01/10/2022

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Togo : discours programme du Premier Ministre Agboyibo

DISCOURS PROGRAMME du Gouvernement d’Union Nationale formé le 19 septembre 2006
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Excellence Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Honorables Députés,
Excellence Mesdames Messieurs les Membres du Corps Diplomatique,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Chers invités,
Mesdames, Messieurs,

C’est pour moi un grand honneur et un réel plaisir de me trouver à cette tribune pour exposer devant vous et devant la nation, les grandes lignes du programme d’action du Gouvernement d’Union Nationale que j’ai la charge de conduire. Je le fais avec beaucoup d’humilité. Car je sais que la mission est lourde et que j’aurai besoin de votre concours le long du parcours.

Monsieur le Président,
Honorables Députés,

Qu’il me soit permis en prélude à mes propos de m’incliner devant la mémoire des compatriotes de tous bords qui ont perdu leur vie durant notre processus démocratique et plus particulièrement lors des troubles sociopolitiques de l’an dernier. Le sang versé par ces compatriotes constitue, j’en suis sûr, une semence pour la patrie.

J’adresse également ces mots de compassion aux nombreux réfugiés et à toutes les personnes déplacées qui, nous en sommes conscients, vivent dans des conditions pénibles.

Excellence Monsieur le Président,
Honorables Députés,

Si je me présente aujourd’hui devant vous, ce n’est pas par hasard.

C’est parce que vous qui êtes les représentants du peuple, et moi qui suis appelé à diriger le Gouvernement d’Union Nationale, nous avons en commun trois choses, trois convergences de vue.

La première, qui est un constat douloureux, c’est que nous savons de part et d’autre que notre pays, le Togo souffre dans le concert des nations d’un traitement qui aurait dû ne pas être le sien.

M’adressant à vous qui avez le privilège d’être au devant des populations, au milieu des populations et derrière les populations, j’ai à peine besoin d’expliciter mes propos de peur de faire simplement écho des réalités que vous connaissez mieux que moi.

Je ne vous apprendrai en effet rien de nouveau en disant que, comme dans bien d’autres pays africains, la pauvreté et le chômage des jeunes ont atteint au Togo, un seuil intolérable.

Les effets cumulés de la dégradation des termes de l’échange ont accentué la chute du pouvoir d’achat de toutes les couches sociales. Tous, nous éprouvons un besoin pressant de voir redonner à la fonction publique le goût de rendre aux citoyens des services plus performants. Malgré les efforts de redressement en cours, l’état de dégradation des équipements publics est toujours préoccupant.

Les services assurés aux malades, y compris aux personnes infectées du VIH/SIDA, ne sont pas à la hauteur des attentes. Ces insuffisances entre autres, ont profondément affecté de multiples domaines de notre vie nationale. Et pourtant, que de richesses ne sommes-nous pas comblés par la nature ? Le port en eau profonde de la capitale n’est-il pas l’un des plus appréciés de la sous-région ? Nous avons vocation à être une place financière et le corridor de desserte préféré par nos voisins de l’hinterland. Notre végétation est objet d’admiration pour sa verdure, sa densité et sa diversité. Le sous-sol de nos régions regorge de richesses minières. Et que dire de notre belle plage de Lomé dont le charme est à peine exploité par l’industrie touristique.

Nous avons une jeunesse de plus en plus formée et qualifiée pour des fonctions requérant la maîtrise de nouvelles technologies.

Honorables Députés,

Vous vous en souvenez, ces atouts naturels ont fait du Togo à une époque de son histoire, un pays d’avant-garde dans la sous-région, en Afrique et même dans le monde.

Souvenez-vous, Mesdames et Messieurs les Députés des Conventions ACP-Europe Lomé I, Lomé II, Lomé III, Lomé IV.

N’est-il pas un paradoxe, voire un mystère, que malgré les mêmes atouts, notre pays soit aujourd’hui à la traîne des nations, au regard des indicateurs de comparaison des niveaux de développement ? Le paradoxe n’est en réalité que d’apparence. Car vous et nous, nous savons pourquoi nous avons tant régressé.

Et c’est là notre seconde convergence de vue.

Nous ne pouvons pas, vous et moi nous offusquer à l’idée que l’on reproche à notre pays de n’avoir pas fait en sorte que son processus de développement aille de pair avec le respect des principes démocratiques. Le reproche n’est pas excessif. Notre société souffre d’un déficit démocratique.

