28/06/2022

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Togo : « La France nous entrave »

Par Dante Sanjurjo

Siméon Clumson, vice-président de la Ligue togolaise des droits de l’homme, dénonce le rôle des Français dans la répression, et parle d’« actes de génocide ».

L’élection truquée du 24 avril, au Togo, a installé à la présidence Faure Gnassingbé, fils du dictateur Gnassingbé Éyadéma, grâce à la complicité de la France. Après les manifestations et la répression qui se sont ensuivies, quelle est aujourd’hui la situation des droits de l’homme ?

Siméon Clumson : La situation des droits de l’homme au Togo est toujours préoccupante. La chasse à l’homme continue. Quand bien même on a envoyé la moitié des opposants en exil, au Bénin et au Ghana (1), toutes les nuits, la gendarmerie et les milices du Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir) pénètrent dans les maisons après avoir défoncé les portes pour arrêter les gens. Il y a un nombre inquiétant de disparitions. Je viens d’avoir la Ligue togolaise des droits de l’homme (LTDH) à Lomé, les dénonciations d’intimidations et d’arrestations affluent toujours. Le 11 mai dernier, dans le village d’Agbodrafo, trois enfants du chef ont été nuitamment arrêtés, et on ne sait pas où ils ont été incarcérés. Il y a aussi des mauvais traitements. Les personnes interpellées sont torturées.

Nous avons vécu des choses horribles depuis trois mois et l’arrivée de Faure Gnassingbé. Nous avons intitulé notre rapport « Un règne aussi court que sanglant ». Le clan Gnassingbé, qui a pris le pouvoir en 1967, veut le garder à jamais. Nous nous y opposons, car le Togo est une république. On ne peut parler de guerre civile, car, si les milices du RPT sont armées, l’opposition ne l’est pas, même si les jeunes réclament des armes. Mais si quelqu’un leur en fournissait, ce serait la guerre civile. Selon moi, il est juste de parler d’actes de génocide : l’armée togolaise est composée à quelque 80 % de membres de l’ethnie du Président Éyadéma, les Kabyés, qui vivent dans le nord, et c’est donc une armée tribale qui s’en prend à d’autres groupes, ceux des plateaux et du sud, régions où sont concentrées les richesses du pays ­ phosphates, cacao et café ­ et qui ont voté contre Faure.

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(1) Les estimations de l’ONU font état de 35 000 réfugiés.