03/12/2022

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Un cybercafé au Togo, est-ce rentable?

Reportage de notre correspondant à Lomé
L’Internet, s’est rapidement développé au Togo depuis son apparition il y a 5 années. Il a été trés vite adopté par les Togolais. Réservé à ses débuts à une élite professionnelle, il s’est répandu dans le grand public grâce aux cybercafés. Les opportunistes vont largement exploiter le créneau. Ce qui était un phénomène de mode à sa création, est devenu aujourd’hui un outil indispensable qui offre plusieurs services indispensables. Les cybercafés ont ainsi véritablement révolutionné la vie des Togolais.

Quand Bill Clinton disait, en 1992, qu’il relierait le monde entier par un réseau, personne n’imaginait la portée de ce discours ni que le monde serait réduit quelques années plus tard à un village planétaire. Les Togolais n’ont pas raté ce virage technologique; au bureau comme à la maison tout le monde surfe.
A tous les coins de rue, les cybercafés ont vu le jour. C’est vers 1997 que les premiers centres de recherches sur Internet apparaissent ; ils ont été une opportunité pour les hommes d’affaires qui ont exploité le caractère communautarisme des Togolais et leur besoin permanent de communication. Après le téléphone c’est Internet qui remplit si bien cette fonction de lien entre les différents membres de la communauté au Togo et dans la diaspora.
Avec une téléphonie performante et un accès facile à l’Internet proposé par Togo Télécoms, les commerçants n’ont pas manqué d’opportunisme. Cette activité a été rapidement lucrative car les Togolais sont très friands de nouveauté. L’ouverture et l’exploitation d’un cybercafé requièrent de formalités administratives auprès du Ministère du commerce, de l’Autorité de Réglementation des Télécommunications et d’autres intermédiaires. Ces formalités sont coûteuses et l’investissement est évalué à 1.000.000 FCFA par ordinateur. Les promoteurs se doivent d’offrir des services complémentaires pour assurer leur rentabilité.

QUELS SERVICES CES CENTRES OFFRENT-ILS?
La téléphonie ou fax sur Internet, l’abonnement, vente de boissons, de certains consommables informatiques, création de salles VIP, la navigation sur Internet… sont quelques-uns des services offerts.
La navigation sur Internet est l’activité majeure des clients dans ces cybercafés. Les premières besoins des clients ont été la création d’adresses électroniques et l’utilisation de la messagerie par l’envoi et la réception de messages électroniques. Seul un site Internet, woezon.com, permet la création des mails gratuits au Togo. La téléphonie sur Internet est également un des services qui avait permis aux cybercafés de s’assurer, pendant un certain temps, des recettes juteuses. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, car Togo Télécoms à fausser le jeu de la concurrence. Un spécialiste télécoms, M. Ange Dokoué explique : « les grands opérateurs qui offraient les services de téléphonie par Internet ont changé de politique; Togo Télécoms a très fortement réduit ses coûts de communication vers l’international. Aller téléphoner dans un cybercafé n’est plus tentant, surtout que la qualité de communication est souvent moindre. » Les services de téléphonie sont aujourd’hui de moins en moins utilisés dans les cybercafés.

A l’origine de ce problème, la minute de communication chez Togo Télécoms était facturée à environ 1750 FCFA ; or dans les cybercafés elle était entre 75 à 150 FCFA, et les clients n’ont pas eu à hésiter dans le choix de leurs prestataires pour leurs communications à l’étranger. Togo Télécoms a légèrement baissé ses prix avant de chercher une seconde parade judiciaire au niveau de L’Assemblée Nationale. Désormais la téléphonie sur Internet est régie par des textes et les licences ont été accordées à cinq sociétés qui doivent payer 192 millions de Francs CFA avec l’obligation d’avoir des équipements de télécommunications flambants neufs. Deux sociétés se sont désistées avant que les trois autres ne suivent. Finalement personne n’a exploité ce marché car la mise de base est onéreuse et risquée. Ainsi, les services dans les cybercafés sont de plus en plus réduits et les promoteurs, avec des marges réduites, ont connu, des difficultés pour assurer leur viabilité.

