26/09/2022

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Togo : le Grand rapport des forces armées togolaises rassure-t-il le clan des Gnassingbé ?

LE TOGO EST DESORMAIS REGI PAR UNE JUNTE MILITARO-CLANIQUE

Le lundi 26 décembre 2005, au Palais des Congrès de Kara (400km de Lomé la capitale), l’armée togolaise dans son ensemble a remis à Faure Gnassingbé, le Grand Rapport des Forces armées togolaise. Le président de fait, était assisté de son frère, Kpatcha Gnassingbé, ministre de la défense. Selon les informations données par la presse officielle, « les officiers subalternes, supérieurs et généraux des Forces Armées Togolaises (FAT) » participaient à cette réunion. La déclaration lue par le porte-parole de l’armée, Kémence Oyomé, est une déclaration de fidélité et de loyauté à l’héritier Gnassingbé.

La rencontre de Kara s’inscrit dans la suite du coup d’Etat militaire du 5 février 2005, où le monde entier vit des militaires proclamer leur fidélité et leur allégeance au fils de leur chef en lui confiant les rênes du pouvoir. En effet, la cérémonie de remise du rapport annuel des Forces armées togolaises est une rencontre orchestrée par le clan Gnassingbé pour affirmer sa main mise totale sur l’armée, et faire une démonstration de force, par conséquent intimider les velléitaires.

Car, alors que l’Onu affirme que cette armée n’est pas républicaine, qu’elle s’est rendue coupable d’actes pouvant être qualifiés de crimes contre l’humanité, et qu’il faudrait la reformer en profondeur, les autorités de fait font étalage de leur puissance. Dans cet ordre d’idées et à contre-courant, elles vont célébrer le 13 janvier, qui marque l’intrusion sanglante de l’armée dans la vie politique togolaise. Le message est on ne peut plus clair !

Selon les traditions d’usage dans les armées, le Grand Rapport est une réunion annuelle au cours de laquelle les représentants des différents corps d’une armée nationale font l’état de leur corporation et présentent les revendications en vue de l’amélioration de leur situation en tant que corps social aux autorités de tutelle qui ont la charge de leur administration. Mais, sous le régime du dictateur Gnassingbé Eyadéma, cette rencontre est un serment d’allégeance au chef. Sans compter les différents pactes (de sang et autres cérémonies traditionnelles) que scellaient tout officier de l’armée togolaise avec le défunt dictateur, qui se faisait passer pour un grand initié.

Ainsi, la remise de ce grand rapport, le 26 décembre dernier s’est tenue dans le même état d’esprit, à savoir l’allégeance à un système, voire à un clan, mais cette réunion visait aussi à réaffirmer la prépondérance de l’armée dans la vie politique togolaise. Une façon martiale de dire aux Togolais et à la communauté internationale : IL FAUDRA COMPTER AVEC NOUS. Kpatcha Gnassingbé, demi-frère de Faure Gnassingbé, qui a rang de ministre, mais qui co-gère les affaires du pays n’hésite pas à dire à qui veut l’entendre, qu’il ne lâchera pas une parcelle du pouvoir et s’affirme prêt pour une confrontation armée en cas de contestation du pouvoir qu’il estime détenir en fait, à égalité avec Faure Gnassingbé.

Les violences graves et massives perpétrées par l’armée et des miliciens avant, pendant et après l’élection présidentielle du 24 avril 2005 ont mis en relief sa nature prétorienne, violente et tribale. [Cette armée compte plus de 13000 hommes-> http://www.letogolais.com/article.html?nid=2370], originaires du nord du Togo (la région natale du clan Gnassingbé), dont 7000 environ qui sont Kabyè (l’ethnie des Gnassingbé) et plus de 3000 qui sont originaires de Pya, village natal des Gnassingbé.
Beaucoup plus, les hommes qui commandent des unités opérationnelles sont tous Kabyè, notamment de Pya. En premier, Béréna Gnankoudè, chef d’Etat-major de l’armée de terre qui regroupe plus de 8000 hommes. Au sein de ce corps d’armée, on retrouve à la tête des unités et avec rang d’officier, la famille Gnassingbé (Toyi, Kabissa et Koromsa). Béréna rappelons-le est de Pya et il est l’un des piliers de la junte qui dirige le Togo.