Qui d’entre nous ignore que chaque période électorale constitue un cauchemar pour les Togolais et s’est souvent terminée par des morts, des blessés, et des départs en exil.

Certes, il serait injuste de méconnaître les progrès enregistrés par notre pays en matière de respect de la liberté religieuse, de la liberté d’expression, de la liberté de presse, de la liberté d’association, de la liberté de création des partis politiques et de bien d’autres droits fondamentaux des citoyens. Ces espaces de liberté, puis-je le rappeler, ont été réalisés de 1987 à 1991, c’est-à-dire avant nos 15 ans de traversée de désert, sous l’impulsion de la Commission Nationale des Droits de l’Homme créée et soutenue par le feu Président, le Général Eyadema.
Paix à son âme.

Honorables Députés,

Ces avancées, dans le domaine des droits de l’homme sont des réalités historiques indéniables. Nous devons néanmoins reconnaître que notre processus démocratique reste à parfaire.

En d’autres termes, ce que veulent les Togolais, c’est que leurs dirigeants émanent de leur consentement exprimé à travers des élections régulières, libres et transparentes et dont les vainqueurs soient acceptés par tous.

Ce maillon manquant à notre système politique est lourd de conséquences pour nos populations. Car si l’on y avait remédié, notre pays n’aurait pas été privé depuis 1993, d’importants concours financiers extérieurs qui seraient venus en appui à nos ressources internes.

Excellence Monsieur le Président,
Honorables Députés,

A ce stade de mes propos, je ne doute pas un seul instant que vous soyez d’avis avec moi que nos populations ont assez souffert et qu’il est temps que des solutions appropriées soient trouvées à la racine de notre mal.

C’est là notre troisième et dernière convergence de vue.

A propos de la quête des solutions, vous et nous sommes suffisamment édifiés par les faits. Nous avons tous constaté l’inefficacité de la violence et de l’arbitraire.

L’expérience a montré que nous devons tous nous départir du tribalisme.

Vous vous rappelez par ailleurs que lors de votre élection, vous aviez, Honorables Députés, promis aux populations, de promouvoir la primauté de la raison sur la passion, le triomphe de la lumière sur les ténèbres, la liberté et le progrès, la réconciliation et la paix.

Honorables Députés,
Monsieur le Président,

Nous nous sommes surtout aperçus depuis avril dernier que l’esprit de consensus est la seule méthode qui puisse permettre à notre pays de sortir de la crise sociopolitique liée au déficit démocratique.

La signature de l’accord politique global par toutes les parties prenantes au dialogue national et l’adhésion de toute la classe politique à l’idée de la formation d’un gouvernement d’union nationale en sont des illustrations.

C’est pourquoi, Excellence Monsieur le Président, Honorables Députés, je tiens à rendre un hommage particulier au Président Faure pour la patience et l’acharnement qu’il met à rapprocher des acteurs politiques d’horizons divers pour les mettre ensemble et les amener à s’entendre pour sortir le pays de la crise sociopolitique.

Il est réconfortant que les acteurs politiques se montrent sensibles à ces efforts et consentent les uns et les autres des sacrifices pour faire avancer graduellement le processus consensuel amorcé. Dans le contexte politique de crise qui est le nôtre, la méthode initiée et partagée par tous est incontournable. Nos décisions seront d’autant plus soutenues par nos populations qu’elles émaneront d’un large consensus de la classe politique.

J’aimerais, à ce propos réitérer ici que, si le Dialogue national a été un succès, ce n’est pas tant, parce que le contenu de l’accord politique global était parfait. C’est pour la simple raison que toutes les parties prenantes au Dialogue l’ont signé sans tenir à avoir satisfaction sur tous les points de leurs revendications. Si l’accord politique global a été signé par tous, c’est surtout grâce à la détermination du Président Faure. Qu’il en soit remercié. Je voudrais tout autant adresser mes remerciements au Président Compaoré.

Notre accord doit beaucoup à sa compétence inestimable et à sa permanente disponibilité.

Excellence Monsieur le Président,
Honorables Députés,

C’est le même esprit de consensus qui a guidé la formation du Gouvernement d’Union Nationale.

