07/12/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Togo – Présidentielles: Rapports de la Délégation de l’Union Européenne au Togo

Documents confidentiels rédigés par la Délégation de l’Union Européenne au Togo, le 27 et 28 avril 2005.

J’avais été informé que le pouvoir avait l’intention de pénétrer dans l’enceinte de l’Ambassade de RFA où s’est réfugié l’ancien Ministre de l’Intérieur.
J’ai dans ce contexte, contacté l’Ambassadeur de RFA, qui s’est déclaré surpris que je sois détenteur d’une telle information, mais qui m’a avoué qu’il craignait une intrusion des forces armées togolaises au sein de la concession de l’Ambassade.
Il a pris l’attache du Ministre des Affaires Etrangères pour demander assistance et protection, qui lui a ri au nez et aurait répondu: «d’autres missions diplomatiques ont été « caillassées », à vous le tour maintenant!»
L’information mériterait d’être prise au sérieux dans un pays où le respect des règles du droit le plus élémentaire est loin d’être respecté.

Scrutin électoral

La Commission Electorale Nationale (CENI) a proclamé le 26 avril à la mi-journée le résultat provisoire des élections qui donnent M. Faure Gnassimbé vainqueur avec 60,2% des votes (1 327 000 voix) contre 38,2% au candidat de la coalition de l’opposition, M. Akitani Bob (841 000 voix).

La CEDEAO a envoyé 150 observateurs. Toutefois ceux-ci n’ont pu être déployés qu’au dernier moment samedi 23 avril et n’ont eu pour mission que d’observer le scrutin proprement dit sans inclure les opérations de dépouillement.

L’observation CEDEAO n’a pas porté sur deux étapes principales qui sont la révision des listes électorales et les opérations de dépouillement, au cours desquelles de nombreuses irrégularités ont été constatées. La CEDEAO a indiqué que le «scrutin a globalement répondu aux critères et principes usuellement admis en matière d’élection». Il est à noter que le RPT et la Coalition de l’Opposition s’accusent mutuellement de fraude.

L’analyse des données communiquées sur les listes électorales et l’observation menée à petite échelle par des missions diplomatiques à Lomé et en province, conduisent à constater de nombreuses irrégularités et à renforcer les présomptions de fraude massive. L’analyse des listes électorales fait apparaître un écart anormal entre le nombre d’inscrits et l’estimation de la population en âge de voter (+34% soit 900 000 électeurs présumés fictifs); ces écarts sont particulièrement importants dans les régions réputées favorables au parti au pouvoir (+75% soit 440 000 électeurs présumé fictifs); fait troublant c’est dans ces régions que le taux de distribution des cartes d’électeurs est exceptionnellement élevé (80 à 95%), que le taux de participation est exceptionnellement élevé (80 à 99%) et que le score de M. Faure Gnassimbé est exceptionnellement élevé (75 à 95%). A contrario sur Lomé, zone favorable à l’opposition, le taux de distribution des cartes d’électeurs est de 41% et le taux de participation de 35% seulement (390 000 électeurs inscrits n’ont pas voté ou n’ont pas pu voter).

Les observations faites par le personnel des missions diplomatiques et du PNUD le jour du scrutin ont conduit à confirmer l’absence de fiabilité des listes électorales, à mettre à jour un système semble-t’il généralisé de faux bulletins pré-imprimés en faveur du candidat Faure Gnassimbé et à confirmer de nombreux cas d’enlèvement d’urnes par les militaires au moment du dépouillement (images passées sur TV5, dans la préfecture de Tandjouaré 15 urnes sur 87 ont été saisies par les militaires). Par ailleurs dans de nombreux cas les représentants des candidats d’opposition ont été exclus des bureaux de vote et des opérations de dépouillement. La coupure des réseaux téléphoniques dimanche soir et la mise à sac du centre informatique de l’opposition n’ont pas permis à l’opposition et aux observateurs dépêchés par la société civile et les églises de faire leur propre évaluation des votes en temps réel.

