25/09/2022

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Togo: Hommage à un grand combattant de la liberté Gerson GU-KONU

Au terme d’une longue et douloureuse maladie, notre compatriote, frère, ami et compagnon de route Gerson GU – KONU rendit l’âme le 30 juillet 2006 à Hô (Ghana) où il est inhumé. Le 26 novembre écoulé, à Paris, un culte d’action de grâce fut célébré en sa mémoire. A cette occasion, à la demande du Professeur Emmanuel GU–KONU et des responsables de la section France de la CDPA-BT, l’auteur des présentes lignes prononça une brève oraison en guise d’hommage au défunt. Et ce qui suit ici n’est rien d’autre que ladite oraison mise en forme.

« Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie. Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie », disait Vitor HUGO.

Mais qui est ce patriote qui pieusement vient de nous quitter ? De parents originaires d’Akata, Kwadzo Gaglo Gerson GU-KONU, aujourd’hui presque oublié du peuple togolais, totalement inconnu de la jeunesse togolaise, Kwadzo Gaglo Gerson GU-KONU donc vit le jour à Kuma-Adamé (Cercle de Kloto) en 1932. Il fit ses études primaires à Kpalimé. L’année académique 1948/1949 l’accompagne au «Collège Moderne» (qui deviendra le «Lycée Bonnecarrère» de Lomé) où il reçoit sa formation secondaire. Sorti de « Petit Dakar » selon l’appellation d’alors des Loméens, Gerson GU-KONU enseigne à la «Bremen Mission», c’est-à-dire à la Mission Protestante sise Rue Alsace – Lorraine, puis à Hanoukopé (Lomé) jusqu’en 1954.

En cette année-là, notre compatriote revient à Kpalimé où il continue son métier d’enseignant au «Collège Espoir» jusqu’en 1956. Déjà en 1955, Gerson GU-KONU crée une Organisation Non Gouvernementale (ONG) dénommée «Les Volontaires au Travail». Souvenons-nous qu’en ces jours-là, la notion de «Self-Help» («Aide-toi, le Ciel t’aidera»), était dans l’air du temps! Elle s’épanouira littéralement au lendemain de l’accession de notre pays à sa souveraineté internationale en 1960.

Par cette ONG, Gerson GU-KONU entendait engager ses congénères de Kloto dans leur autopromotion économique, sociale (et par ricochet) politique requise par les temps modernes. Et, dans le cadre des «Volontaires au Travail», notre entreprenant concitoyen fonde le «Haho-suku-habobo» : une sorte d’ «Ecole Populaire» appelée à dispenser de l’ «Alphabétisation d’Adultes» et, sans doute, du civisme, de la formation politique, patriotique… Dès lors, des écoles, des dispensaires, des centres sociaux germent dans des villages du Kloto. Comme réalisations concrètes des « Volontaires au Travail ». Nous sommes ici à l’époque où les « hommes véritables » (Boris Polévoï) ne pouvaient pas ne pas embrasser le combat anti-impérialiste et anticolonialiste né depuis ce qu’on a appelé le « flot montant des peuples de couleur », à la fin de la Première Guerre mondiale et qui se radicalisera au sortir du Conflit international 1939 – 1945. Lequel combat d’auto-libération des peuples se trouvait latent depuis le fameux traité germano-togolais de protectorat en dates des 04 et 05 juillet 1884.
Ainsi donc, Gerson GU-KONU adhère d’abord à la JUVENTO [Justice, Union, Vigilance, Education, Nationalisme, Ténacité, Optimisme]. Puis, le 07janvier 1951, au congrès de Kpalimé, le CUT (Comité de l’Unité Togolaise), changeant son fusil d’épaule, abandonne son mot d’ordre de la «All Ewe Conference» («Regroupement de tous les Ewé») au profit de celui, plus approprié, de la «Réunificatiion des deux Togo et de l’Indépendance immédiates» («Woatsa dua, Ablodé»). A partir de cet instant, Gerson Gu-Konu rejoint les rangs du CUT et y milite très activement dans le cercle de Kloto.

