28/01/2023

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Togo : Message du Parti des travailleurs au Ier Congrès ordinaire de l’ANC

Chers amis,

Le Parti des travailleurs tient à saluer votre Ier Congrès ordinaire qui se tient, quatre ans après votre fondation dans les conditions les plus difficiles, au terme de quatre années de rudes batailles que nous avons ensemble menées, souvent sous les déluges de grenades lacrymogènes, ces derniers temps avec nos amis du Collectif « Sauvons le Togo », pour la cause de la démocratie et du respect des droits de l’homme, de la transparence dans la gestion des affaires publiques, de l’équité et de la justice sociale dans notre pays.

C’est ici le lieu de rendre un hommage particulier à l’endurance dont vous avez fait preuve tout au long de cette traversée en reprenant le flambeau pour constituer ce pôle fédérateur autour duquel les forces démocratiques de notre pays ont pu se rassembler. C’est en trouvant en vous ce point d’appui que nous avons pu mener tous ces rudes combats à travers lesquels le peuple togolais continue à entretenir la résistance à ce pouvoir illégitime incarné depuis bientôt 52 ans par le même clan familial des EYADEMA-GNASSINGBE qui a pris en otage notre pays depuis ce fatidique 13 janvier 1963 où l’indépendance nationale, conquise au prix de lourds sacrifices, fut assassinée avec Sylvanus OLYMPIO.

C’est donc dire toute la responsabilité qui a été et continuera à être la votre dans la période encore plus difficile qui vient devant nous.

Chers amis,

Votre Ier Congrès ordinaire se tient dans un contexte particulier où, cinq jours à peine auparavant, vient d’être commémoré le 24e anniversaire du soulèvement populaire du 5 octobre 1990 qui, par la restauration du pluralisme politique qu’il a arrachée de haute lutte, a ouvert la voie de notre existence légale à tous en tant que partis politiques.

Et, alors que l’année prochaine marquera le 25e anniversaire de cet historique événement, nous pensons que la nécessité d’un bilan nous interpelle tous dans la nouvelle situation où nous vivons depuis bientôt 25 ans, après être sortis de 23 années de régime dictatorial sous EYADEMA. Cela s’impose d’autant plus que l’année 2015, qui marquera la période de 25 ans correspondant, selon les historiens, à l’écoulement d’une génération humaine, est prévu un scrutin présidentiel qui sera le 5e du genre depuis que celui de 1993 a ouvert la nouvelle ère de retour aux élections pluralistes dans notre pays suite à octobre 1990.

Pour cet exercice, si le monopole du pouvoir politique par feu Etienne EYADEMA-GNASSINGBE pendant les 15 premières années de ces 25 ans présentait un bilan déjà si catastrophique que le peuple togolais n’a jamais cessé de lui demander de partir avant que la mort ne s’en charge, que dégage ce bilan dans le bilan des 10 ans de pouvoir de Faure Essozimna sur les 25 ans de son clan familial ? :

— 1. D’abord il a fait assassiner en 2005 plus de 1 000 citoyens togolais innocents selon la LTDH, de 400 à 500 selon l’ONU pour s’assoir dans le fauteuil présidentiel laissé vacant par le décès de son père Etienne, en toute impunité jusqu’à ce jour. Pour ces crimes qui relèvent d’un génocide parfaitement prémédité et planifié Faure Essozimna EYADEMA-GNASSINGBE devait et doit partir !

— 2. Il a organisé un triple coup d’Etat : militaire, constitutionnel et électoral pour s’installer de force au pouvoir en 2005. Pour tous ces faits et actes de « renversement du régime constitutionnel» qui constituent « un crime imprescriptible contre la Nation (…) sanctionné conformément aux lois de la République » selon les dispositions des articles 148 et 150 de la Constitution togolaise, Faure Essozimna EYADEMA-GNASSINGBE devait et doit partir !

— 3. Pour parfaire ce summum d’illégalité, il n’a cessé de se maintenir au pouvoir par des fraudes systématiques de tous les processus électoraux organisés depuis la présidentielle de 2005 : législatives de 2007, présidentielle de 2010 contre laquelle le peuple togolais a protesté par de gigantesques marches pacifiques pendant de longs mois, législatives de 2013 et a poussé l’outrecuidance jusqu’à faire révoquer en toute illégalité par un parlement à sa botte des députés de l’ANC de leur mandat. Pour toutes ces graves forfaitures, Faure Essozimna EYADEMA-GNASSINGBE devait et doit partir !

— 4. Il s’est installé au pouvoir et s’y est reconduit frauduleusement sans avoir jamais déféré aux prescriptions de l’article 145 de la Constitution togolaise qui disposent que : « Le Président de la République, le Premier Ministre, les membres du Gouvernement, le Président et les membres du bureau de l’Assemblée Nationale et du Sénat et les Directeurs des administrations centrales et des entreprises publiques doivent faire devant la Cour Suprême une déclaration de leurs biens et avoirs au début et à la fin de leur mandat ou de leur fonction. », ce qu’il n’a jamais fait ni depuis la présidentielle de 2005, ni celle de 2010. Pour ces graves forfaitures, Faure Essozimna EYADEMA-GNASSINGBE devait et doit partir !