Pour mémoire, le Ministre de l’Intérieur en charge de la sécurité et des élections, M. Boko, avait appelé vendredi 22 avril au report des élections pour prévenir des troubles graves et l’immiscion de l’armée dans le processus. Il a été qualifié d’irresponsable et remplacé immédiatement.

Situation suite à l’annonce des résultats

Les militants d’opposition ont réagi à l’annonce des résultats en sortant dans la rue pour manifester leur colère. Des émeutes ont éclaté à Lomé et dans plusieurs villes de province, donnant lieu à une violente répression, en cours ce 27 avril. L’opposition a déclaré qu’elle ne reconnaissait pas le résultat des élections et a dénoncé les fraudes. En milieu de journée M. Akitani Bob s’est auto-proclamé président et le mouvement de contestation se développe dans le pays.

La situation en matière de droits de l’homme et d’accès à l’information est préoccupante. La FIDH annonce au moins 7 morts et 30 blessés lors des incidents des 24 et 25 avril alors que le Gouvernement ne reconnaît qu’un mort. Le représentant de la FIDH a été témoin d’une exécution extrajudiciaire et un diplomate a été témoin de l’enlèvement de trois cadavres devant un bureau de vote à Lomé. Un bilan provisoire des émeutes des 26 et 27 avril fait état d’au moins 95 blessés et 11 morts – information confirmée par des sources hospitalières.

La violence est en train de se répandre à plusieurs quartiers de Lomé. Les forces spéciales de l’armée ont été aperçues à Lomé le soir des élections et l’armée est très présente en ville. Des miliciens du parti au pouvoir se déplacent armés pendant que les militants de l’opposition cherchent à s’armer (machettes, gourdins). Les intérêts et ressortissants français ont été particulièrement visés lors des émeutes du 26 avril qui ont éclaté à l’annonce des résultats. Un employé local de la Délégation de la Commission a été arrêté par des soldats, dépouillé de ses biens avant de pouvoir réussir à prendre la fuite.

Les communications et les medias sont empêchés. Les réseaux de téléphone portable puis fixe, de même que les liaisons internet, ont été coupés au Togo peu avant le début des opérations de dépouillement de vote. Un journaliste international a été refoulé avant le scrutin et deux autres ont été priés de quitter le territoire mardi 26 avril avant que cette décision ne soit rapportée sous la pression diplomatique. En l’absence de liaison téléphonique, il est devenu quasiment impossible de recouper les informations sur les résultats électoraux et d’apprécier l’ampleur réelle des violences et vraisemblables violations des droits de l’homme.

Les grandes lignes de l’observation conduite certes à petite échelle, mais fiable, permettent d’effectuer le constat suivant:

– Présence des délégués des candidats dans les bureaux de vote:
Selon nos informations, l’interdiction faite aux délégués d’entrer dans les bureaux a été rapportée ou observée dans plusieurs bureaux de vote mais la situation a été régularisée au cours de la matinée.

– Listes électorales:
Il existait plusieurs listes: l’une, imprimée, contenant semble-t-il le nom des personnes inscrites sur les listes électorales avant le scrutin 2005. L’autre, manuscrite, issue de la révision des listes électorales conduites de 28 mars au 4 avril. Les listes manuscrites sont arrivées en retard (vers 9h30) dans les bureaux de vote.

Il semble que les noms des personnes qui s’étaient inscrites lors du week-end de prolongation (9 et 10 avril) n’étaient sur aucune des deux listes. Ces personnes ont été autorisées à voter dans certains bureaux (leur nom et leur signature ont été inscrits sur une feuille volante ou ajoutées sur les listes manuscrites, une fois celles-ci reçues) et interdites de votes dans d’autres.

– Identification des électeurs: Dans la grande majorité des bureaux visités, seule la carte d’électeur (sur laquelle ne figurait aucune photographie) était requise pour voter.
A cet égard, le code électoral, article 113, prévoit que «A son entrée dans le bureau de vote, l’électeur, porteur de sa carte d’électeur, après avoir fait constater son identité et son inscription sur la liste électorale, prend lui-même le bulletin unique etc.».
Dans le guide des membres et des délégués des CELI, publié par la CENI, il est inscrit que: «Le membre du BV à la porte laisse entrer l’électeur sur présentation de sa carte d’électeur qu’il remet aux membres près de la table de vérification, qui constate son identité. En cas de doute sur l’identité, ils avisent le président qui peut exiger une pièce d’identité ou des témoins.»

