06/12/2022

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Togo: Gouvernement d’union nationale aujourd’hui : un non sens

Par EYIDI Clara et AGOU Wood

Pour Michel Barnier, le Ministre français des affaires étrangères, l’élection présidentielle s’était déroulée dans des conditions « globalement satisfaisantes ». Il la considère comme un « succès ». Ses remarques sont injurieuses pour nos martyrs et pour notre Peuple. Cependant, elles ont l’avantage de montrer que la solution farfelue en cours est l’œuvre des autorités françaises. Ce ministre inconsistant a mis en exergue une partie du plan concocté par Paris. La réussite de l’autre moitié, la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, dépend de la volonté de l’opposition de ne pas laisser une puissance étrangère, complice du dictateur défunt et de ses héritiers, imposer ses choix à un peuple souverain. Les protecteurs du clan Gnassingbé veulent nous infliger une mauvaise solution. Nous devons nous en affranchir et la rejeter pour notre salut.

Peut-on construire une union sur une escroquerie ou sur des fraudes ?

Le Togo a eu droit à la première page et à l’éditorial du journal « Le Monde » non pas pour saluer la naissance d’une démocratie mais pour stigmatiser les fraudes du camp Gnassingbé et les graves dérives de la politique française au Togo. Les commentaires de ce journal sont édifiants : « … Les soupçons qui pèsent sur les opérations de vote et de dépouillement sont lourds….l’organisation du scrutin est marquée par de multiples irrégularités dont le vol – devant des caméras de télévision- d’une urne par les militaires…Il est temps que la diplomatie française adopte une ligne claire et compréhensible, favorable aux principes du droit… ». Les élections ont été truquées ; les fraudes ont été massives sur le territoire. Le Canada a également déclaré sans détour que l’élection était entachée d’innombrables irrégularités. Nous sommes habilités à contester les résultats officiels du scrutin du 24 avril dernier.

Faure Gnassingbé a accepté les résultats alors qu’il n’ignore pas l’existence de considérables fraudes partout. Il a cautionné une escroquerie dont il est le principal bénéficiaire. Nous le considérons comme un homme malhonnête, prêt à tout pour satisfaire ses ambitions. Qui peut accepter une union avec un tel être qui méprise les règles du jeu ? Quel crédit peut-on accorder Faure Gnassingbé qui n’a pas sourcillé lorsqu’il a appris que le nombre de personnes ayant voté pour lui a dépassé le nombre d’habitants dans la préfecture de la Kozah ! S’il arrive à faire l’impasse sur ce genre de choses, que fera-t-il lorsqu’il sera maître du pays ? Consentir une union avec cet homme si peu respectueux de la morale revient à confier la clé du coffre-fort contenant les trésors familiaux à un brigand. La lucidité élémentaire exige qu’on dise non à cette union.

Peut-on construire une union sur la haine, des meurtres ou des assassinats ?

De la mort d’Eyadéma à la piteuse mise en scène des généraux, en passant par la mascarade du 24 avril, il y a eu des dizaines voire des centaines de morts et de blessés. L’armée, les forces de sécurité et les milices du RPT terrorisent et massacrent la partie de la population qui souhaite l’alternance politique. Par sa volonté malsaine et son entêtement, Faure Gnassingbé a suscité voire encouragé les dérives meurtrières d’une partie de l’armée. Pour nous, il est responsable, tout comme les généraux qui le soutiennent, des meurtres et assassinats commis ces derniers temps.

Faure Gnassingbé a adopté une logique de meurtrier et doit être traité comme tel. Est-il raisonnable de mettre en place une association avec un homme si peu scrupuleux de la vie des autres ? Que peut-il apporter à la communauté en dehors des violations répétées des droits de l’homme ? Sur quelle base peut-on s’unir avec un tel homme ? La plupart des hommes de son âge cherchent à s’épanouir à travers leur profession, leur famille, leur hobby, la défense de causes humanitaires ou des droits de l’homme, etc. Certains font de la politique leur travail mais très peu rentrent dans la politique avec autant de sang sur les mains. Les Togolais ont exprimé leur volonté de tourner la page des années Eyadéma. Une fois de plus, on veut les spolier. En plus, on leur demande de se renier et de s’associer avec leurs assassins ! C’est impossible de gouverner ensemble avec un homme qui n’a pas hésité à marcher sur les corps et dans le sang de ses propres compatriotes pour monter au pouvoir.

Adopter le schéma proposé est une ineptie

Il nous est difficile de trouver des raisons pour justifier la pertinence de l’idée d’un gouvernement d’union nationale. D’abord, si un tel schéma devrait être adopté, pourquoi la présidence devrait revenir à Faure Gnassingbé ? Pourquoi n’a-t-on pas laissé la victoire sortir des urnes et suggérer au vainqueur de former un gouvernement d’union ? En retenant comme solution le passage en force et les fraudes, les supporteurs du jeune tyran reconnaissent que le clan Eyadéma ne peut pas gagner une élection libre au Togo. Il est de notoriété publique que Eyadéma a « empêché l’émergence de la démocratie », son fils s’inscrit dans la même lignée. Il n’est donc pas qualifié pour instaurer la démocratie au Togo.

