28/06/2022

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Togo: Passage à tabac des populations de Témédja, que cache le silence des autorités

DECLARATION DU CACIT :

QUE CACHE LE SILENCE DES AUTORITES, SEPT SEMAINES APRES LE PASSAGE A TABAC DES POPULATIONS CIVILES DE TEMEDJA ?

« Les crimes se nourrissent de l’impunité et l’impunité se nourrit du silence » ont souvent déploré les organisations des droits de l’Homme réunies au sein du Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo (CACIT). Les paisibles populations de Témédja, village situé à environ 10 km d’Atakpamé, une ville située à 150 km de Lomé ont eu l’occasion de constater cette amère vérité récurrente au Togo.
Selon des informations de sources concordantes, il ressort que, le 02 janvier 2011, les villageois de cette localité étaient réunis en bordure de route pour continuer les festivités du nouvel an, quand un militaire du 3è Régiment inter armes habillé en civil, est passé à vive allure tout près du groupe composé en majorité de femmes. Ces dernières ont crié pour manifester leur mécontentement. Le militaire est alors revenu sur ses pas pour menacer les femmes. Le sieur ASSOAGBA, dont la moto est tombée en panne sèche, revenait au village en poussant cette dernière, quand il a reconnu sa belle sœur parmi le groupe qu’harcelait le militaire. Il s’est approché pour s’enquérir de l’objet de la vive discussion, en réponse, le militaire lui a administré trois gifles. Il s’en est suivi une bagarre. Au cours de celle-ci deux autres militaires, en tenue civil, de passage, se sont joints à leur collègue. Monsieur ASSOAGBA a été passé à tabac par les trois militaires. Les villageois sont alors intervenus pour faire revenir le calme.
Le lendemain, les éléments de la brigade de recherche d’Atakpamé sont venus arrêter le sieur ASSOAGBA, les membres de sa famille, des personnes impliquées dans la bagarre ainsi que des témoins. Les prévenus ont été conduits au camp militaire de Témédja pour y être identifiés et ensuite trois d’entre eux dont M. ASSOAGBA ont été conduits à Atakpamé. La même nuit, des militaires en tenue civile et cagoulés, ont fait irruption dans le village à environ autour de 20 heures. Ils se sont livrés à des voies de fait sur les populations, au niveau du marché et ont forcé certaines portes pour frapper les occupants. Vieillards, jeunes, et même femmes enceintes n’ont pas été épargnés. Ces militaires ont utilisé des cordelettes, des ceintures, des bâtons, des bottes pour violenter leurs victimes.
Au vu de ces faits d’une gravité inexcusable, le CACIT s’indigne et condamne ces actes délibérés de violence contre des populations civiles.
Le lieu de ce forfait nous interpelle. Rappelons en effet que Témédja est un village de la préfecture de l’Ogou dont le chef lieu Atakpamé est une localité symbole des violations graves et massives perpétrées avant, pendant et après l’élection présidentielle d’avril 2005,par des éléments des forces armées togolaises et des milices ayant arborés des T-shirt à l’effigie du candidat Faure GNASSINGBE avec pour chef de file le fameux Major KOULOUM, cité par plusieurs rapports comme présumé auteur de violation de droits humains. Par ailleurs, le CACIT dénonce :
– La violation des droits humains orchestrée par les militaires du camp Témédja, auteurs de ces voies de fait pendant que le processus de réconciliation entamé par la Commission Vérité Justice et Réconciliation (CVJR), suit son cours ;
– L’impunité dont jouissent les auteurs, desdites violations, alors que dans son discours de fin d’année et pour annoncer les grandes orientations du gouvernement pour l’année 2011, le président de la République, Faure GNASSINGBE, a décidé de faire de la lutte contre l’impunité un des axes importants des actions à mener,
– Le silence de la « grande muette » plus d’un mois après ces évènements,
Le CACIT s’interroge sur la lecture que font certains éléments des forces armées et de sécurité togolaises par rapport aux travaux de la Commission Vérité Justice et Réconciliation. Si la CVJR n’a pas ménagé ses efforts pour la sensibilisation de toutes les forces vives de la nation sur sa mission d’apaisement des victimes de violences et violations des droits humains, ces éléments doivent comprendre que c’est à eux qu’il appartient de poser des actes dans le sens de la garantie de non répétition des violations. Par ailleurs, si pour une querelle avec des populations civiles, en dehors du contexte politique, des militaires sensés les protéger n’ont pas hésité à faire une « expédition punitive » contre ces paisibles villageois aux mains nues, que penser des prochaines échéances électorales locales ? Quand on sait qu’élection rime avec violence au Togo et que l’impunité fait de la résistance !
Dans ces conditions, le CACIT recommande vivement :
Aux autorités de :
– Faire la lumière sur ces incidences et que les militaires impliqués soient punis, conformément aux lois en vigueur, afin de donner un signal fort de leur engagement dans la lutte contre l’impunité ;
– Prendre des mesures pour réparer les dommages subis par les populations victimes ;
– Faire cesser le spectre de la « peur du gendarme » qui plane sur les populations de l’Ogou depuis les violences électorales de 2005, dont les séquelles persistent à ce jour.
Aux OSC de défense de droit de l’Homme nationales et internationales :
– De montrer plus de détermination à dénoncer unanimement tels actes contraires à la dynamique de consolidation de l’Etat de droit souhaité par le peuple togolais ;
– De faire de la lutte contre l’impunité un programme essentiel dans la protection des droits humains au sein de leur structure ;
Le CACIT réaffirme son engagement à défendre la cause des victimes. Il se réjouit d’ailleurs du soutien que lui ont toujours apporté, dans cette tâche, ces partenaires traditionnels dont Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme (France), l’association Survie (France), Pain Pour Le Monde (Allemagne), Amnesty International et le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme (HCDH).
Le CACIT demeure convaincu que c’est en luttant ensemble, qu’au Togo, tous les crimes cesseront de se nourrir de l’impunité.

Fait à Lomé le 18 février 2011
Le Président
Me Zeus Ata Messan AJAVON