– Atmosphère dans les centres de vote:
Très calme pendant la journée, malgré les longues files d’attente. La tension est montée à la fermeture des bureaux, notamment lorsque le public s’est vu refusé l’accès aux bureaux de vote pour le dépouillement.

– Enlèvement des urnes par les forces armées: Si aucun des trois observateurs de la DCE n’a vu de ses propres yeux l’enlèvement des urnes par des militaires, plusieurs éléments permettent d’affirmer que telles pratiques ont eu lieu à Lomé: – Des images de RFO ont été diffusées au journal télévisé de TV5 montrant clairement dans le centre de vote de Bé plage (quartier acquis à la coalition) des militaires emportant des urnes, malgré les protestations du public.

– Les trois morts que GD a vus à proximité d’Hezdranawoe vers 18h15 seraient le résultat de heurts lors d’une tentative, par des hommes habillés en noir, visant à emporter les urnes, selon les témoignages recueillis sur place.

– Mardi 26 avril au matin, la DCE, suite à des informations reçues le matin même, est retournée dans le centre de vote d’Adjalé: derrière une porte fermée par un cadenas, dont la clé a été fournie par la population, se trouvaient 4 urnes, dans lesquelles se trouvaient des (vrais) bulletins de vote, tous RPT, ainsi que des procès verbaux. Selon les témoignages, les militaires seraient intervenus à l’issue du dépouillement, auraient fait sortir les personnes, fermé les bureaux et emporté les urnes. Les 4 urnes retrouvées par la DCE auraient été oubliées par les militaires.

La DCE a « saisi »:

– un paquet de bulletins favorables au RPT dans l’urne 4067.
– un procès verbal original des opérations électorales provenant du bureau de vote 4069 et signé par les membres du bureau de vote (mais pas par les deux délégués des candidats), accompagné d’une feuille de dépouillement (98 voix Faure Gnassingbé, 147 voix Akitani Bob) et un procès verbal de dépouillement pour le même bureau
– deux cartes d’identité accompagnant les procès verbaux.
La DCE a pris des photos sur les lieux.

Compte rendu détaillé de l’observation

I- Déroulement du vote

1- Ecole Gbonvie

Quand GD est arrivé, le coordinateur du centre avait interdit la présence des délégués des candidats dans les bureaux de vote, se basant sur des instructions qu’il aurait reçues de la CENI. Contacté par GD, le Ministre de l’Intérieur a parlé au coordinateur. La situation a été rétablie et le vote a commencé.

2- Ecole camp RIT (traditionnellement 100% RPT)

GD a vu un enfant très jeune sur le point de voter. Il était en possession d’une carte d’électeur selon laquelle il aurait eu 39 ans. Aucune réaction des membres du bureau de vote ne s’est produite. L’enfant, interrogé par GD, a reconnu n’avoir que 14 ans et n’a pu voter.

3- Ecole Adjalé Immaculée Conception, Nikonakoe

GD a vu une personne malmenée par la foule, alors qu’elle aurait été, selon les «témoignages», en possession d’un sac contenant une centaine de bulletins pré votés, en faveur de Faure Gnassingbe. Un exemplaire de ces bulletins est attaché en PJ à ce message.
Il s’agissait du centre de vote de Jean Pierre Fabre, qui se trouvait être sur les lieux à ce moment là.

4- CEG Atikpa

5- Ecole Soviépé

Trois électeurs en possession d’une nouvelle carte d’électeur n’ont pas été autorisés à voter.

6- Ecole catholique Adjidogomé

7- Kodgoviakopé

8- Ecole catholique Nikonakoe

9- Hezdranawoe (bordure d’aéroport):

GD n’a pas pénétré dans ce bureau de vote. C’est à proximité qu’il a vu les trois corps vers 18h15.

1- Dumasese 1 [Bureau traditionnellement RPT ] (6h45-7h45)

Vote dans le calme.

