01/07/2022

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Togo : La semaine des longs couteaux à l’UFC

Les dissensions internes à l’UFC, inspirées, nourries et entretenues par le pouvoir RPT, connaitront un dénouement partiel cette semaine avec les deux congrès prévus le mardi 10 août 2010 par le Bureau national resté fidèle aux idéaux du parti et soutenant le secrétaire général Jean-Pierre Fabre, et les 11 et 12 août par Gilchrist Olympio et ses amis « participationnistes». Amalgames et surenchères entourent ces deux événements !

Par Daniel LAWSON-DRACKEY

A la veille des deux congrès initiés par les deux courants protagonistes de la crise qui secoue l’Union des Forces du Changement (UFC), les tensions sont palpables dans les deux camps. C’est la nuit des longs couteaux, et si la sérénité semble fuir le camp des Amis de Gilchrist Olympio, les « Olympiens », dans l’autre camp c’est plutôt l’assurance d’une bataille déjà gagnée…par la rue, même si on redoute les velléités du pouvoir à interdire l’accès des populations au lieu du congrès. Pour les premiers, le débat devient puéril et les invectives ont laissé place à la médisance et aux insultes qui rappellent malheureusement une époque récente des liseurs de motions, tandis que les seconds s’entêtent à penser que le débauchage de leur leader, ou ex-leader, c’est selon, au crépuscule de sa vie, reste un épiphénomène face aux haies et autres obstacles que le parti a réussi à franchir depuis des années.

Légitimité populaire versus soutien politique

Aujourd’hui comme hier, la légitimité populaire dont jouissent les réfractaires au participationnisme d’une frange de l’UFC confortent ces derniers dans leur démarche de clarification et de repositionnement politique avec quelques erreurs à priori insignifiantes mais lourdes de conséquences. L’exclusion temporaire du leader Olympio doit être entérinée par le congrès mais aucune invitation n’a été jusqu’alors adressée à l’intéressé. De plus, personne n’a une lecture lucide des textes du parti qui s’empêtre dans des interprétations sentimentales et partisanes. On assiste à un chevauchement des textes datant de 1994 et ceux du congrès de 2008 non encore réglementaires. Un congrès convoqué à la va-vite et qui n’a pas su taire les dissensions qui émergeaient déjà. La convocation des fédérations semble aussi être faite d’une manière que contestent les nouveaux amis du pouvoir, ce qui risque de provoquer des désistements de dernière minute à l’ouverture des assises.

Face à l’intransigeance des partisans de Jean-Pierre Fabre, se dressent les Amis de Gilchrist Olympio (AGO) qui, forts du soutien politique de leurs anciens « bourreaux », comptent sur la main lourde du pouvoir pour frapper les résistants en dessous de la ceinture : une interdiction pure et simple de la manifestation de mardi ou une intimidation ouverte des participants de l’intérieur qui auront peine à rallier Lomé. Le maintien de Patrick Lawson et de Jean-Pierre Fabre dans le bureau national réaménagé unilatéralement par le président Olympio est guidé par le souci de ramener « les brebis égarées » au bercail pour mieux les abattre. Ultime occasion de leur présenter les nouveaux trophées de guerre « arrachés » au pouvoir après l’insertion des Djimon Oré et autres Diabacté au sein du gouvernement Houngbo II : on cite pêle-mêle quatre postes d’ambassadeurs sur les sept grandes ambassades du Togo à l’étranger et dix postes de préfets sur la trentaine accaparée par le pouvoir. De quoi faire saliver d’autres candidats à l’aventure du RPT ! Et du coup démentir l’entêtement de Jean-Pierre Fabre et alliés à ne pas s’aligner sur la volonté manifeste de Gilchrist Olympio à accompagner le pouvoir dans sa magnanimité légendaire de large ouverture mais de couverture assistée et régulée. Est-il encore besoin de rappeler que depuis que Gilchrist Olympio a franchi le tapis rouge, les journalistes et reporters se voient désormais gratifier d’un « communiqué final » à la fin de chacune de ses sorties au cours des conférences de presse : ce qui n’a jamais été le cas auparavant ! Les supputations et les interprétations ne manquent pas…

C’est dans ce décor ubuesque que s’annonce cette semaine des longs couteaux pour trancher cette crise abusivement qualifiée de parricide.

Deux congrès : un objectif

L’objectif inavoué de ces deux congrès est d’entériner de part et d’autre les exclusions prononcées et de s’approprier les rênes du Bureau national par un plébiscite. Pour certains, c’est le congrès de la Rectification et de la Refondation, mais pour d’autres c’est surtout l’instant solennel pour désavouer et affaiblir ceux qui ont eu le courage de démystifier l’une des dernières ou mieux la dernière icône de l’opposition togolaise. En refusant d’intellectualiser le débat politique en son sein, l’UFC est aujourd’hui victime de sa propension et de ses turpitudes à s’enorgueillir d’une popularité octroyée par la rue. Le dernier congrès a péché par les non-dits et la non-investiture d’un candidat clairement choisi pour porter le flambeau du parti. Et pourtant, « le Palmier » avait déjà commencé par perdre quelques branches, mais les ambitions n’ont pas dépassé des petits cercles où se discutaient déjà « l’Amour de Gil à Faure » et les modalités et les dividendes d’un accompagnement des amis du président national dans l’aventure du pouvoir. De même, le clan Fabre pesait et soupesait les faux airs de militants convaincus des idéaux du parti qu’affichaient certains de leurs membres dont les discours sentaient déjà le moisi des planches à billets. Chaque camp va donc tenter de se débarrasser des empêcheurs de tourner en rond, et s’offrir soit le plébiscite des marcheurs hebdomadaires soit l’onction du pouvoir qui n’attend qu’à consigner l’implosion formelle du parti.

L’UFC ne détient pas le monopole d’une crise interne liée au positionnement politique du parti ou aux ambitions mesquines de quelques membres. Que ce soit au RPT qu’on ne présente plus, où des candidats à la rénovation ont subrepticement remis leurs fesses dans le wagon suite aux déboires des Agbéyomé et Péré, à la Convention Patriotique Panafricaine (CPP) d’Edem Kodjo où certains membres ont vite fait de gravir l’échelle socio-politique sans sa bénédiction, à la Convention Démocratique des Peuples Africains(CDPA) de Léopold Gnininvi où deux personnes s’accrochaient aux fauteuils ministériels ou encore au Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) de Me Yawovi Agboyibor qui s’est presqu’auto-investi candidat à la présidentielle dernière par une contorsion dont il a la recette, pour ne citer que ces partis, le vent d’un renouveau a toujours soufflé et continue de souffler sur les partis qui n’ont pas encore compris que certains de leurs leaders luttent contre la ménopause intellectuelle. Le congrès des partisans de Jean-Pierre Fabre fera certainement et forcément des émules qui n’attendent que les résultats pour s’offrir la tête de leurs présidents ou secrétaires généraux qui se confondent à un Père Fondateur ou à un Guide éclairé auxquels seuls la notoriété éphémère et les honneurs falsifiés collent à la peau. La démocratie à la base doit laisser la place au choix des militants et non à une caution politique inspirée par d’autres appétits.

Par Daniel LAWSON-DRACKEY
La rédaction letogolais.com

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[Note d’Eric Armerding aux auteurs d’un mémorandum des Amis de Gilchrist Olympio(AGO)->http://www.letogolais.com/article.html?nid=4282]