26/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Togo: les acteurs politiques et le système(2)

Après le démasclage de la nature éminemment bandite du pouvoir Eyadéma, il apparaît que la lutte pour le départ de Big Brother et sa Bande est un énorme défi politique. L’histoire de cette lutte date d’avant la Conférence nationale qui l’a amplifiée quand on pense à l’acte de Norbert Boccobosso en avril 1967 ou à l’attaque de septembre 1986. Cependant, l’horizon de ce départ semble désespérément bouché, de quelque côté que l’on tourne le regard de l’espoir, alors que le Chef et sa Bande traversent des zones de fortes turbulences et incertitudes, et que tout le monde, même dans la portion éclairée de la Bande, tient ce départ comme l’ébauche du processus de démocratisation. Si la nature bandite du pouvoir Eyadéma complique énormément la tâche des acteurs politiques d’opposition, ayons l’honnêteté de reconnaître aussi qu’ils la perturbent eux-mêmes par leurs propres turpitudes, brouillant, à l’instar de la Bande, les stratégies, les enjeux et les cartes du jeu politique : d’où un grand malaise à analyser ce magma insaisissable.

Si on admet rapidement par acteur politique tout un individu ou groupe impliqué dans un rapport au pouvoir, ici bandit, l’expression recouvre alors un champ assez large et serait synonymique de “ forces vives de la nation ” ainsi que la liste des participants à la Conférence nationale le donne à voir : associations, syndicats, presse, Eglises, confréries ésotériques, clubs et personnalités divers, etc. Mais réduisons notre champ de vision et faisons le zoom sur les partis politiques, parce que de par leur fonction, ils sont prioritairement concernés par la lutte et l’animation de la vie collective de la Cité, sans pour autant, faire l’impasse sur les autres acteurs. Réduisons encore notre champ en évitant de rentrer dans les méandres de toutes sortes de conflits et de querelles, souvent byzantins, qui ont jalonné cette lutte, surtout quand ils sont inutiles pour la compréhension.

1- LES PARTIS POLITIQUES DANS UN ESPACE FRAGMENTE
Le système bandit fonctionne avec une relative efficacité, parce qu’il existe des hommes et des femmes pour le faire tourner. Il n’est pas aisé de tracer la frontière entre les intéressés par idéal “ podologique ” et les intéressés par conviction morale, les Etienne Gamiledji étant de tout âge, de toute condition sociale et de toute appartenance idéologique ou religieuse. Cette articulation marque aussi le paysage partisan togolais très fragmenté comme ailleurs dans nombre de pays africains.

En effet, à la suite de la charte du 12 avril 1991 libéralisant l’espace partisan, une vingtaine de partis ont été “ montés ” de toutes pièces dans le but de participer à la grand-messe de la Conférence nationale, et rares parmi eux pouvaient se réclamer d’une existence, même clandestine, antérieure à la charte. En 1993, ils sont au nombre de 47 enregistrés au ministère de l’Intérieur ; en 1997 ils seront 67, et un an plus tard, ils sont plus de 80 partis placés dans le starting-block des présidentielles de juin 1998.
Lors des échéances électorales, ce sont des dizaines de partis qui poussent comme des champignons, souvent suscités et financés par le Chef de Bande, comme le Front national de l’ancien et éphémère ministre de l’Education nationale, Janvier Amela. Ce Front fait partie d’une dizaine de petits partis satellites de la Bande, regroupés en mars 2002 au sein de la Coordination des partis politiques de l’opposition constructive, transformée en Front de l’opposition républicaine, positionnés pour les législatives d’octobre 2002. (Togo Presse du 5 septembre 2002).

