01/10/2022

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Togo : Un « consensus » effectivement troublant !

La guerre ouverte entre la CAR et l’UFC au sujet de la question de la candidature unique de l’Opposition et à la suite des propos de Gilchrist Olympio occupe tout le champ politique togolais depuis quelques temps. Elle passe pour être le problème premier de l’Opposition togolaise. Du coup, tout se passe comme si des problèmes de fond dont il était question hier étaient résolus, n’avaient plus d’importance ou n’avaient jamais existé.

Il ne faut pas que l’arbre cache la forêt.

Cette situation réjouit visiblement l’entourage de Faure Gnassingbe. Cela se comprend bien : tout ce qui peut affaiblir l’Opposition va dans le sens des intérêts du régime et de son parti. Par ailleurs, cette situation est de nature à aiguiser les appétits de ceux qui considèrent depuis quelque temps que le moment est venu pour eux de se positionner pour tenter leur chance. Ils n’hésiteront pas à utiliser cette guéguerre pour continuer de pêcher en eau trouble afin de tenter de réaliser des ambitions personnelles pour 2010. La situation peut donc avoir des conséquences désastreuses pour l’Opposition. En conséquence, elle mérite qu’on lui consacre toute l’attention nécessaire pour permettre à l’opinion de la comprendre, afin de pouvoir en juger dans la sérénité. La CDPA-BT ne manquera pas de le faire.

Mais en attendant, la CDPA-BT estime nécessaire de revenir sur la question du consensus que l’opposition parlementaire (CAR-UFC) a fait avec le RPT sur la désignation de M. Tabiou comme président de la CENI. Car, elle compte parmi les récents problèmes de fond mis en lumière par les va-et-vient incessants entre Lomé et Ouagadougou. La résolution de ces problèmes de fond est essentielle pour donner des chances à l’alternance politique en en 2010. Il faut donc éviter de faire de cette guéguerre entre le CAR et l’UFC l’arbre qui cache la forêt.

Comme on l’a déjà souligné, le consensus réalisé par l’opposition parlementaire avec le RPT sur le nom de M. Tabiou est effectivement troublant. Rappelons que le CAR et l’UFC étaient partis à Ouaga le 08.08.09 avec, dans leurs poches, une proposition sur la composition de la CENI, et avec la volonté de faire en sorte que la présidence de l’institution revienne à l’un d’entre eux. “Les deux partis réaffirment leur volonté de voir un membre de l’opposition parlementaire présider la CENI, pour une fois”, ont-ils écrit dans leur proposition commune.

Le RPT a rejeté cette proposition et leur a imposé la sienne, celle qui, évidemment, répond mieux à ses intérêts confondus avec ceux du régime. Selon l’AFP, les deux partis de l’opposition parlementaire “étaient farouchement opposés à la nouvelle composition de la Céni voulue par le Rassemblement du peuple togolais (au pouvoir)”. Ils vont pourtant l’accepter au retour de Ouaga. Quant à question de la présidence de la CENI, plus rien n’est dit à la fin des négociations, comme si les deux partis avaient renoncé à “leur volonté de voir un membre de l’opposition parlementaire présider la CENI, pour une fois”. Pourtant, à la fin de la rencontre, l’UFC parlera de “ beaucoup de progrès ” et le CAR fera savoir qu’on ne peut pas tout avoir dans une négociation de ce genre.

Que s’est-il passé à Ouaga les 03 et 04.10.09 ?

Le problème de la présidence de la CENI s’est posé au retour de Ouaga (08.08.09), après la formation de la CENI conformément aux desiderata du RPT. Pour la présidence de l’institution, le CAR et l’UFC vont farouchement s’opposer à l’élection de M. Henri Lardja Kolani.

M. Kolani est membre du PDR, ce parti qui collabore directement avec le régime depuis 2004, et dont le président, Ayéva Zarifou a été ministre des Affaires étrangères de Faure Gnassingbe au lendemain des dramatiques élections de 2005. De fait, depuis 2004, personne ne considère plus le PDR comme un parti d’opposition. La réaction du CAR et de l’UFC est donc justifiée. Mais dans cette situation politique où le rapport des forces reste largement en faveur du régime et de son parti, et où l’opposition parlementaire ne peut rien faire pour changer quoi que ce soit, la détention de la présidence de la CENI constitue-t-elle la revendication majeure de l’Opposition ? On peut laisser cette question de côté pour l’instant.