Listes d’électorales affichées (mais d’ores et déjà déchirées).

2- Cacaveli (8h30-9h30)

Bureau 1047: seule la liste imprimée (i.e. ne contenant pas les nouveaux inscrits du processus électoral 2005) était disponible.

Vu: 1 personne dans ce bureau de vote n’a pas pu voter parce que son nom n’apparaissait pas sur la liste. Cette personne possédait une carte d’électeur manuscrite. Le délégué de la coalition a approché l’observateur de la DCE pour confirmer que les personnes dont les noms ne figuraient pas sur les listes n’avaient pas pu voter.

Hors du bureau de vote, mais dans l’enceinte du centre: TV a été approché par un détenteur de carte d’électeur manuscrite qui n’avait pu voter puisque le numéro du bureau inscrit sur sa carte n’existait pas (mais le centre de vote était bien Cacaveli).

4- CEG Kodjoviakope (9h45-10h15)

Les listes manuscrites n’étaient pas disponibles dans les bureaux.
Les bureaux avaient ouvert en retard: le bureau 1089 a ouvert à 8h50, le bureau 1090 à 7h44.

Une certaine anarchie prévalait dans le centre: les électeurs protestaient contre la non mise à jour des listes électorales, qui ralentissait notamment le vote (puisque les membres du bureau perdaient du temps à essayer de trouver les noms sur la liste).

5- Ecole catholique Kodjoviakope (10h15- 10h30)

Interrogés, les délégués des candidats n’ont exprimé aucune préoccupation.
Centre calme et moins encombré.

Hors du centre, TV a vu un électeur, qui s’était vu refuser le droit de voter au CEG Kodjoviakope, être confronté au même problème à l’école catholique.

6- Tokoin Noukafoue (12h-12h30)

Bureau 40/21: le délégué de l’opposition a informé TV du manque de bulletins (seulement 750 pour 1000 inscrits). Le coordinateur a pris TV en particulier et a nié ces informations en plaidant avoir lui-même un stock de bulletins qu’il redistribuerait si nécessaire.

Dans les autres bureaux de vote, les délégués ont confirmé que le processus était satisfaisant mais très lent. Les électeurs étaient très agités dans la cour du centre et craignaient de ne pas avoir le temps de voter avant la fermeture.
TV a été menacé par un électeur: «Si vous n’observez pas correctement, vous rentrerez chez vous mort».
En règle générale, la procédure suivie lors du vote ne permettait pas d’évoquer une fraude, mais relevait plutôt d’une mauvaise organisation.

1- EPP Tokoin Tame

Bureau de vote 4019/54
A 7h, une dizaine de personnes attendaient le coordinateur du centre (absent des lieux) afin de se voir attribué un bureau. En effet, seul le centre (et pas le numéro du bureau) était indiqué sur leurs cartes d’électeur. Il leur avait ainsi été refusé de voter au niveau des différents bureaux jusque là.

2- EPP Agbalepedogan 1 (8h- 9h15)
L’entrée dans le centre, gardée par des militaires, était réservée aux porteurs d’une carte d’électeur. Bureau de vote 50/79:
En début de scrutin, la déléguée RPT organisait l’entrée dans le bureau de vote, afin d’aider les membres du bureau confrontés à une longue file d’attente. Il lui a ensuite été demandé de rejoindre le banc des candidats.

Les personnes en possession d’une carte d’électeur «manuscrite» et non inscrites sur les listes ont pu voter, après que leur nom ait été noté sur une feuille volante. Après avoir voté, une signature à la suite de leur nom était requise (comme pour l’émargement des votants inscrits sur les listes). A 8h15, une quarantaine de noms étaient inscrits sur cette liste improvisée.
Bureau de vote 50/80 (ou 570) :

Le Président signait derrière tous les bulletins (mais ceci n’a pas été utilisé lors du dépouillement pour rejeter les bulletins: GO a assisté au dépouillement) afin d’être sûr, selon ses explications, que les bulletins provenaient de son bureau de vote.
Le délégué RPT a donné des ordres aux membres du bureau de vote quant au déroulement / à l’organisation du processus. Ceux-ci se sont exécutés sur le champ.
Vers 9h, deux pages (à raison environ d’une trentaine de noms par page) avaient été remplies afin d’improviser une liste pour les détenteurs de cartes manuscrites dont les noms ne figuraient pas sur les listes.