Le phénomène de la scissiparité participe aussi à ce saucissonnage lié à des mésententes et à des querelles de personnes au sein de certaines formations. Comme à la CDPA-Togo (Convention démocratique des peuples africains) de Léopold Gnininvi dont le fondateur lui-même, Emmanuel Gu-Konu, est parti créer une CDPA-Branche togolaise concurrente, revendiquant toutes les deux l’héritage commun, semant la confusion qui n’est pas de nature à résorber un paysage partidaire embouteillé et embrouillé.
Un autre cas de fractionnement est celui de l’UDS (Union pour la démocratie et la solidarité) de Antoine Folly, dont une partie a rejoint en août 1999 la CPP (Convergence patriotique panafricaine) d’Edem Kodjo, fusion de quatre “ petites ” formations, laissant à Antoine Folly quelques rogatons lui permettant encore d’exister en tant que “ leader de parti ”.
Enfin, il ne faut pas oublier la dissidence au sein même de l’ancien parti unique, le Rassemblement du peuple togolais (RPT). La fronde est menée par Maurice Dahuku Péré, ex-ministre de la Fonction publique avant d’occuper, lors de la législature de 1994 à 1999, la présidence de l’Assemblée nationale. Dans [une lettre datée du 24 mars 2002 adressée au Chef et sa Bande->http://www.letogolais.com/article.html?nid=1103] il dénonce les méthodes staliniennes “ archaïques ” de son parti (Lire cette lettre sur le site leTogolais.com). Il appelle celui-ci à se conformer aux recommandations de son congrès du renouveau tenu en novembre 1991, afin d’adapter le parti au contexte du pluralisme politique naissant de la Conférence nationale. Soumis à des fortes pressions et tentatives d’assassinat, dépouillé de son mandat de député, il fonde et anime d’abord un courant interne au RPT qui se veut “ réformateur ”. Définitivement exclu en août 2002 lors de la réunion des cadres kabyè (ethnie du Chef de Bande dont est issu aussi le dissident) , Maurice Dahuku Péré transforme son courant “ réformateur ” en parti politique appelé Les Rénovateurs.

Certes, au Togo on a paru plus raisonnable que dans des pays comme le Gabon ou Madagascar où on a compté respectivement 173 et 125 partis en 1997 (L’Etat de droit : sources d’information sur vingt pays d’Afrique et Haïti, Bordeaux/Paris, CEAN/Ibscus, 1997, p. 12). Cependant comme le note A. Togoata Apedo-Amah, “ (…) en réalité, dans la plupart des cas, ce sont des groupuscules de quelques ‘‘copains’’, passés maîtres dans l’art de combiner quelques concepts et leurs dérivés (démocratie, développement, Togo, unité, etc.) pour former des sigles plus ou moins alléchants et qui, leurs statuts exceptés, ne disposent ni de militants, ni de local de réunion, ni de trésorerie et encore moins de documents produits. En revanche, ils viennent boucher et complexifier un paysage politique où le plus informé des Togolais risque de se perdre ” (T. Apedo-Amah, “ Togo : le ventre mou d’une démocratisation ”, L’Afrique politique 1997, Paris, Karthala, 1997, p. 257).

Mais au fond, cet éparpillement ne traduit-il pas un subconscient collectif prompt au morcellement à l’image de nos petites chefferies villageoises jalouses de leur indépendance ? Plus encore, n’est-il pas le reflet de la “ société civile ” composée au pays comme dans la diaspora d’une multitude d’associations et autres structures dont les lettres composant leurs sigles dépassent assurément le nombre de leurs membres ? N’est-il pas en corrélation avec l’individualisme narcissique qui caractérise la société togolaise globale et qui complique la donne politique ? Même si on reconnaît par ailleurs que cette fragmentation partidaire est l’expression d’un dynamisme social lié à l’euphorie de la prétendue ouverture démocratique et que les Togolais ne sont pas fondamentalement si différents des autres peuples africains.
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Cette lettre sera suivie par le réquisitoire en règle daté du 27 juin 2002 par Agbeyome Messan Kodjo, ancien Premier ministre et ancien président de l’Assemblée nationale, réquisitoire intitulé [“ Il est temps d’espérer ” ->http://www.letogolais.com/article.html?nid=85] accessible su leTogolais.com au
Voir [“ Réunion des cadres kabyè à Kara ”->http://www.letogolais.com/article.html?nid=176] sur le site leTogolais.com
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2- DES PARTIS COMME DES ENTREPRISES PERSONNELLES A BUT NON LUCRATIF
Les partis politiques évoluent dans un contexte paradoxal et extrêmement difficile dans la mesure où nous sommes dans une parodie fumante de la démocratisation. S’ils tentent cependant bon an mal an leur implantation à travers le pays, il est clair que le climat bandit perturbe énormément leurs activités. Mais circonstance aggravante, ils vivent dans la précarité financière.

