28/09/2022

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Togo: la bérézina des partis politiques togolais

Nonobstant les fortes présomptions d’irrégularités entachant les résultats proclamés du scrutin, le principal enseignement que l’on peut tirer des élections législatives du 14 octobre est et reste la Bérézina des partis politiques au Togo sous le raz-de-marée de l’UFC. Avec le risque majeur d’une désaffection définitive des Togolais et des Togolaises pour les élections dont les résultats proclamés sont généralement loin de refléter le vrai verdict des urnes.

La Bérézina, un cours d’eau de la Biélorussie actuelle, chargée d’histoire. En retraite, les troupes de l’empereur Napoléon Bonaparte fuyant la Russie après avoir connu de lourdes pertes de la part du général Hiver, subirent sur ses rives, du 26 au 29 novembre 1812, de terribles assauts des troupes du généralissime russe Mikhaël Koutousov qui ne put néanmoins anéantir les Français. Depuis lors le nom de la rivière Bérézina reste toutefois synonyme de la pire des débâcles, ayant apparu dans l’histoire de l’Europe contemporaine comme le signe avant-coureur de la chute de Napoléon Ier.

De fait, les plus fins analystes nationaux et étrangers proches du RPT se sont tous trompés : oublieux que le phénomène « Détia » (le palmier à huile en français) a si profondément pénétré la conscience nationale du peuple togolais que son imaginaire collectif en est à jamais imbibé, ils croyaient dur comme fer qu’à des élections législatives, des personnalités de rayonnement local l’emporteraient sur des candidats de l’UFC qui ne pouvaient bénéficier de l’aura nationale considérable de M. Gilchrist Olympio, leur président national.
Comme ce fut le cas aux élections présidentielles de 1998, de 2003 et de 2005, aux élections législatives du 14 octobre dernier, l’UFC n’a pas eu à trop forcer sa campagne : peu informé de ce qui leur est réservé, les couches populaires togolaises sans distinction ethnique, régionale et religieuse sont manifestement réceptives à son simple message de changement radical de régime, tant elles abhorrent les gouvernants au pouvoir.
Comparés aux puissants moyens utilisés par les candidats du RPT, des autres partis membres du gouvernement d’union nationale ou alliés et de l’ancien parti unique voire des candidats indépendants, ceux de l’UFC étaient maigres : ils se réduisait principalement aux recettes des ventes des gadgets électoraux (T-shirts, casquettes, foulards, bics, etc.) que les autres candidats, financés de façon occulte, distribuaient gratuitement aux électeurs.

Tout porte à croire qu’une large partie de l’opinion togolaise accepte difficilement une alliance avec le RPT sur des bases d’intérêts personnels et au détriment du bien commun et reproche aux opposants qui s’y sont prêtés de se laisser phagocytés par le RPT, un parti dans l’incapacité de se réformer pour changer de politique.

De là à leur refuser leurs voix, les électeurs togolais ont manifestement franchi le pas en renvoyant presque tous les candidats autres que ceux de l’UFC à leurs pénates.
Tout en sachant ce que valent habituellement les résultats des élections dans les pays africains, il faut reconnaître néanmoins que ce sont tous les partis de l’échiquier politique togolais sauf l’UFC qui ont connu leur Bérézina, masquée par des résultats, œuvre de la froide résistance et de la redoutable efficacité de l’appareil de l’Etat RPT aux tentacules administratifs intérieurs bien solides et aux soutiens extérieurs incomparables.
Par A.K.A.
Article publié dans Afric’Hebdo N°41