30/06/2022

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Togo : Le shérif de la HAAC s’invite dans les rédactions des médias togolais

La Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) en rêvait. L’organe de régulation des médias togolais est désormais investi d’un véritable rôle de gendarme vis-à-vis des journalistes togolais. Exhibition de gros bras contre une presse régulièrement accusée de prendre des libertés avec la déontologie…Un tour de vis synonyme de réactivation des passes d’armes entre autorités et syndicats de journalistes.

Par Franck Essénam EKON

Goodbye diffamation…Bonjour « manquements à la déontologie. Le vieux rêve d’une mise au pas de la presse togolaise est remis en orbite. Les choses devaient se faire dans une indifférence voulue afin de court-circuiter les associations de journalistes toujours promptes à défendre au millimètre près, un espace de liberté conquis de haute lutte. Un conseil des ministres mi-décembre, enclenche le processus et passe la première : un projet de loi renforçant les pouvoirs de la HAAC est à l’étude. Il s’agit, ni plus ni moins, de muscler un dispositif de menaces et de sanctions contre les journalistes togolais, tenus pour de véritables « brebis galeuses » par le pouvoir. Au cœur du projet de loi, une batterie de mesures dissuasives incluant mises en demeure, sanctions disciplinaires et retrait d’autorisation de publication ou de diffusion à l’encontre des médias togolais. Le 19 février, le couperet tombe et le parlement togolais valide le projet gouvernemental sans coup férir. Aux oubliettes, l’ambitieux credo de « garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse », traditionnel logo d’une institution décidément fâchée avec le respect de son cahier de charges.

Bien que les agences de publicité, les boites de production et autres vidéoclubs soient également concernés par la nouvelle loi, les journalistes togolais en ont rapidement compris la substance : ils sont les principales cibles d’un texte destiné à « discipliner » la profession. Sous couvert de dérives déontologiques et de « dérapages constants », le nouveau bréviaire de la HAAC resserre d’un cran les conditions d’exercice de la profession de journaliste au Togo. Créée essentiellement pour arbitrer les enjeux médiatiques et valoriser les balises d’une jeune presse privée, elle s’est progressivement mise à dos la presque-totalité des journalistes remontés contre une posture aux limites de l’agressivité. Effectif pollué par d’anciennes éminences grises du pouvoir, convocations intempestives de journalistes, bras de fer répétés avec plusieurs rédactions, Et politique de deux poids deux mesures selon que les médias incriminés apparaissent ou non proches du pouvoir, la HAAC souffre d’un déficit de crédibilité devant une corporation qui lui dénie toute autorité. « Le problème dans le paysage médiatique, c’est cette institution qui cherche à infantiliser les journalistes togolais », décrypte l’un d’eux au lendemain de l’adoption de la nouvelle loi par les députés. Autorité et punition, deux leviers de coercition jusqu’alors convoités par une institution et que le pouvoir lui a opportunément servis sur un plateau d’or. Si l’épouvantail de la case judiciaire est toujours d’actualité, plus rien n’empêche les membres de l’organe de régulation de distribuer à tout va, cartons rouges et avis de tempêtes aux professionnels de l’information dans le pays. Djimon Oré, l’actuel Ministre de la communication prépare d’ailleurs le terrain à cette irruption dans les rédactions en expliquant vouloir faire de la HAAC, une institution « avec des moyens d’agir ». Traduction du jargon ministériel : intervenir, surveiller et punir….

La contre-offensive n’a pas tardé. Les syndicats de journalistes sont retournés braver les forces de sécurité dans la rue. « Nous n’avons pas le choix, il faut continuer la bataille pour une presse libre et indépendante au Togo », assure Ferdinand Ayité, président de SOS journalistes en Danger, en marge d’un rassemblement contre le texte adopté. Les dénégations outrées des autorités n’y font rien. La perspective de conférences de rédactions avec une telle épée de Damoclès sur les contenus n’a rien de rassurant. Face à des autorités qui parlent d’ « assainir » l’univers de la presse au Togo, de nombreuses associations épaulées par divers organismes de défense des droits des journalistes appréhendent le retour à des pratiques obsolètes. C’est tout l’enjeu de la première phase d’un face-à-face à plusieurs variables…Avec un background privilégié dans la conquête des espaces de liberté au Togo, les journalistes sentent bien le vent tourner ces derniers temps. Valider cette loi et l’accepter, c’est aussi, pour eux, prendre le risque de la remise en cause de toute une profession…

La rédaction letogolais.com