28/06/2022

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Togo : Le gros pavé de la Commission européenne

A l’issue d’un travail de fourmi qu’elle a effectué au Togo, le rapport rédigé par la Commission européenne sur le déroulement de l’élection présidentielle est accablant. Mieux, il s’agit d’un réquisitoire sévère contre un régime issu d’un hold-up électoral et qui le disqualifie aux yeux de l’opinion africaine et internationale.

Ce travail politiquement salubre et courageux écorne au passage l’image de la CEDEAO qui, par lâcheté ou compliclité, avait passé son temps à ne parler que de la pluie et du beau temps alors que les signes avant-coureurs d’une tempête post-électorale étaient prévisibles.

Fait remarquable, le pavé de la Commission européenne tranche avec les rapports invariablement insipides et franchement provocateurs des habituels observateurs occidentaux des élections en Afrique, ces « afrotouristes » qui vivent aux frais de la princesse. Ce rapport ne fait que confirmer les images ostentatoires et insupportables de soldats saccageant des bureaux de vote et s’emparant de plusieurs urnes avant le dépouillement des résultats.

Dans son rapport, la Commission européenne démonte, chiffres à l’appui, tous les mécanismes éhontés ayant conduit à cette parodie d’élection et dénonce « les fraudes massives » ainsi que les « atteintes aux libertés et aux droits de l’homme » qui auraient permis à Faure Gnassingbé de « l’emporter ». C’est ainsi que, concernant les listes électorales, la délégation européenne, dans son rapport, dit avoir dénombré 900 mille électeurs présumés fictifs sur un total de trois millions et demi d’électeurs.

Toujours selon le rapport, dans les régions réputées favorables au parti au pouvoir, il y aurait eu 75% d’inscrits en plus. Et ce n’est pas tout. Dans les zones acquises au pouvoir, le taux de participation aurait été exceptionnellement élevé (plus de 80% des votants).

Toujours dans ces fiefs du pouvoir, le score de Faure Gnassingbé aurait oscillé entre 75 et 95% des suffrages. A ce score à la soviétique, il convient d’ajouter, toujours selon le rapport, qu’à Lomé, zone traditionnellement favorable à l’opposition, 390 000 électeurs inscrits n’ont pas voté ou n’ont pas pu voter, faute notamment de cartes d’électeurs. Pour enfoncer davantage le clou, la Commission de l’Union européenne parle de distribution généralisée de faux bulletins pré-imprimés en faveur du candidat Faure Gnassingbé.

Comme il fallait s’y attendre, la bonne foi n’étant jamais une vertu cardinale dans tout régime dictatorial, les autorités togolaises qui ont d’autres lorgnettes ont fustigé les conclusions de ce rapport qui, selon elles, auraient dû être révelées avant la publication des résultats de l’élection. De quelles preuves matérielles aurait disposé cette instance pour rendre son jugement ? Procéder ainsi aurait amené les mêmes autorités à crier à la précipitation et à l’acharnement.

Quoi qu’il en soit, c’est face à une Cour constitutionnelle siégeant en l’absence d’un de ses membres que le nouveau président a prêté serment. Une cérémonie désertée par les chefs d’Etat de la sous-région alors qu’habituellement, une telle grand-messe attire beaucoup de présidents qui, par ce geste, apportent leur caution au nouveau venu. Cette fois-ci, apparemment, la solidarité, du moins officiellement, ne semble pas avoir joué.

Est-ce un signe de désapprobation de la manière dont Faure Gnassingbé a sodomisé les élections ou bien est-ce une manifestation de cette hypocrisie dont sont passés maîtres certains de nos dirigeants ? C’est toujours le même scénario : ne pas s’afficher publiquement dès les premiers moments tout en prenant langue avec le nouveau pouvoir par réseaux occultes interposés qui échappent à la curiosité, et des médias, et de l’opinion.

En somme, un comportement en trompe-l’oeil pour se dédouaner. Cependant, l’opinion n’est pas dupe. Le raisonnement est toujours le même. L’opposition radicale togolaise peut vociférer, les pauvres Togolais ont beau être condamnés à l’errance, tout se réglera entre syndicat des chefs d’Etat par des conciliabules, dans les salons clos des palais présidentiels, par des messages confidentiels et codés.

Le temps que le peuple togolais, de guerre lasse, figé par la misère et la fatalité, veuf d’horizon, rêve d’un calme après la tempête. D’ailleurs, le président en exercice de la CEDEAO, Mamadou Tanja, sourd à la clameur réprobative, vient de féliciter le président mal élu.

Mais il ne faut jamais désespérer car, quoi qu’il advienne, rien ne sera plus comme avant. En effet, les événements actuels ont secoué le cocotier de la peur qui s’était emparée des Togolais pendant près de quatre décennies. Il serait peut-être suicidaire pour l’actuel régime togolais, fragilisé sur le plan international par ce rapport, de croire que les citoyens, débarrassés aujourd’hui de cette peur, pourraient encore supporter la tyrannie d’un héritier testamentaire par effraction, tenté d’imiter son géniteur. En fait, le combat du peuple togolais ne fait que commencer.

Abandonné par la CEDEAO qui a baissé la garde après avoir forcé l’admiration lors du coup d’Etat constitutionnel de Faure Gnassingbé, abandonné depuis toujours par la France qui, comme à son habitude, vient d’apporter son soutien à l’ancien et au nouveau locataire du Palais présidentiel à Lomé, le peuple togolais peut compter sur la pression internationale.

L’Union européenne d’abord qui avait gelé sa coopération avec le Togo pour cause d’absence de démocratie et qui espérait la reprendre si les élections avaient été transparentes. Les Etats-Unis ensuite, qui ont estimé que « l’élection du 24 avril et la victoire de Faure Gnassingbé ont eu lieu dans des conditions contestables fort éloignées du chemin de la reconciliation nationale ».

Enfin, l’Union africaine qui, dès les premières heures de la crise togolaise, avait élevé le ton en affirmant en avoir assez de ces tortionnaires qui, en toute impunité, se moquent de la dignité humaine et se jouent de l’irréversible aspiration du peuple togolais à un mieux-être. Son silence actuel montre l’inconfort dans lequel se trouve son président, Konaré, démocrate jusqu’à la moelle, mais victime de la mafiafrique.

En attendant, on assiste à une véritable hétacombe provoquée par un pouvoir assis sur le sang d’innocentes populations dont le tort est d’avoir voulu revendiquer la plus naturelle des aspirations élémentaires de l’homme, la démocratie.

Il est évident que si rien n’est entrepris pour endiguer cette dérive antidémocratique, le pouvoir fera tout pour créer des fissures, par des intimidations et autres procédés peu recommandables et dignes des temps révolus, dans les rangs de l’opposition. Dans ce cas, le Togo mettra longtemps du temps pour panser les plaies des rancoeurs accumulées depuis des décennies.

Le Pays