08/12/2022

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Trois questions à… François Boko: « élection au forceps ne refléteront pas la volonté populaire »

1. Vous avez été congédié, vendredi 22 avril, du poste de ministre de l’intérieur, après avoir demandé le report de l’élection présidentielle du dimanche 24 avril. Considérez-vous que la France couvre, au Togo, un processus électoral dont vous avez déclaré qu’il mène à la guerre civile ?

Oui, dans certaines circonstances, le silence est coupable et équivaut à une certaine culpabilité. Je ne veux pas accuser la France, mais je constate que faire profil bas alors que le Togo vit une crise de succession revient à fuir ses responsabilités.

La France a des liens historiques avec ce pays, qui a été sa colonie. Cette attitude risque de s’apparenter à une caution vis-à-vis d’une succession réglée à l’avance. Feindre d’ignorer qu’il existe de graves problèmes à résoudre avant d’organiser une élection présidentielle, c’est conduire le Togo dans un scénario similaire à celui qui a eu lieu en Côte d’Ivoire.

2. Estimez-vous que la fraude atteint une ampleur telle que les résultats qui seront proclamés ne peuvent pas refléter la réalité politique du pays ?

Soyons clair : les résultats proclamés suite à cette élection au forceps ne refléteront pas la volonté populaire. D’abord parce que les conditions politiques de cette élection ne sont pas réunies. Ensuite parce que j’ai eu des preuves, durant la deuxième semaine de la campagne électorale, que les principaux protagonistes du jeu politique togolais voulaient en découdre avec des moyens illégaux pour s’assurer la victoire et la gérer soit par la force, soit par l’épreuve de la rue.

3. L’armée, dont vous êtes issu, peut-elle aujourd’hui mettre un terme brutal à la démocratisation du Togo, comme elle l’a fait à plusieurs reprises du temps du général Eyadéma ?

On ne peut pas dire cela, globalement, de l’armée, car il existe en son sein des officiers qui ont un sens élevé de l’Etat, savent qu’ils ne doivent pas faire irruption dans la vie politique et comprennent la nécessité de la neutralité de l’institution militaire. Néanmoins, le fait que la hiérarchie militaire se trouve complètement inféodée au pouvoir fait craindre les risques d’une gestion militaire continue de la chose politique.

Propos recueillis par Ph. Be.
Article paru dans l’édition du 24.04.05