Le Chef de l’Etat et nous-mêmes avions œuvré à ce qu’il en soit ainsi.

L’essentiel a été fait. Mais nous continuons à être ouverts à toutes les initiatives pouvant nous permettre de parvenir à un Gouvernement encore plus inclusif.

Et puisque la méthode consensuelle a fait ses preuves, je ne pense pas, Mesdames, Messieurs les Députés, que vous trouviez d’inconvénient à ce que nous gardions le cap en allant de l’avant.

C’est au demeurant en s’inscrivant dans cette logique que les parties prenantes au Dialogue national ont pris la décision de s’entendre en une feuille de route sur les actions à mener par le Gouvernement d’Union Nationale.

J’aimerais avec votre permission en faire le rappel. La feuille de route, annexée à l’accord politique global stipule ce qui suit :

« Outre ses attributions constitutionnelles classiques, le Gouvernement aura pour tâches prioritaires :

1. de mettre en œuvre les décisions prises par le dialogue ;
2. de prendre des mesures en vue d’accélérer le rapatriement et la réinsertion des réfugiés et des personnes déplacées ;
3. de créer les conditions d’une implication plus forte de la Diaspora togolaise à l’œuvre de construction nationale ;
4. de renforcer les mesures visant à assurer la sécurité des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire national et de veiller au strict respect des normes républicaines relatives à l’intervention des Forces de Sécurité dans le maintien de l’ordre et de la sécurité publique ;
5. de mettre en place un programme de délivrance de cartes nationales d’identité ;
6. de mettre en place des mesures incitatives à la participation des femmes à la vie politique ;
7. de prendre les textes réglementaires et administratifs garantissant des élections justes, libres et transparentes ;
8. de prendre les mesures appropriées en relation avec les partenaires au développement en vue de relancer l’économie togolaise ;
9. de parachever la mise en œuvre des vingt deux (22) engagements souscrits par le Gouvernement togolais avec l’Union Européenne ;
10. d’élaborer un calendrier électoral précis indiquant la date d’installation de la
future CENI ;
11. de définir les modalités de financement des activités des partis politiques ;
12. de rédiger les articles du code électoral visé par le présent accord. »

Honorables Députés,
Mesdames, Messieurs,

Les tâches ainsi énumérées, vous l’avez constaté sont toutes suffisamment précises et ne méritent guère de commentaires.

Vous avez pu vous rendre compte qu’elles gravitent presque toutes autour de ce que nous avions à l’instant relevé comme étant la solution à notre crise : l’organisation d’élections législatives anticipées dans des conditions de régularité, de transparence et dont les résultats puissent s’imposer à tous.

Cette mission centrale constitue pour le Gouvernement d’Union Nationale la reine des tâches prioritaires.

Certes, le Gouvernement n’entend pas perdre de vue les autres prescriptions de la feuille de route.

Il en est ainsi de toute évidence pour les tâches classiques de l’Etat. La place spéciale à consacrer à la préparation des élections législatives ne saurait préjudicier à la poursuite de la gestion des problèmes quotidiens auxquels les Togolais sont confrontés différents domaines : économique, social, culturel, sportif etc.

Il est vrai que le bon aboutissement de la mission confiée au Gouvernement d’Union Nationale permettra au pays de générer plus de ressources pour faire face à ces problèmes quotidiens et de créer les conditions de mise en œuvre des conclusions du récent dialogue social. Cela requiert de la part de nos populations, un temps de compréhension, un temps de patience.

Nous devons toutefois faire dans l’immédiat, ce qui est possible. Et c’est le lieu du reste de rendre hommage au Gouvernement sortant pour le travail qu’il a accompli en s’inspirant des lignes directrices définies par le Chef de l’Etat.

Je voudrais dans le même ordre d’idée vous rassurer, Mesdames, Messieurs les Députés que le Gouvernement s’attaquera dans les plus brefs délais, à la question cruciale de retour et de réinsertion des réfugiés et des personnes déplacées.

Il mettra notamment en place un comité ad hoc pour étudier avec les pays d’accueil, le HCR et les organisations humanitaires concernées, les modalités d’accélération du processus de rapatriement et de réinsertion.

J’ai par ailleurs conscience de la nécessité d’épargner les élections en perspective des violences et des drames qui ont émaillé les précédentes consultations électorales.