Début octobre, nouveau voyage à Ouaga pour trancher le différend entre l’opposition parlementaire et le RPT sur le problème Kolani. Et de retour à Lomé, le CAR et l’UFC trouvent le moyen d’arriver à un consensus avec le même RPT sur le nom de M. Tabiou qui, non seulement est un membre du RPT, mais qui fut en plus membre de la CENI en 2005 et en 2007, années où, comme on le sait, l’organisation des élections et la proclamation des résultats n’ont pas été un modèle de transparence et de régularité.

Sans doute M. Tabiou est-il membre de la CENI au titre, non pas du RPT, mais de la société dite civile. Mais en raison de la nature du régime, et compte tenu des fonctions qu’il y a tenues et qu’il continue d’y tenir, M. Tabiou, même s’il le voulait, ne peut pas faire preuve d’impartialité et de fermeté, si les intérêts vitaux du régime et de son parti sont en cause.

Que s’est-il donc passé à Ouaga au sujet du problème de la présidence de la CENI ? Pourquoi l’opposition parlementaire avait-elle alors affirmé sa “volonté de voir un membre de l’opposition parlementaire présider la CENI, pour une fois”, si c’est pour accepter en fin de compte que cette présidence revienne à nouveau à un membre du RPT revêtu du manteau de la “société civile” ?

L’opposition parlementaire ne peut pas réaliser à elle seule l’alternance politique.

Il convient de le souligner une fois encore : le régime Eyadema n’a pas changé. Le système politique du pays n’est pas devenu démocratique. L’Etat togolais continue d’être un Etat de non-droit. Tout cela, parce que les réformes fondamentales, celles qui sont de nature à permettre le changement politique, ne sont pas faites.

Sans doute la vice-présidence de la CENI est-elle concédée à un membre de l’UFC. Mais dans la présentes situation de confusion politique et d’affaiblissement continue de l’Opposition dans son ensemble, que la vice-présidence de la CENI revienne à un membre de l’UFC suffira-t-il pour empêcher le RPT et le président de la CENI d’organiser la fraude, de manipuler les résultats et, au besoin, de refaire un coup de force électoral comme avant, s’ils le jugent indispensable pour maintenir le régime au pouvoir après 2010 ? Et qu’est-ce qu’une opposition parlementaire aussi faible pourra-t-elle faire, si de tels faits se reproduisent en février 2010 ?

Dire que l’opposition parlementaire est trop faible pour mener à elle seule la lutte pour la démocratie n’est pas une critique à l’encontre du CAR ou l’UFC. C’est un constat que les faits malheureusement ne démentent pas. Encore une fois, ce constat oblige à remettre en cause la politique d’opposition conduite jusqu’à présent par le courant dominant de l’Opposition, et à penser autrement la lutte pour le changement politique dans le pays.

Dans un régime de dictature, qui n’entend pas quitter le pouvoir et qui est prêt à tout pour s’y incruster, la lutte pour la démocratie ne peut se réduire à une lutte parlementaire. Elle ne peut pas être menée comme si le pays était devenu un pays démocratique. Les partis d’opposition ne peuvent pas se comporter comme si la situation politique togolaise était identique à celle de la France, de l’Angleterre ou des USA. Ce n’est pas avec de petits jeux politiciens de “donnant-donnant” que l’Opposition togolaise pourra atteindre l’objectif du changement politique indispensable pour faire progresser les conditions de vie de la masse miséreuse de la population togolaise.

Dans la situation politique spécifique du Togo, pour que la lutte d’opposition parvienne à imposer le changement politique, autrement dit pour rendre possible l’alternance politique, il faut une participation massive de tous les opposants à la lutte . Une participation massive, mais aussi active et consciente. Mais pour qu’une telle participation soit possible et efficace, il faut qu’elle soit organisée, et qu’elle se déroule dans un cadre pensé et structuré.

Comme la CDPA-BT continue de le dire, ce cadre incontournable ne peut être que celui d’un vaste mouvement citoyen. Un mouvement d’envergure nationale. Un mouvement ouvert à tous ceux qui veulent l’alternance politique. C’est ce mouvement citoyen que la CDPA- BT propose depuis des années sous le nom du MFAO, et qui se met progressivement en place depuis 2006.

Fait à Lomé, le 28 Octobre 2009.

Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire.
Prof. E. GU-KONU