06/10/2022

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Togo-dialogue national : nous ne sommes pas encore au bout du tunnel

A propos du dialogue national…L’avenir par rapport au passé récent

Le dialogue intertogolais qui vient de s’ouvrir à Lomé, sur fond de manœuvre politicienne en ce qui concerne l’élection du bureau exécutif, et par ailleurs très attendu, a déja mobilisé un grand nombre de Togolais au sein de la diaspora, de même que sur le continent. Ce dialogue, aussi important soit-il, n’apportera pas à lui seul la solution définitive attendue à la crise togolaise, loin s’en faut. Nous ne sommes pas encore au bout du tunnel et il faudra encore travailler davantage sans relache jusqu’à l’alternance effective.

Tous les observateurs attendent de voir les premiers signes concrets d’ouverture et de sincérité du pouvoir ainsi que le comportement global des acteurs de cette longue crise réunis autour de la même table pour en finir cette fois-ci, ce qui est plutôt bon signe. Car, après tout, et au-delà de toute polémique, ce qui se joue en ce moment au Togo, c’est bien une transition dont le but est de mettre notre pays sur la voie de l’alternance politique en tant que tradition républicaine telle qu’elle est déjà bien ancrée dans les mentalités au Ghana et au Bénin.

Il s’agit de remettre au plus vite notre pays à l’endroit car les malaises et les frustrations occasionnés par cette longue dictature du système RPT sont aussi immenses que ce sentiment d’amertume généralisée éprouvée par les Togolais tant au pays comme sein de la diaspora.
Après quarante années de dictature violente, quarante années de barbarie sans merci, le Togo sort affaibli, ruiné, laminé et déglingué sur tous les plans : la comptabilité nationale est dramatiquement déficitaire, le trésor public est pillé et mis à sac, bientôt en cessation de payement car depuis bien longtemps déjà, les salaires et pensions sont versés au compte- gouttes avec des arriérés allant jusqu’à huit mois. Il ne reste plus qu’à ouvrir le capital du trésor public aux repreneurs du privé, c’est la faillite annoncée de l’Etat.

Devons-nous rappeler encore l’état de délabrement des infrastructures routières, lieux et bâtiments publics, dont les hôpitaux avec une surpopulation de malades attendant toujours la médecine bienveillante ? Le sort des hôpitaux est lamentable avec un sous équipement en matériel vieillissant par l’usure et le temps, sans oublier les nombreuses pannes fréquentes d’électricité qui entravent le bon fonctionnement des appareils de soins, les usines, la fonction publique et les ménages.Les fonctionnaires après avoir pointé leur présence le matin, repartent aussitôt pour de petits boulots de taxi-moto et autres, afin de pouvoir joindre les deux bouts.

La misère, la pauvreté, les maladies par carence, la sous alimentation, l’analphabétisme de masse, le fléau de la drogue, la prostitution des plus jeunes, bref tous ces maux font partie du quotidien des Togolais depuis 40 ans dans une forfaiture atteignant son point le plus culminant.
Nos voisins qui ont inventé la Conférence Nationale Souveraine n’étaient pas descendus aussi bas avant de convoquer les assises de la transformation sociale de leur pays.

Et pourtant, la misère humaine ne devrait pas susciter de l’indifférence. Face à cette pauvreté absolue crée et entretenue, ce dénuement le plus complet des Togolais dans la misère et la précarité, le système RPT et le clan Gnassingbé vivent dans le luxe et la richesse la plus insolente au monde, pillant toutes les ressources de l’Etat, bref, 1% de la population s’accapare et profite de 90% des richesses nationales, cela s’est déjà passé sous d’autres cieux notamment à Haïti sous les Duvalier en 1971, les résultats sont ce qu’elles sont aujourd’hui dans ce pays livré à une guérilla interne. Notons au passage que le fils, Jean-Claude Duvalier qui a succédé à son père, François Duvalier dit papa Doc, président à vie comme Eyadéma a dû finir en s’exilant en 1986.
Tandis que le Togolais moyen dispose de l’équivalent d’un quart de poulet par jour pour se nourrir, certains profiteurs du système RPT, ingurgitent copieusement trois poulets au petit déjeuner par personne.

Ainsi, l’urgence et l’élément central du Dialogue National, c’est bien la réforme démocratique et en profondeur de l’armée, car c’est elle qui constitue le nœud du drame togolais, c’est l’instrumentalisation de cette institution certes utiles qui rend impossible l’alternance par les urnes.
L’opposition doit se rappeler une fois de plus au cours de ce dialogue, que ses victoires successives avaient été volées et confisquées en 1998 – 2003 – et 2005, alors qu’ elle a toujours fait le plein des voix au cours de ces trois grands rendez-vous électoraux conformément au souhait exprimé par le peuple.
Le 24 avril 2005, plus qu’une débâcle électorale, le système RPT sentait tout simplement sa disparition politique venir à grand pas et s’est résolument engagé sur la voie de la barbarie pour ainsi s’opposer à la civilisation digne des peuples et des nations aspirant à la liberté. Cette débacle n’est-elle pas déja annonncée par le vote des militaires précédent le vote civil ?

A propos des fraudes massives du 24 avril, Philippe Bernard écrivait dans le journal Le Monde du 28 avril 2005 : « Les habitudes anciennes semblent si lourdes que les chiffres officiels recèlent des incohérences. Ainsi, le nombre de Togolais-162 810 soit plus de 74 % des suffrages – censés avoir voté en faveur du candidat du pouvoir dans la préfecture de la Kozah, fief de la famille Gnassingbé – est supérieur à la population – 156 000 âmes – de cette même préfecture », article intitulé: Election contestée au Togo.