Outre, Béréna dont le rôle fut plus qu’actif dans la gestion de la succession d’Eyadéma (répression des manifestations, incitation de François Boko à l’exil, opposition au retour de Biténéwé, armement et formation des miliciens avant, pendant et après l’élection présidentielle du 24 avril), Kadanga Abalo, gendre de Gnassingbé Eyadéma, tient une place majeure au sein de cette junte militaro-clanique. Lieutenant-Colonel, cet officier commandant la Force d’Intervention Rapide (FIR) des Forces Armées Togolaises (FAT), exerça selon des témoins un zèle extrêmement actif durant dès le décès de son beau-père. Des Militaires relevant de son Unité ont été aperçus à Atakpamé (Préfecture de l Ogou) et à Lomé durant les massacres d’avril 2005. Son nom est cité dans les annexes confidentielles du rapport de l’ONU sur les violences au Togo avant, pendant et après les élections présidentielles du 24 avril 2005. Au point, que les autorités françaises, ont préféré à la fin de l’été dernier annuler un stage que devait effectuer cet homme dans une Ecole militaire du sud de la France. En effet, les preuves accumulées par les enquêteurs onusiens et les diverses notes de l’ambassadeur de France au Togo recommandent une discrétion dans le soutien aux militaires togolais. Signalons de manière anodine, que peu de temps après le coup d’Etat du 5 février, le quai d’Orsay a ôté de son site un numéro de la revue [FRERES D’ARMES, N° 243, deuxième trimestre 2004 -> http://www.diplomatie.gouv.fr/mae/freres-armes/sommaire.html] comportant un très édifiant dossier sur l’armée togolaise et la coopération militaire entre la France et le Togo, du moins la visible .

Il faut aussi compter avec un autre jeune turc, originaire de Pya, le lieutenant-colonel BALI WIYAO chef de corps du régiment commando de la garde présidentielle (RCGP). LEMOU TCHALO, d’ethnie kabyè, chef de corps du régiment parachutiste commando (RPC) a Kara, assure la garde dans le Nord depuis que Ernest Gnassingbé a perdu la raison et est devenu l’ombre de lui-même.

Le régime togolais est d’essence militaire. On pourrait qualifier le pouvoir de Gnassingbé Eyadéma de dictature personnelle, dont la base est clanique. La mort du chef libère les ambitions de ceux qui, dans son ombre rêvaient d’entrer dans la carrière ou d’être calife à sa place. Cependant, la volonté de conserver à tout prix le patrimoine légué par le père-dictateur crée des solidarités parmi les héritiers au sens large (le clan militaire et les fils). Nous ne sommes plus en présence d’une relation de type verticale : Eyadéma le père, le chef, mais il s’établit une rapport horizontal entre les héritiers, c’est-à-dire ceux qui s’estiment les héritiers légitimes, principalement Faure et Kpatcha et les faiseurs de rois que sont Kadanga et Béréna..

NE NOUS Y TROMPONS PAS ! LE TOGO EST DESORMAIS REGI PAR UNE JUNTE MILITARO-CLANIQUE !

La cérémonie de remise du rapport et la teneur politique du message lu par le porte-parole de l’armée, ainsi que la prochaine célébration du 13 janvier sous couvert de « fête des armées » conforte cette analyse qu’une solution de la crise politique togolaise passe par une solution de la question de l’armée. Cette analyse est partagée par l’ONU. De manière explicite, le rapport du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme commence par reconnaître que « La crise togolaise est une crise politique avec d’importantes répercussions sur la protection de la population civile et la situation des droits de l’homme. La question des droits de l’homme est au cœur de la culture de violence et d’impunité du système politique Togolais depuis une quarantaine d’années. La promotion, le respect et le renforcement des droits de l’homme doivent donc constituer le socle de la construction de la démocratie au Togo…». Et de proposer par suite que « le principe de la réforme démocratique en profondeur de l’armée doit constituer un élément central des négociations politiques devant mener à la composition d’un gouvernement d’union nationale représentatif et crédible. Cette réforme sous la supervision des Nations Unies, devrait viser à transformer en profondeur l’armée togolaise en une armée républicaine et apolitique, représentative de la société togolaise dans sa diversité culturelle et ethnique et respectueuse des droits de l’homme. La promotion des droits de l’homme constitue une dimension centrale de cette réforme.»

Les assauts de proclamation de loyauté et de fidélité aux institutions républicaines ne sont que des subterfuges qui ne trompent personne. Car, l’opinion nationale et internationale a réalisé dès le 5 février 2005 le caractère factieux, prétorien et criminel de l’armée togolaise.

