05/12/2022

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Un togolais à la recherche des secrets du cerveau

Le laboratoire de métabolisme cérébral et neuropathologies de l’Université d’Orléans travaille depuis dix ans à mieux connaître les arcanes du cerveau. L’épilepsie constitue sa cible numéro un.

A la poursuite d’un rêve. Les épileptiques étaient jadis considérés comme des damnés punis par Dieu, raconte Tobias Hévor, le responsable du laboratoire de Métabolisme Cérébral et Neuropathologies. Ce sont aujourd’hui des malades comme les autres grâce à la Science. Trois pour cent de la population mondiale souffrent d’épilepsie, ce dérèglement électro-encéphalographique qui provoque des convulsions et dont l’équipe du professeur Hévor cherche à percer les mystères. Notre rêve est de découvrir le phénomène qui déclenche la crise épileptique, s’enthousiasme Tobias Hévor.

Ce fils d’agriculteur togolais, âgé de 52 ans, est arrivé en France en 1971 pour passer sa maîtrise de physiologie à l’université de Nancy 1. Titulaire d’un doctorat de 3e cycle et d’un doctorat d’Etat de la spécialité, il a également décroché à Nancy un Diplôme d’études et de recherches en biologie humaine, avant de devenir maître de conférence à Lille 1 en 1981, puis professeur de physiologie à La Source à partir de 1991.

L’approche métabolique. L’été 2002 restera marqué d’une pierre blanche pour l’équipe du professeur Hévor. Le matériel de haute technologie et la documentation du laboratoire ont quitté, dix ans après sa fondation, ses locaux préfabriqués pour emménager dans des salles rénovées, au premier étage du bâtiment de Physique-Chimie. Le laboratoire rassemble des passionnés du moins connu des organes humains, le cerveau : deux enseignants-chercheurs, deux chargés de recherche du CNRS, quatre maîtres de conférence, deux techniciens, quatre thésards, un étudiant en DEA et plusieurs stagiaires.

Leur nouvelle antre regroupe des salles de culture, de biologie moléculaire, de neurochimie, de physiologie et électrophysiologie, ainsi que du matériel ultrasophistiqué tel que patch clamp (servant à mesurer le fonctionnement de petites surfaces de cellules), HPLC à multidétection, incubateurs, hottes à flux laminaire, etc.). Et il reste de la place pour accueillir des salles de radioactivité et de microbiologie, lorsque les crédits suivront…

De grands mystères à élucider. Grâce à l’approche métabolique, l’équipe du labo entend bien apporter sa pierre à la découverte des causes de l’épilepsie. Mais pas seulement. Tobias Hévor et ses collègues consacrent également une bonne partie de leurs recherches à l’observation des anomalies sur les astrocytes, ces cellules impliquées dans 80 % des cancers du cerveau, un travail mené en étroite coopération avec les docteurs Thierry Dufour, neurochirurgien, Sonia Nizard, cytogénéticienne, et Olga Espérandieu, anatomopathologiste, du CHR d’Orléans.

Parce que les neuropathologies occupent une place prépondérante dans la recherche, accentuée par le vieillissement de la population, le laboratoire étudie par ailleurs une molécule mise au point par une entreprise pharmaceutique contre la maladie d’Alzheimer et multiplie les partenariats avec des sociétés privées (comme Agrobio à La Ferté Saint-Aubin ou Green Pharma sur le site de la Technopole du campus universitaire), des professeurs étrangers (les Prs. Magistretti de Lausanne et Eshrich de Leipzig) ou des associations internationales telles que la société pour l’étude de la glie, spécialisée dans les cellules du cerveau, basée aux Etats-Unis.

Des locaux flambant neufs. Si on connaît assez bien aujourd’hui la chimie du cerveau, explique le Pr. Hévor, en revanche on ne sait pas vraiment comment il fonctionne. Dans un domaine aussi complexe, il est difficile de donner des échéances de résultats. Mais rien n’est impossible. La recherche devrait parvenir à trouver des remèdes à des maladies comme celles de Parkinson ou d’Alzheimer. Mais pour d’autres, comme les maladies psychiques, cela semble plus compliqué… Enfin, il reste de grands mystères à élucider : par exemple, pourquoi a-t-on une conscience et où se cache-t-elle ?

Le progrès scientifique ne se nourrit pas seulement de matière grise, mais aussi d’espèces sonnantes et trébuchantes. Dans ses locaux flambant neufs, le laboratoire de Métabolisme Cérébral et Neuropathologies manque, comme beaucoup d’autres centres en France, de crédits de fonctionnement pour acheter des produits consommables très onéreux, notamment certains sérums ou enzymes… Si la santé n’a pas de prix, la recherche en a un.