C’est pourquoi dès la phase préparatoire des élections, j’entends m’employer avec le soutien du Chef de l’Etat, à faire traduire dans les faits les dispositions de l’accord politique global visant à renforcer la sécurité des biens et des personnes sur l’ensemble du territoire national.

Excellence Monsieur le Président,
Honorables Députés,

Ma rencontre de ce jour avec vous, vous l’aviez compris, n’a qu’un but : celui d’exprimer aux populations par votre intermédiaire, mon engagement à tout mettre en œuvre pour que les élections législatives à tenir en juin 2007 répondent aux conditions définies par l’accord politique global de façon à sortir le pays de la crise et à l’ouvrir à un développement durable.

Ce processus sera enclenché sans délai.

Dans les tout prochains jours, les dispositions nécessaires seront prises pour que la CENI soit installée et démarre la préparation du scrutin.

Je mettrai également en place, dans les plus brefs délais, et sous ma présidence, deux comités inter-ministériels chargés, l’un de préparer les réformes institutionnelles, l’autre d’assurer le suivi de la préparation des opérations électorales. Je tiens à dire avec insistance que la préparation et la tenue du scrutin se feront dans la plus grande transparence.

Chaque partie prenante au processus aura le droit d’en contrôler la sincérité à tous les niveaux à travers ses représentants.

Je suis convaincu que de par leur compétence et leur loyauté, les vigiles de la transparence feront en sorte que le prochain scrutin soit un modèle pour toutes autres élections à venir et un engagement ferme du Togo à rompre définitivement avec l’époque des élections contestées.

Et je voudrais à propos de la transparence du scrutin et d’éducation civique des populations, dire depuis cette tribune, que je compte sur la contribution de la société civile en ce contexte exceptionnel d’organisation des élections législatives par un gouvernement d’union nationale.

Je prends ici la société civile en son sens ouvert comprenant les associations, les syndicats, les confessions religieuses, etc.

Je souhaite que toutes ces organisations puissent accompagner le processus, chacune dans son domaine.

L’essentiel est qu’elles gardent à l’esprit, la nécessaire séparation des rôles. Le politique, qu’il soit au pouvoir ou dans l’opposition, a la mission de rechercher des solutions aux problèmes du pays. Il ne peut pas se borner à les poser et encore moins à les crier.

La société civile, elle, a le devoir de vigilance à l’endroit du politique, le devoir de l’inciter et de l’aider à régler les problèmes.

Toute confusion en la matière porterait atteinte à la crédibilité de l’organisation concernée et au fonctionnement normal de notre démocratie.

A l’heure où nous allons ouvrir le processus électoral, il m’a paru utile de rappeler ces principes qui doivent guider la nécessaire complémentarité entre la classe politique et la société civile.

Honorables Députés,
Mesdames, Messieurs,

La démocratie que nous devons construire ensemble doit être exemplaire. Elle nécessite la tolérance et le respect réciproque.

Elle doit reposer sur la participation de tous à l’œuvre commune et non sur la domination d’une majorité sur une minorité.

Il n’est pas de Togolais supérieur à un autre Togolais quel que soit son ethnie ou sa région d’origine, sa religion d’appartenance ou sa condition économique.

Ce sont les vicissitudes de l’histoire qui ont fait de nous les habitants de ce pays.

Nous sommes condamnés à vivre ensemble.

Il revient pour cela aux politiques d’agir à l’image du Créateur en positionnant chaque citoyen à la place qu’il mérite au regard de l’harmonie à promouvoir à l’échelon national.

Nous avons tout ce qu’il faut pour changer l’image de notre pays et le placer au diapason des Etats modernes.

Nos partenaires, africains, européens, américains, chinois et autres, ont unanimement salué la piste du consensus que nous nous sommes tracée depuis avril dernier pour régler nos problèmes.

Je souhaite que nous la transformions en autoroute qui conduise nos populations vers la démocratie, la réconciliation nationale et la prospérité pour tous.

J’exhorte chaque acteur politique à placer l’intérêt supérieur de la nation au-dessus de nos préoccupations personnelles ou partisanes.

Honorables Députés, je voudrais, en guise de mot de fin, réitérer que je compte sur votre concours.

Que le Seigneur nous accompagne de sa grâce et bénisse le Togo.

Je vous remercie.