07/10/2022

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Togo : l’Alternance est-elle possible ?

Voilà une question bien complexe: à question complexe, réponse prudente, néanmoins, nous allons tenter d’y répondre objectivement, sans passion, sans emballement ni démagogie. Oui, elle pourra l’être, tous les indicateurs politiques, les grands leaders d’opinion, et les décideurs économiques semblent confirmer cette hypothèse qui tient la route et devient de plus en plus plausible. Mais, il y a encore quelques conditions et stratégies à revoir qui sont en fait des réglages liés d’abord au nouvel environnement et ensuite aux hommes qui détiennent les clés de cet environnement.

La nouvelle configuration géopolitique et stratégique sous régionale à commencer par les dernières élections béninoises remportées par Yayi Boni et celles à venir dans un certain nombre de pays limitrophes dont le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Nigéria en 2006-2007, puis en France en mai 2007 changeront le paysage politique africain. L’arrestation du seigneur de guerre libérien Charles Taylor et la perspective de son procès pour crime de guerre et crime contre l’humanité sont révélateurs du nouveau vent de changement qui souffle sur le littoral ouest Africain.

Le parrain françafricain Chirac qui est lui-même en fin de mandat est plus que jamais préoccupé par son sort personnel au moment où il remettra les clés de l’Elysée à son successeur. Mais d’ores et déjà, il est confronté à une sévère crise de succession au sein de son propre parti l’UMP dans une nouvelle dynamique de rupture prônée par son Président Nicolas Sarkozy. Fin de règne dans une tempête sociale sans précédent: échec du référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005, crise des banlieues en décembre de la même année, l’abrogation certaine du contrat nouvel embauche en 2006.

La véritable raison pour laquelle l’alternance est possible, c’est bien le bilan catastrophique d’une année d’exercice du pouvoir par Faure et Kodjo démontrant leur incapacité réelle à gouverner et à réformer notre pays: les réfugiés ne sont toujours pas de retour au Togo car ils n’ont jamais su créer les conditions de ce retour c’est-à-dire le climat de confiance nécessaire que l’ONU attend désormais d’eux. Les Togolais continuent d’errer dans la nature à Comé, Lokossa, Agamé et autres….dans la précarité et la misère. Tandis que le HCR reconnaît officiellement leur statut de réfugié politique, le Ministre Togolais de la Communication Kokou Tozoun parle de « désœuvrés » à la recherche de visas pour l’Europe. Pourront-ils, lui et son somnambule Premier Ministre passer une seule nuit à même le sol ou à même la belle étoile ?

La deuxième raison concerne les nombreuses affaires en cours : Bolloré-Dupuydauby-Port de Lomé, le tout lié à des trafics de tout genre : armes de guerre, violation de l’embargo sur les armes à destination de la Côte d’Ivoire via Montoya-Togo, trafics de drogues, privatisations fantaisistes et hasardeuses non-conformes aux règles internationales, gardes à vues, perquisitions…..bref tout cela remonte en surface les limites et incapacités du clan à gouverner le Togo. Le Hezbollah a-t-il installé une base arrière au Togo ? À en croire les quelques rares visites officielles de Faure à l’étranger, l’hypothèse n’est pas exclue. Notons qu’il en découle également de cette situation, que l’équipe Faure-Kodjo est au pied du mûr en une année seulement aux affaires parce que non préparée et surtout inexpérimentée face au gigantisme des défis à relever, ils n’imaginaient pas à quel point le dictateur à transformer notre pays en champs de ruine.
Cette équipe de bricoleurs ne maitrisant pas les dossiers nationaux les plus simples, il n’est pas surprenant de les voir ramer à ce point sur le plan international en quête de reconnaissance qui leur manque cruellement.

