09/12/2022

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Togo-élections: « Ni boycott, ni participation les yeux bandés » pour le CST

L’aile dure de l’opposition togolaise a levé les dernières hypothèques sur sa participation aux prochains rendez-vous électoraux dans le pays. Face à un processus électoral mené au pas de charge par le pouvoir, les responsables du Collectif « Sauvons le Togo » (CST), en tournée européenne réfutent le soupçon d’un boycott mécanique. Pour ces opposants, l’heure est à la mobilisation pour obtenir des conditions optimales d’organisation des scrutins en perspective.

Par Franck Essénam EKON

Zeus Ajavon parle d’expérience. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) et ses entourloupes, il connaît. Membre de l’institution chargée d’organiser les élections par le passé, il sait aussi à quel point les garanties actuelles brandies par les autorités sur la fiabilité du processus électoral s’effacent comme par enchantement les soirs de verdicts. Alors, ce juriste de formation préfère s’en tenir à une ligne de conduite préventive : « il faut se battre pour arracher prioritairement des conditions de fiabilité et de transparence des élections à venir», recommande-t-il samedi lors d’une rencontre avec la diaspora à Paris. Depuis des mois, un bras de fer oppose le pouvoir à l’opposition à propos du sens à donner au processus électoral. Mode de scrutin, découpage électoral ou encore exigence d’un dialogue sincère avec l’opposition, les motifs de crispation se multiplient autour de la thématique des élections et les récentes polémiques liées au dernier recensement attisent les craintes d’un scrutin vicié. « Lutter pour de meilleures conditions d’organisation reste au cœur de notre démarche », confirme Agbéyomé Kodjo, Président national de l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (OBUTS). L’ancien chef de gouvernement sort d’une éprouvante incarcération suite aux incendies qui ont ravagé des marchés dans le pays. Il rappelle le contexte de terreur et d’humiliation de l’opposition qui règne actuellement au Togo. « Il est scandaleux de vouloir organiser des élections dans une telle atmosphère », affirme-t-il sans oublier d’interpeller le pouvoir sur le sort des nombreux militants encore injustement détenus dans le cadre de cette sombre affaire. « Il faut que toutes ces personnes soient libérées car ce sont des prisonniers politiques », fait-il remarquer, avant d’expliquer l’objectif de la tournée en cours : sensibiliser les partenaires internationaux du Togo sur la problématique nationale et surtout les amener à s’impliquer dans la recherche d’une solution politique apaisée.

« il est scandaleux de vouloir organiser des élections dans une telle atmosphère ! »

Pour les membres de ce collectif de partis politiques et d’organisations de la société civile, l’unanimité est faite autour de cette exigence d’assainir en amont un processus électoral actuellement pris en otage par le pouvoir. Jean-Pierre Fabre n’est pas du reste. Le premier responsable de l’Alliance nationale pour le Changement (ANC) reste ferme sur les conditions d’une participation de ses troupes aux législatives en préparation : « les conditions de transparence des élections demeurent quelque chose d’essentiel pour nous et nous nous battrons pour les obtenir », lance-t-il aux Togolais venus rencontrer les responsables du CST. Alors que certaines formations politiques ne font plus mystère de leur désir de se présenter aux élections aux conditions voulues et décidées par le pouvoir, ici on n’est plus disposé à « se faire avoir » comme par le passé. Le mot d’ordre n’est donc pas une obsession du boycott, mais à une préparation raisonnée du scrutin avec des exigences de fiabilité et de crédibilité renforcées, mais aussi des résultats qui valident le libre choix des électeurs. De l’avis de nombreux observateurs, l’enjeu d’une clarification de la démarche du CST était d’envergure. « On sait désormais quelle ligne de conduite ils ont adopté et il était important que les positions soient clairement précisées », analyse M. C. venu de Bruxelles pour écouter les opposants togolais. Quant à la récurrente question d’un dialogue politique avec le pouvoir- autre sujet de tiraillements-, elle est évaluée à l’aune de la sincérité du cadre des discussions et à l’effectivité d’application des décisions prises. « Nous n’avons ni l’envie le temps d’aller dialoguer pour dialoguer », conclut Fabre.

La rédaction letogolais.com