Dans la charte des partis du 12 avril 1991, l’article 18 dispose que “ les partis politiques bénéficient en outre d’une aide financière de l’Etat ” et que “ cette aide est attribuée aux partis ayant recueilli au moins 5 % des suffrages sur le plan national aux élections législatives ”. Le même article stipule que “ les activités des partis politiques sont financées par les cotisations de leurs membres et les produits de leurs activités, ainsi que par des dons et legs ”.
Il est inutile de préciser que la loi n’a jamais été appliquée, alors même que les partis ont plus que besoin de financement pour assurer leur existence : implantation et organisation nationale et locale, fonctionnement et entretien du personnel et locaux. Dans une interview, Edem Kodjo, président de la Convergence patriotique panafricaine, s’enrage contre la démobilisation et l’inconscience financières ambiantes :
“ Doit-on abandonner la lutte entre les mains des seuls partis politiques que personne ne soutient financièrement et qui doivent porter seuls le fardeau de cette tâche énorme pendant qu’on les vilipende, les couvre d’opprobre, les méprise ? Pense-t-on que ces leaders de partis ont des ressources inépuisables ? En auraient-ils que depuis plus de dix ans qu’ils font face, ces ressources ont dû commencer à être entamées, pour le moins ! ” (“ Interview de Edem Kodjo ”, Combat du peuple du 22 juillet 2002).

C’est que les partis sont portés à bout de bras financiers par leurs fondateurs, les militants versant rarement leur cotisation, si modeste soit-elle, que la disette économique rend insupportable pour leurs bourses. Aussi la plupart des partis d’opposition connaissent-ils de grosses difficultés financières, ne serait-ce pour payer leurs déplacements et surtout le bail de leur siège quand ils en ont. Cette situation induit trois conséquences intéressantes :

Première conséquence : le fondateur d’un parti doit avoir les reins financiers solides à moins d’être un parti satellite de la Bande. Et on peut se demander si certaines adhésions au parti de Gilchrist Olympio ne sont pas tout simplement liées à l’idée que se font les populations de sa fortune supposée “ immensément immense ” et à sa capacité distributive qui serait à la hauteur de sa fortune. Autrement dit, routinisées au système bandit d’Eyadéma et de l’argent facile qu’il génère, elles prêtent au Président de l’Union des forces de changement les mêmes images et les mêmes pratiques ayant cours au parti du Chef de Bande, le RPT, qui aime rémunérer ses partisans. L’habitude à cette cotisation inversée amène que sont mal perçus les leaders de parti dépenaillés, ne cherchant le pouvoir que pour s’enrichir. D’où le fait que les partis politiques soient tant personnalisés et identifiés à travers les représentations que les gens se font de leurs leaders et surtout de sa fortune.
Deuxième conséquence : les leaders ont tendance, malgré eux, à considérer le parti comme le bien personnel, une sorte d’entreprise anonyme à but non lucratif alimenté par des fonds personnels, comme le disait récemment Léopold Gnininvi, puisqu’ils en sont les financeurs principaux quasi exclusifs, ce qui pose en termes préoccupants le problème de l’avenir de tous les partis. Dans ces conditions, les militants ont peu de prise sur le parti dont ils peuvent difficilement revendiquer l’appropriation. Les cotisations, essentielles, qui signent l’appartenance partisane et permettent de participer directement ou indirectement à la vie du parti, sont aléatoires ou inexistantes. Les militants peuvent alors récriminer et vilipender le leader, financeur de son parti, qui a oublié l’exigence primordiale. Mais ils n’ont pas de moyens d’action véritables à part peut-être faire montre d’une conviction étroite proche du fanatisme ou adopter la solution de facilité d’aller voir ailleurs.

Troisième conséquence : le nomadisme partisan où l’on va de parti en parti, dans la mesure où l’appartenance partisane reste fluctuante, rendant poreuses les frontières entre partis et facilitant le travail d’infiltration des agents de renseignements de la Bande. D’une manière générale, la paupérisation économique aggravant la culture “ podologique ” rend difficilement les Togolais acteurs efficients et exigeants de son propre changement alors qu’ils sont capables de se mobiliser massivement, tous les cinq ans, lors des échéances électorales pour que triomphe l’exigence primordiale. Quand les couches populaires s’égarent dans des bondieuseries que des sectes peu scrupuleuses exploitent à merveille, les élites se retrouvent en “ fraternité ” dans des réseaux de la maçonnerie d’affaires avec des éléments de la Bande.

