02/12/2022

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Togo : Un an de partage de pouvoir RPT-UFC/AGO, marché de dupes ou fausse bonne idée…

De source digne de foi, il a fallu faire preuve de créativité pour trouver des actes de bravoure ou de simples petites avancées à inscrire à l’actif de l’accord signé il y a un an au Togo entre Gilchrist Olympio et le Rassemblement du Peuple Togolais représenté par son Secrétaire Général.

Dans son message au Peuple togolais en date du 27 mai 2010 qui tient lieu de feuille de route de l’accord signé, le président de l’UFC déclarait, , confiant : « J’ai pris pour la première fois la décision de proposer au peuple togolais une voie nouvelle de sortie de crise fondée sur l’esprit de partage du pouvoir. …Aux termes de l’accord que nous avons signé, l’UFC entrera au gouvernement, participera à la formation des cabinets ministériels, désignera des responsables pour les administrations centrales, les sociétés d’Etat, les préfectures, les mairies, les ambassades…»

« De même, les réformes institutionnelles et constitutionnelles prévues par l’Accord Politique global (APG) seront finalisées dans les six mois qui suivent la mise en place du nouveau gouvernement. »

« En vue de garantir le sérieux et l’efficacité de cet accord politique, un comité de suivi a été mis en place dont j’assure moi-même la présidence. »

Très vite, la première fausse note allait provenir du cosignataire de l’accord qui déclarait, au lendemain de l’annonce ci-dessus, « que son parti, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), n’a signé d’accord de partage de pouvoir avec personne. Il s’agissait simplement d’une entrée au gouvernement de ministres UFC, entrée qui inaugure « une ère nouvelle dans l’histoire du Togo ».

Ere nouvelle en effet, en harmonie avec l’esprit nouveau qui préside le Togo. En effet, l’UFC n’avait jamais accepté de participer à un gouvernement RPT, malgré la multitude d’accords signés par le passé, lesquels se sont toujours soldés depuis 1992 par un chapelet de gouvernements d’union nationale, tous aussi incapables les uns que les autres à réconcilier définitivement les togolais entre eux et avec eux-mêmes, et pour cause.
Exit donc « l’esprit de partage de pouvoir ». Aucune avancée majeure non plus sur le front des réformes institutionnelles et constitutionnelles. Alors qu’elles devaient être rondement menées en six mois chrono, ce volet de l’accord s’est soldé par un communiqué et une conférence de presse annonçant urbi et orbi l’option du comité de suivi pour un Régime Présidentiel Tempéré (RPT) , le sigle du parti au pouvoir. Lequel parti au pouvoir ne désespère d’ailleurs pas de retrouver un jour, sous une forme ou une autre, son statut historique de parti unique, parti-Etat.

Circulez ! Il n’y a rien à voir

Fiasco total donc sur les deux objectifs initiaux de l’accord dit historique RPT–AGO (Amis de Gilchrist Olympio). Sans rancune, l’opposant historique et ses « Agolîtes » vont en créer d’autres. Ils veilleront cette fois-ci à ne pas fixer de délai de réalisation, comme s’ils venaient de comprendre que rien ne bougera au Togo avant la « Saint glin-glin » :

« Consolider l’apaisement général dans le pays » ? vaste programme, en ces temps de résurgence de la torture, de détention arbitraire, de répression voire d’interdiction des manifestations, étudiantes ou autres, d’exécution extra judiciaire non élucidée d’homme politique. Vous avez dit apaisement ? Vos partenaires vous le diront, le Togo n’est pas en guerre. Il n’y a donc rien à apaiser ;

« Concourir au redressement économique et social du Togo » ? sans nul doute. Les fonds débloqués avec complaisance par les bailleurs de fonds au titre de l’achèvement du processus PPTE iront garnir les mêmes portefeuilles, les mêmes comptes bancaires à l’étranger, ce qui n’empêchera pas la population de mourir de faim ou de maladies liées à la précarité.

« Créer les conditions pour une alternance politique pacifique » ? Sans réforme institutionnelle et constitutionnelle ? Avec une CENI 100% RPT–AGO, des réunions publiques et manifestations interdites de facto ? Qui vivra verra.

Les vraies raisons de l’échec des accords avec le RPT
Deux raisons majeures expliquent que l’accord actuel RPT-AGO soit, comme ses prédécesseurs, voué à l’échec :

– La première raison est que le RPT reste figé, depuis des décennies, dans une posture nostalgique des années 1975 où tout était slogan, propagande, statue, discours et symbole.

