06/10/2022

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Togo : l’accord de l’incertitude

Par Tido BRASSIER

L’accord politique global de Ouaga, signé à Lomé le 20 août 2006 par les parties prenantes au dialogue inter-togolais, manque de visibilité politique, à tel point que les chances liées à son application se révèlent très minces par rapport à la nature réelle de notre crise politique et ses nombreuses répercussions économiques, sociales et culturelles dans la vie ordinaire des Togolais. S’il est certain que les acteurs de ce dialogue ont manifesté leur volonté d’en finir enfin pour de vrai, en allant vers un renouveau politique d’apaisement par la stratégie du consensus, il n’en demeure pas ainsi pour le Rpt qui cherche déjà à contrôler la mécanique à peine en place, pour ainsi effriter le combat du peuple Togolais vers la liberté et la démocratie.

Aussi, est-il important de noter qu’au moment où le RPT jubile depuis le 20 août en récupérant à son actif la signature de cet accord global, le silence, la prudence voir même l’indifférence règnent partout ailleurs au sein de l’opinion nationale. Quant à la diaspora, qui ne demande qu’à voir pour croire, elle est en réalité sceptique, car ce document dont le contenu est évasif ne représente que des incertitudes.

Le principe de toute négociation en politique est basé sur la stratégie de la partie double, c’est-à-dire avoir au final, deux gagnants, autrement dit, RPT-CPP-PDR d’un côté, l’opposition UFC-CDPA-CAR de l’autre, et la neutralité politique des deux associations de la société civile, car seul l’intérêt national doit prévaloir tout au long des travaux, sans perdre de vue cette pauvreté de masse injustement infligée aux six millions de Togolais et le peuple de la diaspora dans le monde.
La stratégie de la partie double, aussi bien à Yalta en février 1945 en ce qui concerne l’organisation du monde après la seconde guerre, ou encore s’agissant du traité de Versailles en juin 1919 pour régler le sort territorial et politique de l’Allemagne après la première guerre, a été d’une manière fondamentale l’option choisie lors des négociations, car le vrai danger d’un accord politique en période de crise aggravée, est qu’il soit accepté par les signataires, mais carrément rejeté par l’opinion qui ne s’y retrouve pas.

Ainsi à Ouaga, sont-ils allés au fond des dossiers s’agissant de l’impunité, de la réforme de l’armée, de la réforme de la justice, du code électoral, du mode de scrutin à deux tours, du retour à la constitution de 1992, et même de la dissolution de l’assemblée monocolore actuelle et la cour constitutionnelle ?
Des accords qui peuvent conduire à l’incertitude absolue à l’image des « Accords de Matignon » signés le 20 août 1988 sous l’égide de Michel Rocard, premier ministre de François Mitterrand et médiateur de la crise en Nouvelle Calédonie, entre Jacques Lafleur, leader du Rassemblement Pour la Nouvelle Calédonie au sein de la République ( RPCR ) et Jean-Marie Tchibaou, leader du Front de Libération National Kanac Socialiste ( FLNKS ). Ces accords n’ont jamais été compris, ni acceptés par le peuple Kanac, mais pourtant signés par son leader et approuvés par le référendum de l’automne de la même année !!!

En ce qui concerne le Togo, l’accord du 20 août 2006 n’a pas suscité d’enthousiasme au sein de la population, et encore moins au sein des militants de l’opposition et la diaspora, c’est dans ce sens que la prudence s’observe partout, car tout sera désormais lié à la désignation du nouveau premier ministre représentant l’opposition authentique pour démontrer un réel équilibre du pouvoir, ce qui conforterait la stratégie de la partie double et par la même occasion le rattrapage du caractère consensuel du dialogue fait exclusivement par l’opposition sans réelle contrepartie. C’est aussi l’équilibre même du gouvernement dit d’union nationale qui doit être recherché dans les prochains jours, car le peuple très avisé, sait distinguer les ministères d’Etat, des ministères délégués, et des secrétariats d’Etat.

Si plus de quinze jours après la signature de l’accord global à Lomé, le premier ministre n’est pas nommé, alors qu’il aurait fallu obtenir un consensus sur ce choix depuis Ouaga, c’est bien la preuve d’un manque de visibilité. On en est encore au stade d’envoyer un courrier aux partis politiques pour solliciter leur candidat au poste de premier ministre, à quoi auraient servi les rencontres bipartites entre partis politiques qui avaient précédées l’accord ?

Cette cacophonie laisse penser que les difficultés ne font que commencer, et pire, ces difficultés ne reflètent que le fondement de cet accord. Peut-être qu’en «conclave», les représentants du CAR, la CDPA et l’UFC finiront par s’inspirer des aspirations initiales du peuple pour sauver ce qui peut l’être ? C’est aux vues de tous ces éléments que le peuple réagira, mais pour l’instant, il n’entend pas se démobiliser dans sa lutte pour l’Etat de droit et la démocratie au Togo.