26/06/2022

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Togo: un scrutin législatif apparemment correct mais qui ne résout rien

LOME, 28 oct (AFP) – 15h45 – En organisant et gagnant sans coup férir les élections législatives dimanche en l’absence des grands partis d’opposition traditionnels, le président togolais Gnassingbé Eyadéma a remporté un succès attendu mais qui ne résout rien sur le fond de la vie politique intérieure, toujours aussi bloquée.
Certes, le scrutin prévu depuis trois ans et reporté deux fois a, selon des observateurs internationaux, été propre et correctement organisé, sans qu’aucune fraude manifeste ni d’incidents notoires n’aient été pour l’instant dénoncés.

Aucun résultat n’était disponible lundi midi auprès de l’organisme chargé de centraliser et vérifier les votes.

La participation semble avoir été assez forte, entre 60 et 65%, selon le ministre de l’Intérieur Sizing Walla. Si ces chiffres se confirment, il s’agira d’un désaveu infligé par une population appauvrie et lassée des jeux politiciens à certains partis d’opposition qui jouent depuis trois ans la politique de la chaise vide.

Ces partis avaient appelé les Togolais à boycotter ce qu’ils considèrent comme une « mascarade électorale ».

Le parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple Togolais (RPT), qui a obtenu 5 sièges dans le nord selon des résultats partiels, ne dominera probablement plus aussi outrageusement l’hémicycle: 78 députés sur un total de 81, les trois restants n’ayant pas été attribués.

Mais au bout du compte le dialogue politique intertogolais lancé en juillet 1999 par l’Accord Cadre de Lomé (ACL) pour mettre fin à dix ans de troubles politiques, ne sera pas débloqué par cette consultation, estime un analyste étranger.

« La vraie solution réside dans le dialogue. Le président doit appeler les responsables de partis politiques pour une discussion autour d’une table », juge Afiwa Kousougbo, une commerçante du grand marché Assiganmè de Lomé.

Les « barons » de l’opposition traditionnelle, une dizaine de partis dont le seul ciment est le départ du général-président Eyadéma en 2003 après 36 ans de pouvoir, et la fin du « monopole RPT » sur la vie politique et économique du pays, avaient décidé de bouder le scrutin. Notamment en raison d’une modification unilatérale par le pouvoir du code électoral en début d’année.

« Chacun a son calendrier. Eux, ils ne pensent qu’à 2003, qu’à la présidentielle », juge un ministre.

Le pouvoir estime pour sa part avoir rempli son contrat, notamment du fait de la participation d’une quinzaine de petits partis, qualifiée de « marionnettes » par les formations qui ont boycotté le vote.

« Le pouvoir RPT a choisi contre toute logique d’organiser une parodie électorale, renvoyant les perspectives d’une sortie de crise aux calendes grecques », juge en écho le journal « Le combat du peuple » (proche de l’opposition) sous le titre « la descente aux enfers! ». Le même journal évoque une « élection sans électeurs » et crie à la fraude.

Un autre quotidien d’opposition, Le Scorpion, n’est pour autant pas tendre pour les dirigeants de l’opposition, estimant qu’ils veulent tous être chefs en dépit de l’annonce de la formation un jour avant le scrutin d’une « Coalition des forces démocratiques ».

« Des coalitions, on en a connues. Il n’y en a pas eu une qui ait réussi à survivre véritablement en dépassant les luttes d’hégémonies et de leadership », dénonce-t-il.

Il y a par ailleurs fort à parier que le résultat de l’élection de dimanche ne modifiera pas l’attitude des bailleurs de fonds internationaux, notamment l’Union Européenne, qui ont coupé l’aide au Togo depuis plusieurs années et limitent leurs activités à des opérations dans les secteurs sociaux et de santé. Fin 2001, la dette extérieure du Togo était évaluée à environ 1,45 milliard d’euros.

Reste enfin en toile de fond « La » question: que va faire le président Eyadéma l’an prochain au terme de deux mandats successifs? Selon la constitution, il ne peut se représenter et a affirmé en plusieurs occasions qu’il entendait « partir se reposer ». Alors que dans son entourage, certains le pressent de rester en place pour éviter un scénario catastrophe, le mystère est à ce jour total sur ses intentions.