communications. Le contrôle des territoires, c’est d’usage entre les bandes maffieuses…

LA PARADE DES LECHE-BOTTES DU RPT

La commémoration à Dapaong fut marquée par une autre innovation : le défilé de cortèges des partis politiques gouvernementaux que sont non seulement la CPP et le PDR mais surtout le CAR qui occupe la Primature ; son premier responsable et celui de la CPP n’ont cessé de se disputer depuis 1994 en faisant du lèche-bottes au RPT. Pour ridicule et honteuse que soit cette « innovation », elle eut le mérite de clarifier un peu plus la situation politique togolaise en montrant, après le retour des enfants prodiges de la CPP et du PDR à la maison RPT qui les a fabriqués, que le CAR s’apprête à faire la même chose. Il faut rappeler que son premier responsable, Me Yaovi Agboyibor, conseil juridique de feu Eyadéma, n’a cessé de siéger dans l’assemblée monocolore RPT jusqu’à la proclamation de sa dissolution par la Conférence nationale souveraine. Toutes choses qui jettent beaucoup de suspicion sur un déroulement honnête des prochaines législatives aux destinées desquelles préside, en tant que Premier ministre, Me Agboyibo.

Une alliance RPT – CPP – PDR – CAR dans une plus large « union de la majorité présidentielle », n’aurait-elle pas été d’ores et déjà nouée sur le dos de l’UFC, des autres partis et, plus généralement, du peuple togolais pour ces législatives ? Telle est la question qu’il convient de se poser. Dans ce curieux attelage la CDPA, l’autre parti de l’« opposition au gouvernement » a, de toute évidence, du mal à trouver sa place bien qu’on ait vu ses ministres participer aux inaugurations des « infrastructures privées » à Dapaong.

LA DEMONSTRATION DES NATIONALISTES A KPALIME….

Indépendamment des manifestations officielles, cette commémoration a donné l’occasion aux populations de la région de Kloto, berceau du nationalisme togolais, de faire la démonstration de leur rejet du régime RPT. Kpalimé réserva un accueil triomphant à Gilchrist Olympio dans cette symbolique étape de la tournée nationale de l’UFC. Totalement minoré, le RPT par l’intermédiaire de Bodjona, le directeur de cabinet de Faure Gnassingbé, vilipende sur les ondes de RFI, Gilchist Olympio en l’accusant de ne pas œuvrer pour la réconciliation nationale. Mais comment oublier que, pour les populations de la région de Kloto, l’UFC dirigé par le fils du défunt président Sylvanus Olympio, ne peut qu’incarner la continuité du combat du nationalisme togolais lorsqu’il proclame inscrire son action dans la continuité de celle du CUT.

Ce fut bien par le combat pour la réunification du peuple Ewé et, plus tard, pour la réunification des deux Togo artificiellement divisés entre les colons français et britanniques que prit naissance le nationalisme togolais. Et ce fut précisément à Kpalimé qu’eut lieu, le 27 avril 1946, le congrès qui transforma radicalement le CUT, d’une association au service des colons français en un véritable parti nationaliste et, par la suite, toutes les importantes assises de ce parti avant que le 27 avril 1958 ne le voit remporter la victoire de l’Ablodé qui le porta au pouvoir.

Cette histoire du combat pour la conquête de l’indépendance nationale restant vivace, on comprend pourquoi elle a nourri cette volonté de la jeune génération de se l’approprier en participant de façon conséquente à la Conférence-débat organisée au CESAL, du Séminaire de Tokoin, par cinq organisations : JUDA, GRAD, ONUTA, Afrique Tradition, Parti des travailleurs ; conférence se démarquant des commémorations officielles. Pour une réunion animée par l’historien Godwin Tété, l’économiste Komlan Alipui, le démocrate François Gayibor et le révolutionnaire Claude Améganvi, et ne devant durer qu’une matinée, il fallut toute une journée pour épuiser le débat.

Et c’est parce que la tournée de l’UFC se situait aussi hors du cadre des commémorations officielles et marquait sa volonté de renouer avec l’histoire que les populations lui ont réservé, dès le début, un accueil si délirant qu’il donna le ton aux étapes ultérieures. Le succès de cette tournée débutée par Kpadapé, village de la frontière Togo-Ghana qui est aussi celui de Marc Atidépé, assassiné à Soudou le 5 mai 1992, porta un coup au moral de ceux qui, à plusieurs centaines de kilomètres de là, faisaient une tête d’enterrement ou s’ennuyaient sous les apatams du RPT à Dapaong.

L’INCERTITUDE PESE SUR LES PROCHAINES LEGISLATIVES….

L’insurmontable crise multiforme de ce régime à l’agonie qu’est le RPT est bien là. Mais il serait illusoire et surtout dangereux de penser qu’il disparaîtra tout seul. Car, si incontestablement, par cette tournée, l’UFC a décidé de lancer à fond sa campagne électorale, force est de constater que c’est sans véritable garantie, car sachant bien toute l’incertitude qui pèse sur les prochaines législatives et le piège qu’elles constituent non seulement pour les populations mais surtout pour ses propres résultats. Rien n’est plus douteux, à l’heure actuelle, que le pronostic qu’on peut faire quant à l’issue de ces élections à la lumière de toute l’incohérence ubuesque qui en marque le processus de préparation.

Avec les différentes fraudes qui ont marqué les processus électoraux dans les différents pays de la sous-région (Sénégal, Nigéria, Mali) l’éternelle question reste de savoir si, après ces tristes précédents le RPT laissera s’exprimer la réalité de ce qui sortira des urnes. Et la multiplication de ces mauvais exemples laisse penser qu’il vaut mieux se préparer au pire et savoir quoi faire face à une telle situation pour ne pas conduire le peuple togolais, plutôt sceptique, à une nouvelle tragédie. N’est-ce pas à ceux qui ont choisi d’aller à cette consultation sans que soit notamment réglée la question de l’impunité, si décriée par tous les démocrates tant au Togo qu’à l’échelle internationale, de répondre à cette question cruciale.

La rédaction letogolais.com