26/06/2022

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Togo: Devrions nous qualifier la société gnassingbéïenne de prétorienne ?

« Nous, combattants togolais de la liberté, mieux nous prendrons conscience de la singulière nocivité intrinsèque de la société gnassingbéïenne, plus nous serons portés à tordre le cou à cette société »

Par Godwin Tété

Mon incurable goût de la lecture n’a amené à tomber ces jours-ci sur l’ouvrage de Bertrand Badie intitulé Le développement politique. Ed. Economica, Paris, 1994. L’auteur y passe en revue toutes les théories, toutes les thèses qui avaient, jusque-là, traité de la sociologie du développement politique – au plan universel. Et ce, en déployant un sens critique remarquablement acerbe.

Je savais pertinemment que les Forces Armées Togolaises (FAT) ne représent en rien une institution républicaine ; elles incarnent plutôt un corps prétorien, c’est-à-dire faisant allégeance à un individu, à un roitelet illégitime et illégal …(Cf. mon récent livre Histoire du Togo – Le coup de force permanent (2006-2011). Ed. L’Harmattan , Paris, 2012, chapitre I, pp.21-40). Je savais, non moins pertinemment, que le régime politique qui régente la Terre de nos Aieux depuis le 13 janvier 1967 est un régime oligarchique, soit un régime fermement corseté par une infime clique qui a confisqué et monopolisé toutes les ressources de notre pays (Cf.idem, chapitre II, pp.41-49). Mais comment qualifier la société gnassingbéïnne globale ?

Et voici que dans son ouvrage sus-mentionné, Bertrand Badie nous apprend que, pour l’éminent politologue américain S. Huntington, aux temps modernes, les sociétés humaines se présentent sous deux formes majeures :les sociétés civiles et les sociétés prétoriennes. Et B. Badie de nous traduire la façon dont S. Huntington caractérise une société prétorienne :

« Catégorie la plus importante – et aussi la plus originale – le modèle d’Huntington, la société prétorienne permet (…) de décrire la situation d’un système politique insuffisamment institutionnalisé, et donc en état de décomposition et de crise. Elle se caractérise par un affrontement « à nu » de groupes sociaux antagonistes, très politisés, rejetant toute procédure de négociation et de compromis et ne se référant à aucune règle du jeu commune.

« Face à ce sous-développement institutionnel, chaque force en présence utilise naturellement comme méthode d’action politique le moyen de pression dont il dispose : les ouvriers recourent à la grève, les riches à la corruption, les militaires au coup d’État. Dans une situation du désordre et de violence, ce dernier mode d’action tend à jouer un rôle prédominant : d’où le nom de société prétorienne, caractérisant non pas les systèmes politiques gouvernés par les militaires, mais un ensemble de sociétés où la prise du pouvoir par l’armée constitue un risque potentiel permanent.

« Les institutions étant trop faibles et trop fragiles, la sphère politique de ces sociétés se caractérise d’abord par un manque d’autonomie. L’État est aux mains d’une classe, d’un groupe, voire d’une clique et, surtout, les différentes forces sociales se présentent et agissent explicitement comme des acteurs politiques, renforçant par là même l’acuité des conflits et l’importance de la corruption. Le clergé, l’université, la bureaucratie, l’armée, les syndicats apparaissent comme de véritables partis et utilisent les structures politiques à leurs fins propres. De même, les institutions connaissent un faible degré de complexité : tous les pouvoirs sont exercés par un seul homme ou, parfois, par un junte ; ils ne se trouvent limités ou équilibrés par aucun contre-poids. Enfin les instances politiques en place ne sont dotées d’aucune légitimité, ne s’appuient sur aucun consensus et leur capacité d’adaptation est des plus sommaires : tout changement à la tête du pouvoir entraîne, presque immanquablement, leur dissolution et leur remplacement par d’autres.

« Dès lors, tout accroissement de la participation risque d’aggraver l’état d’instabilité, de violence et de corruption caractérisant les sociétés prétoriennes. Dans ce cas, on assiste à une accélération du processus de décadence politique, risquant de conduire jusqu’au chaos, si elle n’est pas arrêtée par une réaction autoritaire freinant la participation ou imposant la mise en œuvre d’un processus d’institutionnalisation politique. Mais Huntington est formel : sans des institutions fortes et stables, la modernisation sociale et économique ne peut aller de pair avec un quelconque développement politique » (pp.90-91)
Ainsi donc, à quelques nuances et spécificités près, on croirait lire une parfaite description de la société gnassingbéïenne (du père et du fils…) .

Peuple togolais !
Combattants togolais de la liberté !
Par notre Foi, notre Courage et nos Sacrifices, la Nation togolaise Renaîtra !

Lomé, le 15 décembre 2012
Godwin Tété