06/10/2022

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Togo: Le dialogue à nouveau dans l’impasse

L’UFC réconfirme sa position, le CAR reste inflexible sur le mode de scrutin à deux tours

Le 12 juin 2006, le Président du Bureau du dialogue national, après avoir constaté que certaines délégations ont catégoriquement rejeté le projet d’accord et déclaré s’en tenir à leurs positions de principe, a suggéré le concours des facilitateurs pour améliorer le projet d’accord élaboré par le Bureau.

Mais au lieu de rechercher ces facilitateurs, les participants au dialogue semblent être abonnés à l’immobilisme. On enregistre déjà, trois versions de projet d’accord politique mais les intransigeances demeurent. Le Président du dialogue est placé dans une situation où il ne peut rien décider. En fait, on a perdu du temps à produire des projets d’accord puisque l’on constate après trois versions que c’est plutôt la méthode adoptée par le Bureau qui est contestée.

Pour le Parti de Gilchrist Olympio, le Bureau du dialogue outrepasse ses prérogatives. Ici, on accuse le bureau de s’improviser facilitateur au lieu de permettre aux parties en présence de se concerter entre elles. Outre la question de procédure, les problèmes de fond subsistent et qui indiquent que même mille versions du projet d’accord ne règleront rien. Les positions des uns et des autres montrent clairement que le dialogue a quitté le cadre strict des vingt-deux engagements pour se retrouver au seuil de la lutte pour le pouvoir d’Etat. On demande au parti au pouvoir d’annuler les manipulations constitutionnelles qui lui permettent de pérenniser son emprise totale sur le pouvoir d’Etat. Mais le RPT « constipé du pouvoir » n’ayant pas la culture de l’opposition et craignant le triste sort qu’il fait subir à ses adversaires « assoiffés de pouvoir » ne veut faire aucune concession susceptible de favoriser l’alternance au pouvoir.

Plus le temps passe, plus les faucons du régime reprennent du poil de la bête dans la mesure où Faure Gnassingbé s’accommode petit à petit des vieilles méthodes dont ils détiennent le secret. Le dialogue est à nouveau dans l’impasse. Au moment où nous mettions sous presse, Me Agboyibo se demande ce qu’il doit faire pour dénouer la crise. Le Rapporteur du dialogue, le Ministre Gilbert Bawara a voyagé sans l’en informer.

Dans ces conditions, l’échec du dialogue est consommé même si les participants ne veulent pas le reconnaître publiquement. Du moment donc où les positions demeurent figées.

Dans la mesure où certains partis considèrent que seule l’entière satisfaction de leur revendication peut favoriser le dénouement heureux du dialogue, il est évident que l’unanimité ne sera jamais faite autour d’un projet d’accord politique. Il revient au chef de l’Etat de faire quelques concessions pour espérer l’adhésion du plus grand nombre de participants à un accord politique quitte à gérer la réaction des partis contestataires qui ne manqueront pas de condamner la procédure et crier à l’exclusion. La CDPA et l’UFC ne sont pas près de transiger sur leurs principales revendications. La semaine dernière, les responsables de l’UFC se sont retrouvés autour de Gilchrist Olympio à Accra où les exigences du parti ont été reconfirmées (Voir réaction). Par contre le CAR, de source proche de ce parti, serait prêt à adhérer à un accord si au moins le pouvoir en place acceptait le mode de scrutin à deux tours au lieu d’un.

Dès le démarrage du dialogue, certains responsables politiques s’attendaient à ce que les populations à accentuent la pression sur le dialogue. Mais en dehors de la manifestation organisée par des journalistes pour dénoncer le black out sur les travaux, les populations semblent n’accorder aucune importance à ce qui se fait dans la salle Evala. Et si le pouvoir a voulu faire coïncider le démarrage du dialogue avec la conclusion d’un accord du dialogue social, c’était probablement pour casser la synergie qu’il peut y avoir entre les syndicats et les partis politiques contestataires quand l’on sait que traditionnellement, l’opposition se nourrit des revendications des travailleurs. Par ce dialogue social, le pouvoir en place a inoculé un sédatif aux travailleurs qui ont pour ainsi dire, laissé la politique aux politiciens. Les organisations des droits de l’homme et de la société civile, elles non plus, ne s’intéressent pas à ce dialogue politique. Tout dépendra donc de la capacité des partis politiques contestataires, à trouver une formule pour retourner la situation en leur faveur, si on en arrive au vote pour adopter un projet d’accord politique

Au cas où on voudrait obtenir l’adhésion de tous pour éviter des contestations, il faudrait donc accepter le schéma proposé par l’UFC pour laquelle sans médiateur, il est vain de dialoguer entre Togolais. Alors, il y a lieu de s’en remettre à l’UE et à l’ONU pour désigner un médiateur. Les propositions que fera ce médiateur devront s’imposer à tous dans la mesure où elles seront faites avec la contribution et sous la houlette de ces organisations qui auront mandaté ce médiateur. Les parties qui prendraient donc le risque de rejeter un compromis conjointement proposé par l’ONU et l’Union Européenne se seront marginalisées. Une telle formule aurait le mérite de mettre fin aux tiraillements et aux désaccords persistants. A moins que le pouvoir en place ait intérêt à transformer le Bureau du dialogue en médiateur inutile dans le but de gagner du temps.

Par Abass SAIB

Article publié dans LE REGARD N°496 du 27 juin 2006