Tant et si bien qu’à la faveur des élections législatives/référendum du 27 avril 1958, notre compatriote se retrouve comme le plus jeune Député de la nouvelle Assemblée nationale qui allait décider du sort du Togo. De l’Assemblée nationale qui choisit l’Ablodé et non le maintien de l’asservissement colonial (ô combien nocif et haïssable!) du type français… Gerson œuvre alors aux côtés des Ernest Gassou, Marc Attidépé, Laurent Djagba, Martin Sankarédja, Namoro Karamooko, Gerson Victor Kpotsra, Jean Gnininvi, Albert Doh (Alias Albert FOA), Robert Fiadjoe, Clément Kolor, etc, etc.

Et voici qu’intervient, le dimanche 13 janvier 1963, le terrible coup d’Etat militaire et l’ignoble assassinat de Sylvanus Kwami Epiphanio OLYMPIO. Instinctivement, Gerson GU-KONU s’insurge, rassemble une poignée d’amis du Kloto qui, avec des fusils de chasse, se mettent en ordre de bataille et marchent sur Lomé. Symboliquement on devrait dire ! Car cette bataille était, de toute évidence, perdue d’avance ! Elle était une vue de l’esprit !
Si mes souvenirs sont exacts, quelques rares autres personnes de Bè (Lomé) et de Vogan tentèrent la même aventure chevaleresque, quasi suicidaire. Tous ces héros légendaires seront vite, très vite arrêtés, embastillés, copieusement torturés. Et, pour ce qui concerne Gerson GU-KONU, il ne sera libéré que cinq bonnes années jour pour jour plus tard : le 13 janvier 1968. Mais Gerson GU-KONU et ses compagnons de lutte et de misère auront, par leur saga, (quand bien même quelque peu insensée au sens étymologique du terme), opéré à jamais l’indispensable sauvetage de l’Honneur, de la Face, de la Dignité du peuple togolais. Car, jamais personne n’oserait dire que nul Togolais n’a levé le petit doigt ce funeste 13 janvier 1963 contre l’inacceptable. Que le rapport des forces matérielles en présence n’eût aucunement permis le renversement du fait accompli, c’est là une autre partie de manches…

En tout état de cause, suite à sa sortie de prison, notre concitoyen se réfugie à Paris. Ici, il travaille pour le « Service Civil International » (SCI), puis adhère à la section Française d’Amnesty International. De fil en aiguille, Gerson GU-KONU atterrira à Londres comme membre de la Direction Générale de cette prestigieuse institution en 1971. Maintenant, il devient un réel « globe-trotter » : il visite bon nombre de pays du monde, d’Afrique notamment. Il contribue à installer des sections nationales d’Amnesty çà et là…

Les années 1987/1991 auront été celles de la création (hautement clandestine !) de la CDPA et de la CDPA-BT. Gerson GU-KONU en aura été cofondateur. Ce fut dans ce conteste que je fis sa connaissance. Je garde et garderai de lui le souvenir indélébile d’un gentilhomme intelligent, éminemment patriote, courageux, rigoureux jusqu’à la quasi outrance, bourreau de travail, organisateur hors pair. Je n’oublierai jamais la parfaite manière dont il organisa le tout premier congrès de la CDPA–BT à Koforidua (Ghana), dans les tout premiers jours de 1991. Dans une discrétion absolument stricte… Qui plus est, Gerson GU-KONU rayonnait d’humilité.
Quelque temps après sa retraite prise en 1995, Gerson GU-KONU est frappé par une longue et douloureuse maladie qui finira par avoir raison de son courage et de sa résistance le 30 juillet 2006 à Hô (Ghana). Il avait 74 ans.

Cher Gerson, cher compagnon de route, repose-toi en paix et que la terre te soit légère ! Repose-toi en paix car tu as combattu le bon combat ! Tu as combattu le combat qui rend le repos méritoire ! Nous continuons ton combat, certes vaille que vaille, avec les moyens du bord, avec des hauts et des bas ! Mais nous continuons ce combat. Et quand nous aussi nous ne serons plus dans la carrière, « De nouveaux combattants se lèveront ! » (Antonin Zaptovsky).

Bref, Kwadzo Goglo Gerson GU-KONU aura vécu tel un «homme véritable» (Boris Polévoï), c’est-à–dire tel un homme qui a réussi à transcender la simple animalité de « la condition humaine » (André Malraux) ordinaire…

J’en appelle donc au Peuple togolais. Peuple togolais, veuille réserver à Kwadzo Gaglo Gerson GU-KONU la place de choix qu’il mérite dans le Panthéon que tu construiras demain pour tes filles et fils de choix !

Par Godwin TETE