03/07/2022

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Togo: nouvelle réforme constitutionnelle qui ne change rien au fond

LOME (AFP) – 21/02/2005 16h43 – L’Assemblée nationale togolaise a une nouvelle fois révisé la Constitution lundi, pour rétablir l’ancien texte, comme l’exigeait la communauté internationale, sans toutefois remettre en cause la présence à la tête de l’Etat de Faure Gnassingbé.

La constitution en vigueur le 5 février au moment du décès du général Gnassingbé Eyadéma, le père de l’actuel homme fort, prévoyait une vacance du pouvoir assurée par le président de l’assemblée nationale, et un scrutin présidentiel dans les 60 jours.

Sa modification le 6 février avait permis à Faure Gnassingbé, choisi par l’armée, d’être investi président.

La nouvelle révision, si elle apparaît comme un pas en arrière des autorités, ne fait cependant qu’entériner la décision de M. Gnassingbé, annoncée vendredi soir, de rester au pouvoir et d’organiser une élection présidentielle dans le délai constitutionnel de 60 jours.

Adoptée à la va-vite lors d’une session extraordinaire qui n’aura duré que quelques heures, cette modification semble en surface répondre aux condamnations internationales, sans changer le fond du problème, qui reste la présence au pouvoir de Faure Gnassingbé.

Le régime togolais n’a d’ailleurs pas encore fait connaître sa réaction aux sanctions décidées par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

La CEDEAO, soutenue par la communauté internationale, exigeait ce « retour à l’ordre constitutionnel », mais avec comme chef de l’Etat par intérim Fambaré Natchaba Ouattara, le président démis de l’Assemblée nationale, actuellement réfugié au Bénin.

Manifestation de l’opposition le 19 février 2005 à Lomé

Dans les rues de Lomé, où la situation était normale lundi après les manifestations du week-end, les habitants restent perplexes devant ces annonces et arguties constitutionnelles.

« Tout ça c’est mic-mac et compagnie. Ca ne nous dit rien à nous qui n’avons rien. Tout ce qu’il faut c’est que Faure parte, c’est tout », affirme Charles, chauffeur de taxi de 31 ans.

D’autres craignent que cette crise ne débouche sur le chaos: « déjà le chef de l’Etat est mort, maintenant on veut faire partir son fils, mais alors qui va diriger le pays et sauver la paix », s’interroge Edwige, marchande de 21 ans.

Le passage dimanche en fin d’après-midi d’une caravane de jeunes militants armés du Rassemblement du peuple togolais (RPT, parti présidentiel) dans les rues de la capitale a ému la population.

De son côté, l’opposition prévoit de continuer la mobilisation contre « le coup d’Etat » de M. Gnassingbé et continue de demander son départ.

« C’est de plus en plus ridicule. Les députés ont remis les 60 jours pour la présidentielle dans la Constitution après que le président eut annoncé l’organisation du scrutin dans 60 jours », affirme Jean Pierre Fabre, secrétaire général de l’Union des forces de changement (UFC), de Gilchrist Olympio.

Selon lui, M. Gnassingbé « peut faire tout ce qu’il veut, il n’est pas à sa place. Tout ce que fait le régime, c’est pour perpétuer le système. Nous sommes très sereins, ils vont finir par fuir. »

Le président du Comité d’action pour le renouveau (CAR), Yawovi Agboyibo estime que « c’est une bonne chose qu’ils aient abrogé les modifications anticonstitutionnelles, mais le problème demeure ».

« Aujourd’hui le remplacement de M. Natchaba par Faure reste un problème, le coup d’Etat militaire reste une réalité, on a juste fait sauter l’habillage constitutionnel », a-t-il estimé.

M. Fabre a expliqué que son parti souhaite voir la crise « se règler en deux étapes. D’abord le rétablissement de la légalité constitutionnelle, et ensuite l’organisation d’une élection présidentielle libre, démocratique et sans exclusive aucune ».

« Il faut régler le problème des exclusions discriminatoires au Togo », a-t-il ajouté. La Constitution prévoit en effet que les candidats à l’élection présidentielle aient résidé douze mois d’affilée au Togo avant le scrutin, ce qui exclut d’office M. Olympio, en exil en France.