Ensuite, les raisons évoquées ça et là sur la stabilité politique qui proviendrait de la confirmation du choix de l’armée est une immonde bêtise. Il suffirait qu’un des généraux décide d’éliminer Faure Gnassingbé pour qu’il fasse un coup d’état ! Certes, l’armée léguée par Eyadéma est clanique mais la défection de l’ex-ministre de l’intérieur montre qu’elle n’est pas aussi monolithique que ça. On peut y trouver, un homme plus ambitieux que les autres et qui voudrait aussi diriger le pays. En outre, il est dangereux d’imposer le choix d’une partie de l’armée à l’ensemble des citoyens ! Si les généraux ont leur homme, les médecins, les avocats, les instituteurs et les infirmiers devraient avoir aussi les leurs. Dire que Faure Gnassingbé est le moindre mal est un non-sens. Le Togo n’est pas un royaume. Les caciques du RPT ne sont pas propriétaires du Togo. S’il y a un problème d’instabilité, il doit être réglé avec des dirigeants ayant la confiance du peuple et une légitimité.

Enfin, accepter le principe d’une collaboration avec Faure Gnassingbé dans le cadre d’un gouvernement d’union nationale revient à renoncer pour longtemps à l’idée de voir un jour la démocratie s’installer chez nous. D’une certaine manière, cela signifie renier ses choix et ses principes et baisser, une fois de plus, la culotte devant le diktat des autorités françaises et de la mafia « RPT ». Cela s’interprète aussi comme un manque de dignité ou de la lâcheté. Nous ne contestons pas ex-nihilo la pertinence du concept de l’union nationale. Ce sont les actes, les évènements récents, l’usage de fraudes qui nous font penser que l’on ne doit pas faire confiance au représentant du clan Gnassingbé. Il a été élevé dans le non respect de la personne humaine. Il ne nous a pas montré que les principes de droit lui sont familiers.

Le peuple attend des changements profonds dans l’organisation de la vie politique et sociale. Faure Gnassingbé n’offre aucune garantie sur cela. Lui confier les affaires aura des conséquences graves pour notre avenir. Il vaut mieux être la locomotive, le maestro plutôt que le wagon ou l’exécutant. On ne doit pas accepter de participer au pseudo gouvernement d’union nationale proposé. Faure Gnassingbé est un imposteur à qui on doit barrer la route. Il mériterait notre respect s’il avait été un adversaire loyal et respectueux des règles démocratiques. Il ne l’est pas ; on doit le traiter avec mépris.

En outre, il convient de se remémorer l’expérience du gouvernement de transition qui s’est terminée dans un bain de sang. Même si l’opposition gagnait les élections législatives et formait le gouvernement, rien ne lui garantirait le maintien de l’armée dans les casernes ou les tracasseries émanant de la présidence. Faure Gnassingbé n’acceptera jamais d’être un président potiche. Si on veut lui imposer ce rôle, il aura la même réaction que son géniteur et fera retentir les canons contre les ministères et la population. Un partage de pouvoir entre l’opposition et la présidence est un leurre, un piège à éviter. De ce fait, nous n’avons aucune raison d’accepter un simulacre de gouvernement d’union nationale.

Le 21 avril 2001, bon nombre de Français avaient considéré que leur république était en danger. Ils ont alors reconduit Chirac au pouvoir avec un score digne d’un Gnassingbé. Pour autant, Chirac n’a pas mis en place un gouvernement d’union nationale pour sauver la république en danger ! Au contraire, il a créé un appareil tout puissant capable de lui assurer un contrôle absolu des rouages de la république. Dans son esprit, ce qui est bon pour les Français ne convient pas aux Togolais. Par ailleurs, alors que l’on déplore déjà des dizaines de morts, le Quai d’Orsay a benoîtement annoncé que la situation n’était pas encore inquiétante au Togo. Tant que les citoyens français sont protégés, la situation n’est donc pas inquiétante aux yeux des autorités françaises. Ne serait-ce que pour ça, nous devons rejeter l’idée du gouvernement d’union qui est une pure foutaise dans le contexte actuel. Nous n’appelons pas la France à la rescousse mais nous voulons qu’elle reste simplement neutre.

Aujourd’hui, le peuple togolais sait qu’il doit compter désormais sur lui-même. L’UA et l’UE sont inscrites aux abonnés absents. La CEDEAO a pris fait et cause pour le candidat du RPT et proclame niaisement que les élections ont été régulières ! Sinon, comment peut-elle se prononcer sur la légalité des élections alors qu’elle n’avait que 150 observateurs pour 5000 bureaux de vote sur le terrain ? Abdou Diouf, Alpha Omar Konaré, si véhéments hier, sont devenus atones. Les Etats-Unis se sont alignés sur la position française, même s’ils n’ont pas reconnu explicitement la pseudo victoire du candidat du RPT. Kofi Annan reste timoré.

En dépit, de cette abdication quasi généralisée, le peuple revendique avec panache et bravoure la victoire qu’il continue de payer par son sang. L’opposition doit rester à l’écoute de la population et ne rien céder à Faure Gnassingbé et ses protecteurs.

Emmanuel Akitani Bob a eu raison de revendiquer sa victoire, de se proclamer président de la république et d’appeler le peuple à « résister jusqu’à la victoire finale ». C’est un choix judicieux et justifié. Accepter le principe d’un gouvernement d’union nationale après ce que nous sommes en train de vivre est assimilable à la trahison. Nous devons nous battre contre cette proposition pour empêcher la domination de l’arbitraire et en finir avec le pouvoir despotique.

EYIDI Clara et AGOU Wood
AGOU_EYIDI@HOTMAIL.COM

Paris le 27 avril 2005