3- EPP Apedokoe (passage rapide pour faire voter le chauffeur) (9h30-9h45)
Les détenteurs de cartes d’électeurs manuscrites, dont les noms n’apparaissaient pas sur les listes, n’ont pas été autorisés à voter. Leurs noms ont toutefois été notés sur une feuille volante.

4- Lycée Gbegnedi (quartier de Bé)

Immense centre de vote.
Bureau de vote n°? (10h-10h45)

Afin de faire face aux longues files d’attente, les délégués des candidats (Bob Akitani et Harry Olympio) faisaient fonction de membres du bureau de vote. Le délégué de la coalition était en charge de mettre de l’encre sur le doigt des votants. L’encre était mise sur l’auriculaire et non sur l’index comme cela était fait dans les autres bureaux.
Les personnes en possession d’une carte d’électeur «manuscrite» et non inscrites sur les listes ont pu voter, après que leurs noms aient été notés sur une feuille volante. Après avoir voté, une signature à la suite de leur nom était requise (comme pour l’émargement des votants inscrits sur les listes). A 10h30, 23 noms figuraient sur la liste improvisée.

Une liste électorale manuscrite a été apportée au bureau de vote aux alentours de 9h30.
Bureau de vote 20/40 (ou 246) (10h45-11h)

Selon le président, à l’ouverture (7h15), seule une liste imprimée était disponible. Les personnes en possession d’une carte d’électeur «manuscrite» et non inscrites sur les listes ont pu voter, après que leurs noms aient été notés sur une feuille volante. Après avoir voté, une signature à la suite de leur nom était requise (comme pour l’émargement des votants inscrits sur les listes).

Puis une liste manuscrite a été reçue: la liste improvisée, composée de 14 noms aurait été remise au coordinateur général du centre. A partir de ce moment, les noms des détenteurs de cartes non inscrits étaient ajoutés sur la liste manuscrite «officielle». Selon les explications des membres du bureau de vote, les personnes détentrices de cartes d’électeur mais non inscrits sur les listes manuscrites étaient les personnes qui s’étaient nouvellement inscrits et avaient retiré leur carte lors du week-end de prolongation (9 et 10 mars).

Le président signait au dos de tous les bulletins.

La difficile recherche des votants sur les listes a eu pour conséquences de très longues files d’attente qui n’ont cependant occasionné que quelques protestations.

5- CEG Solidarité (Tokoin) (11h45-12h30)

– GO a été abordée par plusieurs personnes, titulaires d’une carte d’électeur obtenue lors de la prolongation de la révision des listes (au stade de Lomé), et dont les noms ne figuraient pas sur les listes. Ces personnes soulignaient la différence de traitement quant à ce problème d’un bureau de vote à l’autre à l’intérieur du centre.
– GO a été avisée par le public dans la cour du centre que les délégués des candidats n’avaient pas été acceptés à l’ouverture du bureau. La situation aurait été rétablie rapidement.
Bureau 50/54:

les personnes non inscrites sur les listes n’ont pas été autorisées à voter. Le coordinateur est venu en personne s’enquérir de cette information dans le bureau.

Bureau 50/55 [Sur le tableau de la salle de classe, il restait des exercices d’école. La maîtresse (?) avait écrit au tableau: «Togo plus fort avec Faure Essozimnam». L’exercice de calcul avait pour personnage un certain «Faure».] :
Les personnes en possession d’une carte d’électeur «manuscrite» et non inscrites sur les listes ont pu voter, après que leurs noms aient été notés sur une feuille volante. Après avoir voté, une signature à la suite de leur nom était requise (comme pour l’émargement des votants inscrits sur les listes).

Certains électeurs se sont plaints du fait qu’un seul cadenas fermait l’urne, au lieu des deux réglementaires.