Philippe Bernard qui était l’envoyé spécial du Journal le monde en avril 2005 à Lomé, poursuit dans son deuxième article : « le téléphone togolais s’est mis aux abonnés absents depuis dimanche, jour de l’élection présidentielle et des tensions politiques. La « panne » générale empêche les Togolais de communiquer, a rendu aléatoire la collecte des résultats du scrutin et a compliqué la tâche des médias, mais le ministre de l’intérieur assure que c’est une coïncidence ».
Au total, cette coïncidence a fini par toucher tous les opérateurs : « Tout a commencé avec la brutale coupure, dimanche après-midi, du réseau de téléphonie mobile Télécel, l’opérateur privé qui concurrence depuis peu la compagnie d’Etat Togocel. Le soir, le téléphone fixe local et national est devenu muet, lui aussi, interdisant l’accès à internet et contribuant à intensifier la tension ambiante. L’opération est largement interprétée comme destinée à entraver les communications…..les tarifs de Togocel ont alors explosé, comme par hasard. La hausse a été vertigineuse……l’affaire s’est encore compliquée lorsque, à l’approche de la publication des résultats de la présidentielle, Togocel a été, lundi, à son tour frappé de mutisme. Seuls les possesseurs d’une puce étrangère parviennent encore à communiquer, même si certains numéros restent mystérieusement inaccessibles…tandis que le ministre de l’intérieur, dont le portable ne cesse de carillonner, assure que « le gouvernement est la première victime » des ennuis téléphoniques. Et que fait donc le ministre des postes et télécommunications ? Il est indisponible. Le titulaire du portefeuille est un certain Faure Gnassingbé, devenu président. Quant au ministre par intérim, il était encore absorbé lundi par la campagne électorale dans son fief, à 700 km de la capitale ». Article intitulé : Depuis l’élection, le Togo est aux abonnés absents.
Il faut se rappeler également de la coupure ou de la brouille des émissions radiodiffusées et télévisées dont RFI, de même que la reconduite à la frontière des journalistes des grands médias tels que Le Figaro.

Notons enfin, le vol – devant les caméras de télévisions – d’une urne par des militaires dans une école de Lomé, faisant peser le doute sur les résultats proclamés mardi qui confirmait l’irrégularité du scrutin.
Malgré tout cela, le peuple qui était en droit de manifester était massacré impitoyablement dans une stratégie de conservation du pouvoir, les conséquences sont catastrophiques : un millier de morts et près de 60 000 réfugiés. Si ces 60 000 de nos compatriotes n’étaient pas parti en exil, c’étaient 2 500 coupe-coupe qui les attendaient par le plan final de carnage et de charcutage humain.

Voilà le vrai visage du RPT, parti tristement célèbre dans la duplicité de la pratique du pouvoir avec lequel l’opposition accepte de dialoguer sans médiateur, mais sous le regard avisé des Togolais. Si toutefois, l’arrogance et la démagogie du RPT devait être au rendez-vous de cette rencontre, il va sans dire que l’opposition a le devoir de claquer la porte sans état d’âme, c’est la détermination de nos compatriotes.

Aux vues de tous ces éléments extrêmement graves, le dialogue national doit être un moment de vérité, d’ouverture et d’opportunité politique capable de redonner confiance aux Togolais par une transition stable en vue d’une alternance politique que les bailleurs de fond internationaux attendent pour ouvrir les robinets de l’investissement.
Que cela soit entendu, ce dialogue est également la dernière chance pour le système RPT qui n’est plus crédible aux yeux du monde entier, après, ce sera trop tard dès lors que ce dialogue sera vidé de toute sa substance. Le RPT, en tant que parti politique n’est qu’une minorité agissante sur l’échiquier national, mais qui s’impose par la force brutale qui est également sa culture politique, la preuve en est qu’il brille par l’absence de programme de développement humain.

Pour conclure, il est exceptionnellement important de savoir que malgré tous les échecs subis, le peuple togolais reste toujours déterminé en tenant compte de cette pauvreté qui lui est injustement imposée. Le fait encourageant est que les masses populaires togolaises se sont définitivement libérées de leur nature atavique à se résigner et à subir la mal. Cet état d’esprit est né des événements du 5 octobre 1990, s’est développé à chaque occasion manquée en grandissant d’un cran, puis s’est nettement amplifié à la mort du dictateur contre le coup d’Etat militaire du 5 février 2005. Cela veut dire qu’en réalité, le dispositif militaro-répressif du système RPT n’impressionne plus personne, car en Afrique du sud, le Parti National a bien fini par rendre son tablier à l’ANC pour une opposition à l’infini. Ce qui est vrai en Afrique du Sud ne sera pas faux au Togo, ce qui est une réalité au Bénin et au Ghana se sera pas impossible au Togo : le Togo est une République et non une Monarchie.

Les nouvelles stratégies de séductions et de ruses de la part du pouvoir à l’endroit de la communauté internationale, qui consistent à remettre des distinctions nationales aux uns et la présidence du dialogue aux autres y compris la parade militaire du 27 avril pour monter un semblant d’ouverture ne flattent personne. Cette décoration remise à un seul leader de l’opposition ne cache t’elle pas maladroitement la gratitude du pouvoir vis-à-vis de celui qui était le seul à être présent aux funérailles du dictateur ? Tous les Togolais sont persuadés que le RPT n’attend rien d’autres que la reprise de la coopération pour gaspiller à nouveau l’aide au développement, car, l’Etat n’a plus de ressources et n’est même plus productif, l’industrie togolaise, mis à part le port de Lomé est une affaire à perte, une véritable ruine, un vrai fiasco total. Il nous faut au moins quinze ans, voir plus, pour rattraper nos voisins Béninois et Ghanéens, encore faudra t-il obtenir le premier critère qui est cet incontournable alternance ?

Par Tido BRASSIER