25/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Togo : Contribution à la Misma contre caution à la mascarade électorale

Précédant ou emboîtant le pas aux dirigeants du Collectif Sauvons le Togo qui ont fait ces dernières semaines d’Avril, une tournée d’explication en Europe, les autorités togolaises mènent en ce moment en Europe et particulièrement en France une opération de marketing politique à grands frais.
Le message des autorités togolaises se résume en une demande faite à la France et à l’Union Européenne d’avaliser un passage en force pour organiser des élections législatives et municipales visant à institutionnaliser l’apartheid que le pouvoir du Togo met en place depuis l’accession du clan Gnassingbé.

Pendant ce temps, 35 leaders et militants du Collectif Sauvons le Togo sont en détention ou inculpés, pour des incendies des marchés de Lomé et de Kara qui apparaissent de plus en plus comme une manipulation délibérément orchestrée par des proches du pouvoir, à des fins politiques.

Achats de pages de publi-reportage dans des magazines, séries de rendez-vous dans les ministères, invasions des studios et plateaux de l’audiovisuel… toutes ces opérations engloutissent une petite fortune en frais de déplacements, séjours et frais de publicité et de libéralités, le tout au nez et à la barbe d’une population dont la grande majorité est au régime d’un repas par jour, et encore !

La première des cinq pages achetées dans le magazine Le point N°2119 du 25 Mars 2013 commence ainsi « Dans le conflit qui sévit au Mali, le Togo a été le premier à contribuer à la Misma en envoyant des hommes ». Et alors ? serait-on tenté de dire si l’affirmation avait été vraie.

Mensonges et contre-vérités

Dans leurs pérégrinations, les représentants voyageurs de l’Etat togolais assènent mensonges et contre-vérités avec un aplomb qui incite à se demander s’ils prennent leurs interlocuteurs pour des imbéciles ou s’ils sont tellement aux abois qu’ils n’ont pas d’autres arguments que le traditionnel « Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose ! » si cher aux politiques.

Ainsi Gilbert Bawara n’hésite pas à déclarer sur Africa 24 que « Mr Apevon trouve le cadre électoral des élections législatives et locales parfait. Le même ministre a juré mordicus, auprès de hauts fonctionnaires de la République française que Jean-Pierre Fabre et Abass Kaboua n’ont jamais été inculpés et auraient juste été entendus par le juge d’instruction, sans suite judiciaire. Le seul problème pour Mr Bawara est que les personnes concernées sont encore vivantes, pour le moment, et ont vite fait d’apporter les preuves des mensonges proférés, ce qui écorne encore un peu plus la crédibilité des autorités togolaises, dans un milieu où traditionnellement, la parole d’un ministre vaut contrat.

En feuilletant ces pages de publi-reportage, on découvre également des déclarations consternantes qui jettent un coup de projecteur sur le caractère irresponsable des dirigeants du Togo, ce qui annonce des lendemains difficiles. Sous le chapitre « Une pacification qui revient de loin » vantant les prétendus acquis de la gouvernance de Faure Gnassingbé, les prestataires de service en marketing politique écrivent ceci au sujet des élections législatives de 2007 présentées comme exemplaires « … des élections législatives ont eu lieu, avec un modèle de représentation proportionnelle, ceci afin de permettre à la population du Nord du pays (moins peuplé) d’avoir autant de représentants à l’assemblée que le sud. Le président, via son parti a remporté une majorité absolue à l’Assemblée ».

Partition ethnique d’un Togo pris en otage par un clan ultra minoritaire

La mission d’observation de l’Union Européenne sur les élections de 2007 que les autorités togolaises avaient taxé à l’époque d’incitation à la haine ethnique ne disait pas autre chose. En effet, dans son rapport final, la mission d’observation avait constaté que la répartition des sièges de députés et le mode de scrutin sont les principales méthodes qui ont permis au RPT, ancien parti unique d’engranger lors du scrutin de 2007 une majorité aussi écrasante (50 sièges sur 81) avec un nombre de voix inférieur à celui de l’opposition parlementaire. La fraude massive avait aussi été de la partie dans le nord Togo où les représentants de l’opposition avaient été chassés des bureaux de vote afin que les opérations de bourrage des urnes et de falsification des procès verbaux puissent avoir lieu, sans témoin.

Cette partition ethnique d’un Togo pris en otage par un clan ultra minoritaire qui se réduit d’année en année est la ligne directrice de la gouvernance des Gnassingbé depuis plus de 50 ans. C’est cette partition ethnique du Togo que Gilbert Bawara et ses pairs sont venus vendre à l’Union Européenne, pour acheter le silence sur le premier point des recommandations, de la mission d’observation de l’Union Européenne, en contrepartie de la contribution du Togo à la MISMA.

Scandaleux ! car on connaît la suite de l’histoire, lorsque des politiques aussi sectaires et ségrégationnistes ont été institutionnalisées comme mode de gouvernance, en violation de la loi fondamentale. Comme au Rwanda avant le génocide de 1994, la France est encore une fois sollicitée par des génocidaires putatifs qui tentent de faire accroire que c’est sur la base du rapport de la mission d’assistance technique demandée par Faure Gnassingbé à son homologue François Hollande que les dirigeants et militants du Collectif Sauvons le Togo sont inculpés et embastillés par une justice togolaise. Cette justice togolaise dont Mr Loïc Le Floch Prigent et son avocat français ont pratiqué pendant six mois l’indépendance et la compétence.

Recensement dans la Zone 1 : plus 240 000 électeurs fictifs

Revenant à l’apartheid en cours d’institutionnalisation au Togo, force est de constater que pendant plus de 50 ans, le clan Gnassingbé a dirigé le Togo sans le moindre développement du Nord du pays, sans la moindre décentralisation. De ce fait, les chiffres du recensement général de la population de 2010 sont édifiants. Dans les préfectures du Nord du pays où le taux de natalité est pourtant élevé, le taux moyen de croissance de la population est inférieur à la moyenne nationale, en particulier dans la région de la Kozah où la population croît de 2% en moyenne par an, contre 2,84% pour la moyenne nationale et 3,2 % pour la préfecture du Golfe sans Lomé Commune. La répartition par âge montre que les classes d’âge 15 ans et plus connaissent une attrition spectaculaire, du fait d’un exode rural qui fournit l’essentiel de la croissance de la population des quartiers périphériques de Lomé.

De ce fait, les préfectures de la Zone 1 qui représentent 36% de population totale du Togo pèsent à peine 32% de la population en âge de voter. Dans la zone 1 où l’enrôlement des électeurs est terminé, les 18 ans et plus qui constituent la population en âge de voter représentent 44% de la population totale, ce qui contraste grandement avec la moyenne nationale (50%) aussi bien qu’avec les 53% et 63% de la région maritime et de Lomé commune respectivement.

C’est enfin la raison pour laquelle Mme Agèle Aguigah, présidente de la CENI en charge du recensement devrait revoir les chiffres d’électeurs inscrits annoncés à la suite de l’enrôlement de la zone 1. Car avec 1 040 000 habitants en âge de voter à fin mars 2013, la zone 1 ne peut pas compter 1 200 000 électeurs. Cela fait au bas mot 160 000 électeurs fictifs soit 15% de la population en âge de voter et 240 000 électeurs fictifs soit 25% de la population en âge de voter, puisque la CENI évalue à 92% le taux d’enrôlement effectif des électeurs potentiels de la Zone 1. Mais du décompte des ossements de dinosaures au décompte des électeurs, il y a certainement un écart de compétence que la titulaire du poste de Président de la CENI n’a pas encore comblé.

LTG