– Par ailleurs, les parrains des négociations-partages du pouvoir auront toujours tout faux, en particulier au Togo

Ainsi, la propagande RPT retiendra comme acquis de l’accord historique de 2010 les bustes des 3 premiers chefs d’Etat du Togo qui ont été installés place de l’indépendance pour matérialiser le discours de Paix et de réconciliation nationale. Ces bustes commandés à grand frais par Faure Gnassingbé pour agrémenter le monument de l’indépendance ont dû être déboulonnés suite à la vindicte populaire la veille de la fête et emportés vers une destination inconnue. Sans vergogne, Faure voulait usurper et partager au bénéfice de son père le dictateur Gnassingbé Eyadema, la gloire de l’âpre lutte contre le colonisateur ; alors que ce dernier servait dans l’armée coloniale française en Algérie.

Deuxième acquis de la paix des braves, la journée porte ouverte Armée-Nation programmée le 5 mai, date anniversaire de l’attentat de Soudou, un hasard sans doute, forcément heureux et prémonitoire. Le 5 mai 1992 à Soudou, Marc Messan Atidépé était assassiné ainsi que plusieurs patriotes togolais dans un odieux attentat perpétré par le régime du dictateur Gnassingbé Eyadema. Gilchrist OLYMPIO, grièvement blessé, n’a dû sa survie qu’à son évacuation sanitaire rapide sur Paris dans un Grumman spécial de la présidence ivoirienne. A ce jour, les auteurs de ces crimes n’ont toujours pas été inquiétés.

Autre acquis de la réconciliation, les quelques « supposées » dépositions recueillies par la Commission Vérité Justice et Réconciliation. Celle-ci a du reste, depuis sa création, rapidement perdu sa Vérité et sa Justice et œuvre ardemment à la réconciliation des togolais. La Commission demande la prorogation de sa mission, du reste accomplie à partir du moment où les togolais qui avaient des griefs contre elle ou certains de ses membres se sont semble-t-il réconciliés et ont accepté de lui confier leurs tourments.

Acquis notable, six « ministres » AGO (Amis de Gilchrist Olympio) et d’autres ont touché pendant un an, un salaire régulier. Pour certains des ministres concernés, c’est le premier emploi régulier de leur vie, même si c’est un emploi fictif !!

Enfin un acquis non des moindres pour les amis de Gilchrist Olympio désœuvrés de la Diaspora, une table ouverte aux cocktails-réceptions des ambassades du Togo.

Vous aurez compris que la montagne RPT-AGO a accouché d’une souris, ce qui n’est guère surprenant.

« Le pouvoir n’est pas un gâteau que l’on se partage », ainsi parlait Alpha Omar Konaré. C’était lors de la crise post électorale au Kenya et au Zimbabwe. Le Secrétaire Général de l’UA avait été, à l’époque, vertement tancé par les chefs de file du syndicat de dictateurs qui présidaient à tour de rôle au destin de l’organisation. Aujourd’hui, il faut se rendre à l’évidence, les accords de partage de pouvoir, les vrais comme les faux, ne marchent pas et pour cause. Parce que les tenants du partage de pouvoir sont tous partisans d’une vision prédatrice et patrimoniale du pouvoir. Il s’agit d’un butin, butin de guerre ou issu de cambriolage qu’il faut partager en donnant des miettes au perdant. En acceptant les miettes qui lui sont offertes pour avoir fait le guet pendant quelques instants, l’opposant historique reconnait qu’il est lui-aussi dans la même logique de prédation, et non dans celle de la défense des intérêts du plus grand nombre, plus démuni, qui est l’écrasante majorité des électeurs dans les pays africains ; des électeurs qui votent et dont la volonté exprimée est systématiquement volée, sous certains cieux.

Ce partage-là est forcément inéquitable, car il ne résulte que de la condescendance de quelqu’un qui sait qu’il se maintient au pouvoir par la fraude et par la force, contre la volonté du peuple. Celui-là veut acheter à bon compte et sur le dos du plus grand nombre, un semblant de paix sociale.

Il s’agit, en réalité, d’administrer une anesthésie collective à une population en colère. Des supplétifs, opposants d’hier, collabos aujourd’hui s’en chargent avec délectation, pour le plus grand bonheur du Prince, Faure Gnassingbé. Pourquoi ce dernier qui prétend avoir gagné les élections avec plus de 60% des suffrages a-t-il besoin, pour gouverner et construire le pays, de rallier son concurrent qui ne s’est vu attribuer que 30% des votes ? Car en Afrique le problème n’est pas de partager, mais de mettre en place les infrastructures permettant aux citoyens de produire les biens pouvant assurer leur minimum vital.

Le faux partage du pouvoir quant à lui entretient un écran de fumée derrière lequel nos princes s’abritent pour éviter de chercher des solutions concrètes aux problèmes réels de l’Afrique.

La rédaction letogolais.com