— 5. Depuis 10 ans, il refuse l’organisation des élections locales dans la même voie que son père qui les ignorées pendant 18 ans, en violation flagrante des dispositions de l’article 141 de la Constitution qui dispose que « Les collectivités territoriales s’administrent librement par des conseils élus au suffrage universel, dans les conditions prévues par la loi », laquelle prévoit d’organiser lesdites élections tous les 5 ans, ce qui les laissent inorganisées au total depuis 27 ans soit 5 exercices. Pour cette grave forfaiture Faure Essozimna EYADEMA-GNASSINGBE devait et doit partir !

— 6. Tout au long de ses 10 ans de pouvoir, son régime n’a cessé de garantir une totale impunité aux graves violations des droits de l’Homme qui n’ont cessé d’être commises, comme l’assassinat d’Atsutsé Kokouvi AGBOBLI, des jeunes élèves : Anselme Gouyano SINANDARE, 12 ans en classe de 6e assassiné par les forces de l’ordre à Dapaong le lundi 15 avril 2013 et Sinanlengue DOUTI, en classe de 1ère A4 à Kombonloaga, assassiné par passage à tabac par les forces de l’ordre le lundi 15 avril 2013, d’Etienne YAKANOU, membre de l’ANC, assassiné par manque de soins à la Gendarmerie nationale à Lomé où il était illégalement détenu, le jeudi 16 mai 2013 ; le musèlement de médias indépendant à travers la fermeture arbitraire et illégale des radios X Solaire et Légende. Pour ces graves forfaitures, Faure Essozimna EYADEMA-GNASSINGBE devait et doit partir !

— 7. Il n’a cessé de couvrir de multiples actes de pur gangstérisme d’Etat comme le refus de restituer les fonds illégalement extorqués à l’Aéroport aux commerçants par des agents de l’Agence Nationale de Renseignement (ANR), agence directement placée sous son autorité. Pour ces graves forfaitures, Faure Essozimna EYADEMA-GNASSINGBE devait et doit partir !

— 8. Il s’est rendu coupable de faux et usage de faux en faisant falsifier le Rapport rendu public par la CNDH le 20 février 2012 attestant la commission de tortures et autres actes inhumains et dégradants sur des prévenus illégalement détenus dans des lieux inappropriés en violation flagrante d’instruments internationaux pourtant ratifiés par l’Etat togolais. Pour cette grave forfaiture, Faure Essozimna EYADEMA-GNASSINGBE devait et doit partir !

— 9. Condamné à répétition pour de multiples violations des droits de l’Homme par la Cour de justice de la CDEAO, son gouvernement refuse d’en exécuter les décisions. Pour cette grave forfaiture, Faure Essozimna EYADEMA-GNASSINGBE devait et doit partir !

— 10. Il garantit une totale impunité aux auteurs, pourtant nommément identifiés, d’un délit aussi gravissime que l’incendie criminel des grands marchés de Lomé et de Kara et promeut même certains d’entre eux à d’importants postes de responsabilité dans le même temps où il fait arrêter d’innocents citoyens, membres du Collectif « Sauvons le Togo », par sa justice aux ordres qui les accuse faussement d’en être les auteurs. Pour cette grave forfaiture, Faure Essozimna EYADEMA-GNASSINGBE devait et doit partir !

— 11. Il organise un pillage systématique des biens de l’Etat en faisant siphonner les grandes sociétés d’Etat et les régies financières constituant le poumon économique du pays par ses proches qui détournent par ailleurs une part considérable des recettes fiscales et douanières, gèrent en toute opacité les sociétés minières de phosphate, de clinker, de marbre, de fer, et exploitent en toute illégalité biens d’autres matières précieuses comme l’or, le diamant, le coltan sans enregistrer leur vente dans la comptabilité nationale tout en reconnaissant cyniquement dans un discours à la nation le 26 avril 2012 qu’un « petit nombre accapare les ressources au détriment du plus grand nombre ». Pour toutes ces graves forfaitures, Faure Essozimna EYADEMA-GNASSINGBE devait et il doit partir !

— 12. Sous son règne, a été organisé, rien que sur la période de 2006 à 2010, selon le Rapport 2013 de l’ONG américaine « GLOBAL FINANCIAL INTEGRITY » (GFI), des transferts illicites de fonds à l’étranger pour un montant d’au moins 8 827 milliards de F CFA, ce qui nous donne avec d’autres informations disponible de source fiable, un total cumulé d’environ 25 000 milliards de F CFA au minimum de fonds illicitement détournés pendant les 47 ans de règne de son clan familial des EYADEMA-GNASSINGBE. Pour toutes ces graves forfaitures, Faure Essozimna EYADEMA-GNASSINGBE devait et doit partir !