3- DES PARTIS ATTELES A L’ESSENTIEL
La mascarade électorale du 1er juin a été un grand coup de bambou sur les têtes. Même le “ vainqueur ”, conscient de son échec réel, est comme sonné par le poids de sa “ victoire ”, traînant par-ci par-là sa carcasse malade et ses manières tudesques d’automate (désab)usé. Pis encore, les acteurs, surtout d’opposition, s’abîment dans une aphonie aussi démobilisatrice que corrosive.
Mais au fond, l’impasse politique actuelle n’était-elle pas prévisible ? Sans jouer au médecin après la mort, il est clair que les conditions juridiques dans lesquelles l’opposition est allée aux élections du 1er juin ne pouvaient être que suicidaires. De tous les scrutins frauduleux organisés depuis la Conférence nationale, il n’y a pire que celui-là, et on ne voit pas dans l’avenir comment des consultations pourraient être organisées de façon plus exécrable encore. Ce scrutin, fabriqué dans les conditions qu’on sait, devait être boycotté, absolument. Et le rapport d’observation non encore publié (le sera-t-il un jour vu les pressions et les menaces de mort proférées ?) de l’OIF/Nepad (Organisation internationale de la Francophonie/Nouveau partenariat africain pour le développement), très défavorable à la Bande, incite plutôt en ce sens. L’opposition s’est fait prendre dans un véritable piège à cons, un cul-de sac abyssal où l’on a organisé un enterrement de première classe pour les Accords-cadre de juillet 1999.

Mais cette participation a révélé plus hier la profondeur de l’impasse politique, les contradictions et les paradoxes des acteurs politiques et de la société dans son ensemble. Surtout en ce moment crucial où des bruits de maladie, de décès et d’accident fragilisent (et c’est une litote) la Bande qui se met à douter de sa toute-puissance. Surtout en ce moment où des centaines de Togolais, connus ou anonymes, croupissent dans des conditions inhumaines dans des prisons disséminées à travers le pays ou torturés dans des centres spécialisés comme notamment celui de la résidence du Chef de Bande à Lomé II, dirigé par le commandant Yark, ce nom qui gicle du sang.

Au Togo, nombreux sont ceux qui se disent fatigués, lassés par une lutte interminable depuis le 5 octobre 1990 et estiment lui avoir tout donné, jusqu’à leur corps violé, torturé ou tué. Partant de là, ils estiment qu’ils ne peuvent jeter plus loin la borne délimitant le quadragénaire espace bandit dans lequel ils ont été moulinés et le nouvel espace politique espéré qui est à créer et à façonner. En réalité, ils s’approprient à peu de frais une lutte à laquelle ils n’ont probablement pas participé, en tout cas pas activement, confondant leur sympathie avec l’action, certes populairement partagée mais menée par une minorité agissante de la population, comme cela est souvent le cas dans tous les mouvements sociaux.
Quant aux partis politiques d’opposition, ils se consument dans des règlements de compte et dans des batailles byzantines sur leur importance et leur hégémonie (cf. notamment l’interview de Gilchrist Olympio dans le quotidien ivoirien Fraternité Matin du 3 septembre 2003 et les différentes réactions qu’elle a suscitées), ainsi que sur des actes et des propos de campagne électorale. Laquelle est le lieu même de la démagogie, de la mauvaise foi, du dénigrement, de la délégitimation ou de la décrédibilisation de l’Autre, pourvu que l’on reste dans le cadre de la loi et de la décence morale. Cela fait partie du jeu électoral dont on doit faire l’apprentissage, ce qui nécessite une ouverture d’esprit, une tolérance politique et une dose de modestie. Mais dans un système bandit, où se trouvent la loi et l’éthique politique pour les actionner dans des cas de dérive comportementale et langagière ? Cependant, dans la lutte qui est certainement lourde et qui sera peut-être encore longue, les partis politiques d’opposition ont nettement mieux à faire que leurs querelles actuelles qui n’éclaircissent fondamentalement pas le débat, sauf pour ceux qui sont friands de logorrhées et autres logomachies.

D’abord, il y a un gros de travail interne aux partis d’opposition à effectuer. Si certains ont une assise nationale certaine comme par exemple l’UFC ou le CAR (Comité d’action pour le renouveau) de Yawovi Agboyibor, en revanche le parti de Léopold Gnininvi, la CDPA-Togo, semble être l’un des mieux structurés, doté de commissions qui travaillent effectivement et qui organise de temps en temps des séminaires de formation pour ses adhérents et militants. Il y a aussi le travail d’inculcation des valeurs et de discipline (plutôt de disciplination pour réapprendre un peu le goût de l’effort et du travail) à faire dans nombre de partis, d’autant qu’il y a tout un être et un état politiques nouveaux à fabriquer, tout ayant été chamboulé par le système bandit qui a érigé des vices monstrueux en valeurs sociales cardinales.