Edem Kodjo, énarque de formation, s’aperçoit soudain et tardivement qu’il s’est enfermé dans un piège comme un débutant par les enfants du dictateur, faute de moyens pour gouverner. Comment pourra t-il en être autrement dès lors que notre somnambule Premier Ministre a travaillé toute sa vie dans le parti unique qu’il a contribué activement à créer pour le dictateur Eyadéma. Monsieur Kodjo qui est en fin de carrière n’a jamais travaillé dans la contradiction, pour lui, le jeu parlementaire est un monde nouveau difficile à apprivoiser. Toute sa vie politique durant, il a gouverné de manière archaïque comme Eyadéma et tous les autres barons du RPT par décrets- ordonnances- arrêtés- circulaires- notes de service.
Il faudra à cet effet se rappeler de son court passage à l’OUA soldé par son immobilisme habituel et un échec personnel dans le dossier du Sahara Occidental dès 1979 au sommet de Monrovia. Il a laissé les Sahraouis et le Front Polisario dans l’errance jusqu’aujourd’hui comme ses propres compatriotes à Lokossa et à Comé. N’était-il pas Secrétaire Général de l’OUA au moment où William Tolbert, Président du Libéria et Président en exercice de l’OUA fut exécuté en 1980 par le Sergent-chef Samuel Doe ?

La troisième raison est la plus grave, Faure n’a pas tenu jusqu’à ce jour ses promesses de campagne. Le dialogue National n’a pas eu lieu, car il n’en a pas les moyens du fait qu’il n’est pas crédible. A ce sujet, la question est simple : Comment convoquer un Dialogue National quand on n’est pas crédible ? Comment peut-on être juge et partie dans un litige dès lors qu’on est soi-même le principal responsable de ce litige ? N’est-il pas plus simple que l’ONU s’impose comme médiatrice dans notre Dialogue National ?

En tout état de cause, un vrai Dialogue aura du mal à avoir lieu car l’un des enjeux majeurs est la réforme de l’armée et des institutions. Mais, comment réformer cette armée qui est le centre de gravité et le pilier principal de ce pouvoir dont le but est de se maintenir au pouvoir quoi qu’il arrive ? L’armée, semble-il, est en pleine décomposition depuis le 5 février 2005 et par conséquent, attend vivement de ce Dialogue cette réforme qu’elle appelle de ses vœux. Encore faudra-t-il qu’elle crée elle-même les conditions nécessaires pouvant ramener la dignité à cette institution comme au Ghana et au Bénin où leurs frères d’armes sont de vrais républicains. Il n’est pas normal qu’une armée nationale soit aux ordres d’une famille ayant comme unique but de se maintenir au pouvoir. Parce que cette armée est composée à hauteur de 90 % de l’ethnie Kabyè. Les premières victimes d’une telle situation sont les Kabyè eux-mêmes, instrumentalisés à leur dépend dans une stratégie ethnocentrique de pérennisation du pouvoir, alors qu’à priori ce corps de métiers noble est destiné à toutes les ethnies de la République.

A ce propos, il est à souligner que l’armée, au-delà de sa mission principale qui est celle de la défense de la nation, a également pour mission d’être le facteur d’intégration nationale où toutes les ethnies se rencontreraient à travers le service national ou l’engagement de métier pour se connaître, et s’apprécier.

Pour que cette alternance soit au rendez-vous avec les Togolais, « l’orchestre national » a l’impérieux devoir d’accorder davantage ses notes en jouant pleinement sa partition du saxophoniste au batteur dans une harmonie parfaite sans cacophonie, je veux bien sûr parler de l’opposition (UFC-CAR-CDPA). Elle a ce devoir d’accorder ses notes dans une stratégie globale en vue de ce grand « concert » que le peuple attend désormais d’elle. A ce propos, les recommandations de Jean-Pierre Fabre, Secrétaire Générale de l’UFC, sont on ne peut plus nécessaires: Mobilisations et Actions populaires de l’intérieur comme au sein de la diaspora.

A force d’être réconforté par l’impunité persistante, l’Etat tout puissant Togolais a fini par créer un climat malsain d’insécurité, de mensonge au sein d’une République bananière instaurée où tout est permis sauf le droit. En tout cas le droit dans sa version élémentaire « la raison du plus fort est toujours la meilleure » la Fontaine, c’est-à-dire l’arbitraire.

Le jour succède à la nuit ainsi que les saisons, c’est une loi de la nature, c’est la loi de l’autorégulation de la nature par elle-même, le cycle Gnassingbé I qui voudrait coûte que coûte se perpétuer par Gnassingbé II se retrouve dans les cordes et dans le mûr, c’est bien le signal d’un système à l’agonie. Il est du devoir sacré des militaires d’en tirer les conséquences qui s’imposent pour se retrouver aux côtés de la population et la protéger au moment venu comme l’ont fait leurs valeureux confrères de Roumanie au moment de la chute du Conducator de Bucarest en 1990.

Par Tido BRASSIER