Les sacs des votants devaient être déposés avant de passer derrière l’isoloir.
GO a aussi été informée que des urnes auraient été brûlées dans le centre de vote du quartier protestant: information non vérifiée.

6- EPP Camp gendarmerie

Dans la cour du centre d’Agbalepedogan, GO avait été avertie par un homme qu’au camp de la gendarmerie, le vote avait lieu sans isoloir et que les personnes étaient forcées à voter.
Sur place, Go a constaté une situation calme et des isoloirs en place.
Bureau 4054: Les personnes en possession d’une carte d’électeur «manuscrite» et non inscrites sur les listes ont pu voter, après que leurs noms aient été notés sur une feuille volante. Après avoir voté, une signature à la suite de leur nom était requise (comme pour l’émargement des votants inscrits sur les listes).
document rédigé par la Délégation de l’Union Européenne au Togo, le 28 avril 2005.

1. Atteintes aux libertés publiques et aux droits de l’homme
Selon des témoignages de personnes proches de la Délégation, il y aurait eu des actions de représailles menées par des militants de Faure Gnassingbe contre des habitants d’Above gare et de Gbadago (quartier populaire de Lomé) soupçonnés d’avoir apporté leurs suffrages à l’opposition. Nous sommes en train de mener des investigations pour en vérifier l’exactitude.

Selon d’autres témoignages dignes de foi, un enfant a été tué par balle mardi vers 16h après l’irruption dans le quartier d’Adjalé de civils vêtus de tee shirts blanc armés de pistolets qui auraient tiré à travers la fenêtre d’une habitation dans laquelle ils avaient vu entrer une personne portant un tee shirt jaune.
De sources sûre, on déplore également des dizaines de victimes à Atakpamé.
Enfin de source médicale, les militaires, non seulement tireraient à balles réelles pour disperser les manifestants, mais utiliseraient également des balles explosives.
La délégation a fait une enquête à l’hôpital général de Tokoin, une note spécifique sera adressée.
Un grand battage médiatique a été organisé par le pouvoir sur la mort de 6 Nigériens qui auraient été tués et brûlés par des partisans de l’opposition uniquement parce que la mission CEDEAO était dirigée par le Niger. Le porte parole de la République du Niger vient de démentir cette information, indiquant qu’un seul ressortissant a été tué, un autre blessé, tous deux pris dans des échauffourées et non du fait de leur nationalité.
L’Ambassadeur des USA, aurait appris la mort de 6 gendarmes lors d’affrontements avec la population à Aného.

Une délégation américaine qui se rendait au Bénin a mis quatre heures pour parcourir la route de Lomé à Aného du fait de la présence de nombreux barrages sur cet axe essentiel du Sud vers le Bénin, alors que le trajet s’effectue normalement en moins d’une heure.
Dans une allocution prononcée par le Président par intérim, Abass Bonfoh, nous avons cru comprendre qu’en dépit du discours d’ouverture de Faure Gnassingbe pour la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, les autorités togolaises continuant à user d’un discours répressif, menaçaient de poursuites les responsables politiques qui lancent des appels à la contestation.

A cet égard, vous trouverez ci-joint, un communiqué du ministère de l’intérieur rappelant aux leaders politiques qu’ils sont, au titre de la loi, responsables de tout dérapage du fait de leur incitation à la violence.
Pourtant après toutes ces violences, force est de constater qu’aujourd’hui l’activité dans la ville est quasiment normale mais une extrême tension est palpable.
Médias et Presse internationale
La radio RFI fort prisée de la population togolaise – comme expatriée – a été interrompue depuis hier matin un peu avant l’émission «la parole aux auditeurs de Juan Gomez» consacrée au Togo.