Il y a ensuite tout un travail de cohésion de l’opposition à trouver et à mettre en place. Les partis sont différents les uns des autres (encore que) et ont leur propre histoire. Néanmoins ils peuvent et doivent travailler ensemble dans le respect de leurs différences, source d’enrichissement mutuel, comme on le dit souvent des identités culturelles. Lorsque par exemple Gilchrist Olympio néglige dans son interview à Fraternité Matin le poids politique ou électoral de ses partenaires de l’opposition, il blesse inutilement leur susceptibilité, même s’il dit des vérités, sa vérité. Ses propos viendraient d’un de ses lieutenants qu’ils passeraient mieux. Son statut de président de sa formation leur donne un poids considérable, surtout dans un contexte d’impasse et d’attentes. Pour un responsable politique, qui a besoin de temps en temps de frapper du poing sur la table et cracher ses vérités, le tout est question de communication, de calcul et de tact.

Il faut comprendre la cohésion de l’opposition en termes de capacité psychologique et intellectuelle à travailler et à agir ensemble (pas forcément unanimement) dans le respect des divergences et des différences nécessaires des uns et des autres, que la qualité individuelle des responsables politiques doit en principe faciliter. Cette cohésion peut se bâtir sur deux raisons essentielles :
– la première est le départ de Big Brother et de sa Bande. Il doit être la raison structurante et existentielle qui fixe, provisoirement du moins, la démarcation entre les démocrates et les bandits, entre les démocrates par conviction et les démocrates par calcul, entre la conversion réelle et sincère et le convertissement superficiel (puisque le système bandit prétendait caporaliser le fœtus et ses géniteurs), bref entre la démocratie et la dictature. Ferait le jeu de la Bande tout parti d’opposition qui n’intègrerait pas cette donne primordiale dans une stratégie claire et lisible. Si le tyrannosaure meurt de sa mort naturelle au pouvoir, s’il démissionne ou si il se désigne un dauphin (surtout en la personne d’un de ses fils), ce serait l’échec incommensurable pour toute l’opposition, et à travers elle pour l’ensemble de la population togolaise. Celui qui parlait de démocratie d’abord et de multipartisme ensuite n’avait pas tort, compris dans ce sens-là.
– la seconde raison, conjoncturelle, est une action collective forte en faveur des prisonniers politiques, apparemment oubliés dans des geôles de sinistre réputation. Concernés dans leur ensemble par ce phénomène, les principaux partis peuvent remobiliser leurs troupes sur cette base. Il serait vraiment déplorable qu’ils n’arrivent pas à transcender leurs particules de querelles et de conflits pour faire quelque chose ensemble en faveur de leurs militants dont certains sont atrocement torturés afin d’obtenir des aveux incriminant des responsables politiques dans les récents plasticages de quelques symboles français de la capitale. L’opposition doit soutenir activement tous ces prisonniers politiques courageux afin que l’ouragan du silence et de la peur ne couvre à jamais les pages de leurs jeunes ans à peine écrites. Sinon l’opposition risque de payer son indifférence et son inaction par une désaffection politique déjà repérable à travers une lassitude assez sensible.

PS : Le texte constitue le deuxième volet de mon analyse de l’échec du processus démocratique au Togo. Prochain rendez-vous fin octobre sur letogolais.com, pour le troisième volet intitulé “ La faiblesse de la société civile ”. Bonne lecture.

Bordeaux, 28 septembre 2003
Comi M. Toulabor
Directeur de recherche FNSP
[CEAN-IEP de Bordeaux->http://www.cean.u-bordeaux.fr]

Lire également:
[Lettre de Dahuku PERE au comité central du RPT->http://www.letogolais.com/article.html?nid=1103]
[Réunion des cadres Kabyè à Kara->http://www.letogolais.com/article.html?nid=176]
[Déclaration d’Agbéyomé Kodjo: « Il est temps d’espérer »-> http://www.letogolais.com/article.html?nid=85]
[Interview de Gilchrist Olympio à Fraternité Matin->http://www.letogolais.com/article.html?nid=1081]