29/11/2022

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Togo: Le débat politique à la case départ

Après près de trois ans d’une facilitation pleine
d’embûches et d’obstacles, les quatre médiateurs
étrangers achèvent leur mission le 31 mai 2002 au
Togo, laissant l’opposition et le pouvoir face à leurs
divergences et à un scrutin législatif qui s’annonce
très incertain et mouvementé.

Le 31 mai 2002 marque officiellement la fin de la mission
des «facilitateurs» étrangers désignés par la France,
l’Allemagne, l’Union européenne et l’Organisation de la
francophonie pour conduire à terme l’accord politique
conclu le 29 juillet 1999 entre l’opposition et la mouvance
du président
Eyadéma. Au titre du bilan, on pourra clairement noter
qu’au bout de 32 mois, les élections législatives anticipées
prévues par l’accord-cadre de Lomé, et qui sont
supposées mettre un terme à l’interminable crise politique
au Togo, n’ont pu avoir lieu. Pour l’heure, les
«facilitateurs», à l’instar du Français Bernard Stasi, se
refusent à parler d’échec. «Je ne veux pas employer ce
mot d’échec», s’est défendu vendredi sur RFI le médiateur
français, avant de reconnaître «un certain blocage que
nous sommes obligés de constater». Ce n’est en
revanche pas la position du Secrétaire général de l’Union
des forces de changement (UFC, opposition), Jean-Pierre
Fabre qui, lui, a fait vendredi sur RFI un constat d’échec
et accusé les facilitateurs de «silence coupable» pour
n’avoir pas su hausser le ton au moment opportun tout en
accusant la mouvance présidentielle d’être responsable
du blocage. Par contre, à la Convergence patriotique
panafricaine (CPP, opposition modérée), on attend des
facilitateurs un rapport couvrant l’ensemble de leurs
missions et établissant «clairement les responsabilités»,
selon les propres termes de son 3ème vice-président,
Cornélius Aïdam, dans une interview le 31 mai 2002 à
l’hebdomadaire togolais «Nouvel Echo»(proche de
l’opposition).

En fait de blocage, le chemin de l’application de l’accord
de juillet 1999 a été semé d’embûches et d’obstacles
divers au nombre desquels figure la récente nomination de
magistrats pour enfin conduire le processus électoral.
Après avoir tous apposé
leur signature au bas du texte de l’accord, les cinq
principaux partis d’opposition et la mouvance
présidentielle, forts de leurs divergences, avaient mis un
an pour mettre en place la Commission électorale
nationale indépendante (CENI) et élire son président, et ce
après l’intervention des facilitateurs. Il avait fallu six autres
mois, en janvier 2001, pour
s’entendre sur une date pour le scrutin législatif,
également avec l’aide des facilitateurs.
Dans la foulée, l’un des principaux signataires des
accords, l’opposant Yawovi Agboyibo, leader du Comité
d’action pour le renouveau (CAR), est condamné le 3 août
2001 à 6 mois de prison ferme pour «diffamation» envers
le Premier ministre Agbéyomé Kodjo, provoquant ainsi le
retrait du dialogue des autres membres de l’opposition. Ce
qui n’empêchera pas Agboyibo de
purger sa peine. Bien entendu, le gouvernement attribue la
responsabilité du blocage à l’opposition qu’il accuse de
prendre «prétexte» de l’incarcération de Me Agboyibo,
«condamné pour des motifs de droit commun», pour
refuser de siéger au Comité paritaire de suivi (CPS). Le
coup de grâce a été porté à cet accord politique lorsqu’en
février dernier le Parlement, entièrement constitué de
députés de la mouvance présidentielle, adopte des
modifications au code électoral, issu de manière
consensuelle de l’Accord-cadre de Lomé. L’une de ces
modifications est de nommer un comité de sept
magistrats pour conduire l’organisation du scrutin législatif,
en cas de refus de l’opposition de siéger à la CENI. En
adoptant la disposition relative à la nomination du comité
des magistrats, le pouvoir avait en quelque sorte prévu la
réaction de la partie adverse qui avait tout de suite
dénoncé la «manière unilatérale» de modifier le code
électoral et annoncé clairement son refus de cautionner
une telle démarche en refusant de se faire représenter à la
CENI. Mais le pouvoir a estimé que cette modification
n’entache en rien le caractère consensuel des accords de
Lomé. De source proche de l’UFC, le parti de Gilchrist
Olympio, «il n’est pas question de participer à cette
comédieélectorale» dont le décors se met en place avec
cette commission de magistrats.

Ainsi donc, l’accord-cadre de Lomé a
vécu. A présent il appartient sans doute
au passé. A moins de trouver une
nouvelle formule. Selon Martin
Aduayom de la Convention des peuples
africains (CDPA, opposition), son
«oraison funèbre» a été prononcée par le pouvoir en
procédant à la nomination de magistrats pour remplacer
une CENI paritaire (pouvoir/opposition). A moins d’un
sursaut d’orgueil
de l’opposition, comme cela se fait sentir à la CPP,
pour maintenir une certaine forme de dialogue hors du
cadre des accords, la situation politique aujourd’hui
n’a pas évolué par rapport à la période d’avant juillet 1999.
Aussi la CPP de l’ex-Premier ministre Edem Kodjo, par la
voix de son 3ème vice-président Cornelius Aïdam, a
déclaré que «l’opposition doit aller aux élections
législatives ne serait-ce que pour empêcher le pouvoir de
disposer d’une majorité pour modifier la Constitution à son
seul profit et
permettre au président Eyadéma de se présenter autant
de fois qu’il le souhaitera». «Bref, conclut-il, il n’existe
aucune solution de facilité. L’opposition aura à affronter la
sueur, la peine et il faut beaucoup de courage pour tout
cela». Selon la Constitution, le président Eyadéma
achèvera son second et dernier mandat fin 2003.

GUY MARIO
01/06/2002