HARMONISATION DES PRIX DANS LES CYBERCAFES…………
L’essentiel du business de l’Internet est détenu par l’Etat et ses principales institutions ; ils offrent l’accès mais n’interviennent pas dans la fixation des prix de navigation pour l’utilisateur final. Celle-ci est gérée par les corporations des cybercafés. La concurrence déloyale a conduit certains cybercafés à mettre la clé sous le paillasson, avec le personnel au chômage et leurs propriétaires étranglés par des dettes contractées à des taux usuriers.

La navigation est actuellement fixée à 500 FCFA l’heure, à un moment, certains centres l’ont proposée à 300 FCFA l’heure. « A cette période, la téléphonie sur Internet rapportait aux promoteurs et personne ne se plaignait » dit un Directeur de cybercafé, mais aujourd’hui la téléphonie ne marche plus et les affaires sont bloquées. Les associations et syndicats se sont mobilisés pour assurer le contrôle des prix. Selon que l’on veut naviguer une heure, la demie ou le quart, le prix est le même partout. Cette harmonisation n’a duré qu’un temps car depuis la fin du mois d’octobre des cybercafés sont en période de promotion de fin d’année. Faisant fi des exigences de l’association des cybercafés du Togo, 3 patrons de cybercafés à Lomé offrent à leurs clients la navigation de l’heure à 300 FCFA : « ce n’est pas raisonnable c’est vrai mais quand vous avez la concurrence en face qui pratique de bas prix, vous perdez tous vos clients, et vous vous devez de réagir sinon c’est la faillite assurée» expliquent-ils.
L’ouverture d’un cybercafé demande un lourd investissement ; du local aux frais de raccordement en passant par la confection des meubles, l’achat d’une ligne spécialisée, l’acquisition des ordinateurs, les frais d’électricité, la gestion du personnel, les frais de promotion, etc.. L’offre d’ordinateurs de deuxième main à bas prix étant légion au Togo, certains patrons de cybercafés s’en contentent. Pourtant, que ce soit 500 ou 300 F, le prix de la consultation est le plus bas de l’Afrique de l’Ouest.

DEVELOPPEMENT DES CYBERCAFES ?
Un cybercafé c’est le point d’accès communautaire à Internet. En1998 il en existait à peine 4 dans le pays mais aujourd’hui on en compte une cinquantaine si on tient compte uniquement de ceux qui sont branchés sur une ligne spécialisée avec une connexion permanente. Si on tient compte de ceux qui peuvent posséder un modem sur un réseau de consommation téléphonique ou de connexion sur faisceau hertzien, on en dénombre 250 uniquement à Lomé, et 300 à 320 sur l’étendue du territoire.

Monsieur Hounsinou Mike a 43 ans et est directeur de plusieurs sociétés. Il fait partie des trois premiers promoteurs de cybercafés au Togo. Il raconte que « c’était passionnant, j’avais trois machines et je les avais montées selon mes besoins ; il y avait la téléphonie et le fax sur Internet et on faisait des recettes, je maîtrisais l’outil informatique et les nouvelles technologies et j’avais formé plusieurs jeunes qui sont devenus autonomes ; aujourd’hui ils sont heureux.» L’Internet est devenu une nécessité pour le grand public. Il n’y a pas de cibles prédéfinies.
Par rapport aux opportunités offertes on peut estimer que les cybercafés sont sous-exploités car les consultations sont limitées aux e-mails, « nous ne tirons pas assez des potentialités que l’Internet et les cybercafés devraient nous permettre d’avoir » dit Aimé Koussi, spécialiste des nouvelles technologies dans un centre de formation. L’utilisation va dans tous les sens : consultation de mails, relations amicales, recherches, études, bourses, inscriptions, famille, documentation, la téléphonie, le chat, les commandes, etc.. Etudiants, chercheurs, médecins, commerçants, enseignants, etc.. vont dans les cybercafés pour communiquer et s’informer. « Il faut l’utiliser pour des besoins essentiels. Les Etudiants peuvent créer des groupes virtuels d’échanges pour tirer le maximum de profits » ajoute Aimé Kouassi, religieux et spécialiste des nouvelles technologies.

L’avenir étant à la formation à distance via Internet ( l’e-learning ou e-formation), les promoteurs de cybercafés pensent qu’ils ont encore des beaux jours devant eux . Les internautes auront de plus en plus recours à leurs services : « il est moins cher de surfer dans un cybercafé que chez soi ; une heure de surf vaut 500 F dans un cybercafé alors qu’elle est évaluée à 1000 F à la maison ».

La rédaction