La condition première pour l’avènement d’un régime démocratique au Togo est que tout soit mis en œuvre pour mettre fin au rôle politique et économique que joue l’armée dans la société togolaise. Par exemple, toutes les grandes sociétés d’Etat : douane, port, exploitation de phosphates sont dirigées par des officiers supérieurs de l’armée togolaise qui sont au centre de toutes les relations maffieuses qui lient la haute hiérarchie militaire aux mafias étrangères notamment libanaise, chinoise, indienne, pakistanaise qui, ensemble, ont fait main basse sur le 0 l’économie togolaise. Le fait que Kpatcha Gnassingbé, ministre délégué à la présidence de la République, chargé de la Défense et des Anciens Combattants dans le gouvernement de son petit frère Faure continue à cumuler avec ses fonctions ministérielles la direction de la Société d’administration de la zone franche (SAZOF), société qui est au cœur de toutes les dérives maffieuses de l’Etat togolais en est une preuve patente. Au plan social, ce sont encore les membres de la hiérarchie militaire qui parasitent les structures qui, investies de missions à caractère social, ont à gérer des budgets importants, comme le Programme national de lutte contre le sida (PNLS), dirigé par un officier de l’armée togolaise.

La rédaction letogolais.com

LIRE EGALEMENT

[L’armée togolaise : effectifs, composantes et différents corps d’unité-> http://www.letogolais.com/article.html?nid=2370]

[Les FAT, un grand panier à « clans »-> http://www.letogolais.com/article.html?nid=2465]

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ANNEXE

Extrait du discours, de présentation du Grand Rapport de l’Armée togolaise
(Préparé par ses supérieurs hiérarchiques au nom des FAT et lu le 26 décembre 2005par le commandant Kémence Oyomé )

« En effet, alors qu’après les festivités de fin d’année les Togolaises et les Togolais s’employaient à mettre en œuvre les résolutions prises à Bruxelles, ils furent profondément ébranlées par la terrible nouvelle de la disparition du chef de l’Etat, le président Gnassingbé Eyadèma, paix à son âme.
A la stupeur totale, se mêla la crainte des lendemains incertains. Les Forces Armées, conscientes du réel danger d’insurrection et de guerre civile qui se profilait à l’horizon, ne pouvaient rester les bras croisés. C’est pourquoi elles ont pris leurs responsabilités devant la Nation et devant l’histoire pour préserver la paix et la quiétude plutôt que d’attendre l’irréparable avant de s’impliquer.
Sans pour autant se substituer au gouvernement et aux hommes politiques et dans le respect des institutions de la République, elles ont gardé à l’esprit le sens de leur devoir qui est de veiller à l’unité nationale et à l’intégrité territoriale. Leurs actions ont consisté à l’anticipation et la prévention de situations explosives potentielles.
Puis vinrent les élections présidentielles que vous avez brillamment remportées. Ces élections cruciales pour l’avenir du pays, se sont déroulées dans une atmosphère surchauffée sciemment créée et maintenue par certains individus. Les Forces Armées Togolaises ont suvi les différentes étapes de ces violences qui ont culminé avec l’invasion des rues de nos villes par des jeunes surexcités, armés s’attaquant aux paisibles populations et même aux forces de sécurité et de maintien de l’ordre. Celles-ci furent rapidement débordées, car limitées en nombre et en moyens. Les Forces Armées, dernier recours et sur réquisition du gouvernement, sont intervenues alors pour prêter mains fortes aux forces de sécurité et de maintien de l’ordre, les points chauds s’étant multipliés et amplifiés sur tout le territoire.
Grâce à leur discipline et à leur bonne préparation, elles sont venues à bout des violences après des affrontements avec les milices armées qui se sont attaquées non seulement aux unités envoyées pour le rétablissement de l’ordre, mais aussi aux paisibles populations, aux étrangers et aux édifices tant publics que privés. Il y a malheureusement eu des pertes en vies humaines, que les forces armées togolaises regrettent sincèrement ; pertes qui ne sont pas toutes, le fait des Forces Armées comme l’a reconnu la Commission Nationale d’Enquête mise sur pied pour faire la lumière sur les événements survenus avant, pendant et après les élections présidentielles d’avril passé. (…)
Elles désavouent tous ceux qui affichent une attitude antipatriotique et contribuent à ternir l’image du Togo et réaffirment leur engagement républicain pour l’aboutissement des idéaux de paix, de réconciliation et de justice en vue d’une démocratie apaisée dans notre pays. (…)
Sous votre impulsion le gouvernement a opté pour des ouvertures sur de nouveaux horizons par l’attention particulière qu’il accorde aux dossiers aussi sensibles que nécessaires à savoir :
– Doter les Forces Armées Togolaises d’un nouveau statut général moderne répondant aux nouvelles exigences du métier et prenant en compte les armées et services dans leur particularité ; (…)
Elles voudraient, en dépit et par-dessus toutes les péripéties passées et récentes de notre histoire commune, dire haut et fort qu’elles restent rassemblées, unies, fortes, solidaires, fidèles à leur serment de loyauté aux institutions de la République conformément au rôle que leur confère la Constitution togolaise. »