Chers amis,
Voilà au total, les 12 graves pratiques d’incivisme commis en 10 ans de pouvoir qui fondent les 12 bonnes raisons pour lesquelles, pour nous, Faure EYADEMA-GNASSINGBE doit partir et dégager immédiatement du pouvoir politique qu’il confisque en toute illégalité et illégitimité depuis 10 ans !

Si nous disons immédiatement, c’est bien parce que son refus de faire les réformes politiques constitutionnelles et institutionnelles le délégitiment encore plus non seulement pour non respect de la parole donnée mais aussi pour refus d’accéder à la réalisation d’une aspiration majoritairement réclamée par le peuple togolais tout entier et nombre d’organisations et institutions qui parlent en son nom.

A ce refus de l’écouter, nous devons opposer la mobilisation du peuple tout entier, de Lomé à Cinkassé.

C’est pourquoi nous réitérons ici la proposition que nous organisions sans délai trois jours de manifestation continue, au moins dans les 11 villes du Togo dont les populations ont fait le choix d’élus de l’opposition pour les représenter à l’Assemblée nationale : 1. Dapaong, 2. Bafilo ; 3. Guérin-Kouka ; 4. Bassar ; 5. Sokodé ; 6. Atakpamé ; 7. Kpalimé ; 8. Tsévié ; 9. Lomé ; 10. Vogan ; 11. Aného ; villes auxquelles nous devons ajouter la ville de Kara dont on tente de nous faire croire qu’elle serait sur une autre planète de l’univers alors qu’elle se situe bel et bien sur le territoire du Togo de la planète terre ; trois jours de manifestation continue donc pour arracher :

1. l’organisation immédiate des élections locales avant toute élection présidentielle ;
2. les réformes constitutionnelles et institutionnelles exigées par le peuple togolais ;
3. le rétablissement des deux tours de scrutin à l’élection présidentielle.

Nous devons être unis pour exiger : « Ou Faure accepte de satisfaire ces trois points de revendication, ou il dégage ! »

Quant à la présidentielle de 2015, il faut qu’il soit clair que nous n’accepterons jamais, au grand jamais, qu’on utilise la machination de l’incendie criminel des grands marchés de Lomé et de Kara pour empêcher la candidature de quelque candidat que ce soit !

Et, pour nous, ceci ne vaut pas seulement pour Faure Essozimna EYADEMA-GNASSINGBE mais aussi pour les tenants de l’exécutif français.

En effet, dans un article publié dans le magazine français Le Monde Diplomatique de juin 2014, son envoyé spécial à Lomé, Michel GALY, n’écrivait-il pas :

« Mais de fait, et contrairement à ce qu’affirment rituellement les gouvernements français en début de mandat (…) rien n’a changé à la situation néocoloniale qui perdure depuis un demi siècle. Et en cela les médias internationaux ont un rôle clef pour 2015 : oseront ils questionner les actions du bien nommé « directeur Afrique » du Quai d’Orsay, – M. Bélliard ? Celles des deux « conseillers » de l’Elysée, Mme Le Gal et M. Mélonio – et de leurs responsables politiques de tutelle, MM. Hollande et Fabius ? Car pour le Togo, ce sont eux qui prendront la décision finale d’abattre la tyrannie Eyadema et de rétablir la démocratie – ou non. »

Si, en violation de la souveraineté du peuple togolais, il faudrait croire au rôle qu’on prête ainsi à MM. HOLLANDE et FABIUS, il faudrait donc en toute logique les tenir pour responsable d’une part du choix de qui serait admissible ou non à la candidature pour l’élection présidentielle envisagée en 2015 au Togo, d’autre part des conditions dans lesquelles celle-ci aurait à se dérouler.

Ainsi donc prévenus, et non amnésique de ce qui s’est passé dans notre pays, le Togo, de février à mai 2005, nous tenons à dire solennellement ceci :

— 1. Si une seule goutte de sang d’un quelconque citoyen togolais venait à être versée à l’occasion de tout scrutin présidentiel en 2015 ;

— 2. Si quelque citoyen togolais que ce soit venait à être interdit de candidature pour quelque raison que ce soit à l’occasion de tout scrutin présidentiel en 2015 ;

nous serons fondés à en tenir pour responsables MM. François HOLLANDE et Laurent FABIUS qui auront à en répondre devant l’histoire !

Alors que le peuple togolais est à bout et qu’en son sein gonde la colère contre toute la misère et les injustices qu’il subit, nous fondons l’espoir que votre congrès puisse ouvrir une nouvelle page de l’unité des partis et organisations de l’opposition togolaise pour qu’enfin, nous arrivions à en finir avec les 47 ans de domination dictatoriale du clan des EYADEMA – GNASSINGBE.
C’est avec cet espoir que nous souhaitons pleins succès à votre congrès.

• Vive l’ANC !
• Vive l’unité des partis et organisations de l’opposition togolaise !
• Gloire au peuple togolais !
• Non à l’impérialisme français !
• A bas la dictature presque cinquantenaire du clan des EYADEMA – GNASSINGBE !

Lomé, ce 10 octobre 2014
Le Parti des travailleurs