08/12/2022

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Togo: Faure Gnassingbé ou la tentation d’un autisme congénital…

Le comportement de celui, qui se veut le nouvel homme fort de Lomé présente(déjà) de troublantes similitudes avec les frasques de son père à la tête de l’Etat togolais. Entre le discours lénifiant, la récidive de l’intransigeance et surtout ce recours systématique à la force militaire pour régler les contentieux avec la rue, le prototype génétique semble être prêt pour un remake de la stratégie de la terreur dont les Togolais veulent tourner la page.

Par Franck EKON.

Il y a bien eu quelques tentatives sinueuses pour présenter Faure Gnassingbé comme politicien modéré. Instruit et ex-pensionnaire d’universités prestigieuses en France et aux USA, il serait, pour ainsi dire, celui par qui le salut descendrait sur le peuple togolais, celui dont le tempérament et le parcours constitueraient (à l’inverse de son père) l’occasion décisive d’un renouveau historique des relations entre le prince et ses administrés dans le pays. François Soudan, le tristement célèbre directeur de rédaction de l’Hebdomadaire « Jeune Afrique l’intelligent » est le plus récent porte-parole de cette thèse : « Mi-nordiste, mi-sudiste(de par sa mère originaire d’Atakpamé),ancien étudiant à Georgetown et à Paris-Dauphine, discret et affable, celui qu’Eyadéma préparait à l’évidence pour sa propre succession est très différent de son père », écrit-il dans le dernier numéro du journal avant de faire le parallèle entre le destin de dirigeant de Faure et celui d’un Bachar Al-Assad ou d’un Joseph Kabila. « Faure est un personnage discret, réputé modéré, très impliqué dans les négociations avec l’opposition et avec l’Union Européenne », poursuit-il comme pour passer une dernière couche de vernis au portrait de son futur généreux donateur…
Le parti pris de ces expertises d’alchimiste apparaît aujourd’hui avec netteté puisqu’à l’épreuve de la réalité, le personnage se sera vite dévêtu de son masque de candeur pour endosser, en bon fils, l’héritage de toutes les dérives comportementales qui caractérisaient le règne de son géniteur.

Il y a un fait qu’on aurait tort de rejeter dans les catégories de la banalité : ce sont les militaires qui ont sacré Faure roi du Togo. A la lumière de ce facteur, toutes les différentes étapes de la farce qui s’est déroulée au sommet de l’Etat prennent une signification peu rassurante par rapport son attitude. Son père, Eyadéma ne jurait que par l’armée, la violence physique et la culture de l’écrasement de la contestation. Le rôle actif joué par les militaires dans les événements de ces derniers jours au Togo, permet de conjecturer de l’orientation politique du plus illustre représentant de la dynastie Gnassingbé.
Face au tollé national et international provoqué par sa « désignation » nocturne comme président du Togo, sa réaction s’inspire directement de la méthodologie paternelle : surdité volontaire, entêtement à accomplir scrupuleusement son plan machiavélique, justification a posteriori du passage en force avec le renfort de réseaux propagandistes. Il y a bien lieu de parler de succession, mais d’une succession obscurantiste sur laquelle vient se greffer malencontreusement un complexe d’identification dans la perversité.

L’héritier s’y croit déjà vraiment et ceux qui l’ont vu serrer des mains, descendre de « son » avion présidentiel, lire son discours à la télévision n’ont pas manqué de relever dans sa gestuelle des germes d’un mimétisme difficilement camouflable derrière les appels à l’apaisement. Le biologique prend décidément le pas sur toute autre considération et le vocabulaire s’en ressent forcément. A preuve, le fils d’Eyadéma parle lui aussi déjà de « confiance populaire » de « main tendue à l’opposition », de « réconciliation nationale » et chose plus frappante, il fait également des promesses…
Dans le dictionnaire de Gnassingbé Eyadéma, ces concepts relevaient d’une sémantique particulière, tout se perdait dans l’instabilité des humeurs du dictateur. Le fils modèle n’aime apparemment pas les rounds d’observation, lui qui s’est précipité sur le siège présidentiel sans laisser à la dépouille paternelle le temps de refroidir. Tout dans les actes posés valide la thèse d’une reproduction à la chaîne des mêmes séquences.
La preuve la plus parlante est certainement la mobilisation d’unités de guerre contre une population manifestant à mains nues pour le recouvrement de ses droits. Ici aussi, le fils « fait honneur » au patrimoine reçu. Sans la moindre hésitation, le dispositif de terrorisation des togolais est réactivé et des militaires nullement formés à la prise en charge des manifestations urbaines sont lancés aux trousses de paisibles citoyens avec pour mission de « faire des exemples ».

Pour peu, on douterait de la mort effective d’Eyadéma, tant le fils excelle dans la gestion des valeurs familiales. Radio France internationale titille-t-elle d’un peu trop près la clique au pouvoir ? Le couperet tombe aussi sec, comme au bon vieux temps : suspension de tous les émetteurs de la station sur le territoire national et interdiction absolue d’entrée au Togo pour ses journalistes apparentés à des suppôts de l’opposition.
L a presse togolaise, de son côté doit se dire qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, puisque Pitang Tchalla, le ministre de la communication a fait passer le message : aucun écart ne sera toléré et le gouvernement se réserve le droit de sévir à la moindre sortie intempestive. Plusieurs chaînes de radio et de télévision ont déjà fait les frais de ce bâillonnement programmé des journalistes et la liste ne peut que s’allonger. Amnesty International ne s’y est pas trompé en attirant l’attention de l’opinion internationale sur le « silence radio décrété par Faure Gnassingbé et sa bande d’éminences grises depuis quelques jours au Togo. La phobie d’une presse indépendante figure donc en bonne place dans le testament dans le testament d’Eyadéma à son fils.

Mais l’habit est décidément trop grand pour ce dernier. En plus de sa mise en quarantaine même par ceux qui hier encore en Afrique déroulaient le tapis rouge pour son père, il cristallise rejet et récriminations sur le plan national. Les apprentis dictateurs ne perdent pas le sommeil pour si peu. Mais Gnassingbé Eyadéma a-t-il prévenu son descendant que la tentative de prise de pouvoir par la force incluait aussi le statut de pestiféré ? L’a-t-il averti qu’on ne s’amuse pas impunément avec les aspirations e tout un peuple ? Pas sûr… Et quand le fils d’Eyadéma se met à promettre, en compagnie des généraux de l’armée togolaise, des élections « libres, démocratiques et transparentes », tout le monde sait ce que cela veut dire et son géniteur doit se dire dans l’au-delà que son clonage est un franc succès.

La rédaction letogolais.com