Toutes les radios locales ont cessé d’émettre. C’est le black-out total de l’information.
Heureusement, les reporters de la presse internationale sont encore sur le terrain et peuvent donc rendre compte de la situation qui est loin d’être stabilisée.
Plusieurs journalistes internationaux m’ont rapporté que lors d’un point de presse organisé ce jour par le Ministre de la communication, Pitang Tchalla, ce dernier a déclaré que la tache d’un journaliste était de contribuer au renforcement de la cohésion nationale et certainement pas de prendre partie. Il a estimé que les journalistes internationaux avaient abusé de l’hospitalité du Togo.
Les dérapages sanglants dont nous sommes témoins, a-t-il déclaré, sont dus en partie à ces journalistes qui répercuteraient de manière partiale le déroulement des élections. A cette occasion, il a précisé que les accréditations qui avaient été délivrées pendant la période électorale ne seraient pas renouvelées.
Les journalistes m’ont indiqué qu’ils feraient néanmoins des demandes de renouvellement car la situation actuelle du Togo mérite une couverture médiatique renforcée. Si ces demandes ne sont pas acceptées, les journalistes devront quitter le territoire togolais vers le 30 avril.
Concertation politique au niveau local
Une rencontre avec l’Ambassadeur des USA au Togo s’est déroulée ce matin à la Délégation. Au cours de l’entretien, nous avons échangé des informations sur la situation et avons constaté que le communiqué du Commissaire Louis Michel et la dernière déclaration des USA sur le Togo dans une large mesure partagent un point de vue identique, mettant l’accent sur les violences qui sont exercées à l’encontre des civils et sur le fait que le problème est loin d’être réglé et nécessite une initiative politico-diplomatique dans les prochains jours.
Au cours de cet échange, nous avons constaté que deux leaders de l’opposition attendent le verdict de la Cour Constitutionnelle (qui sera sans surprise): soulignons que nous avons déjà mis en avant ce scénario en parlant des risques d’implosion ou d’explosion au Togo.

Les USA comme la Commission européenne, contrairement à la France, estiment que l’élection du 24 avril et la victoire de Faure Gnassingbe s’est tenue dans des conditions contestables fort éloignées du chemin de la réconciliation nationale et qu’à ce stade la situation au Togo est loin d’être stabilisée.
A cet égard nous avons considéré qu’il vaudrait mieux valoriser l’Union africaine plutôt que la CEDEAO, d’une certaine manière discréditée dans les rangs de l’opposition.
L’Ambassadeur des USA m’a d’ailleurs fait part d’une session à Addis-Abeba au cours de laquelle il a été dit que l’Union Africaine devrait jouer un rôle plus important dans le dossier togolais.
Les leaders politiques Agboyibo et Fabre, tout en marquant une certaine disponibilité pour l’amorce d’un dialogue national réel estiment – ce qui a déjà été maintes fois dit – que la communauté internationale doit vraiment s’impliquer pour qu’un véritable dialogue s’instaure.

Ils ont de plus tenu à préciser qu’il n’est pas sûr que les jeunes les suivent. Certains leaders politiques s’avouent dépassés par leurs militants.
Au cours d’un entretien hier entre Gilchrist Olympio et l’Ambassadeur des USA à Accra, le leader politique a estimé qu’il est peu probable que l’opposition accepte de participer à un gouvernement d’union nationale. Il a également déclaré «la CEDEAO ça suffit», souhaitant que ce dossier soit repris par l’Union Africaine et a précisé que le Président Obasanjo lui avait promis qu’un envoyé spécial serait nommé dans les prochains jours.

Lors d’un entretien téléphonique entre le Departement State à Washington et M. Chambas, Secrétaire Exécutif de la CEDEAO qui se trouvait à Abuja, celui-ci aurait annoncé l’envoi par la CEDEAO le 30 avril d’une délégation ministérielle, dirigée par le Niger, composée des Ministres des Affaires Etrangères du Ghana et du Nigéria pour rechercher un compromis politique avec l’objectif de la mise en place d’un gouvernement d’union nationale.
Enfin, l’Ambassadeur des USA nous a rapporté que lors d’un contact avec son collègue en poste à Paris, tous deux avaient envisagé une démarche auprès du Ministère des Affaires Etrangères français pour exposer la réalité de la situation au Togo, mais que Washington n’a pas souhaité donner son assentiment.
L’opposition n’aurait déposé de recours ni devant la CENI ni la Cour Constitutionnelle, selon le pouvoir en place. Nous allons nous rapprocher de certains de ses représentants pour savoir ce qu’il en est.