09/12/2022

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Le président Eyadéma en route pour un 3ème mandat, l’opposition divisée

ABIDJAN, 25 avr (AFP) – 20h02 – Après presque 36 ans de pouvoir, le président du Togo Gnassingbé Eyadéma n’ira pas « se reposer » cet été, comme il l’avait annoncé, et acceptera, sauf incroyable, l’investiture de son parti, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), qui l’a désigné vendredi pour briguer un troisième mandat successif de cinq ans le 1er juin.

A ce jour, Quatre autres candidats se sont déjà déclarés : Gilchrist Olympio, fils du premier président du Togo indépendant Sylvanus Olympio, l’avocat Yaowi Agboyibor, président du CAR (Comité d’Action pour le Renouveau), Nicolas Lawson, un homme d’affaires quinquagénaire qui s’est essayé à la politique au début des années 1990 et Edem Kodjo, président de la Convergence Patriotique Panafricaine (CPP).

Techniquement M. Olympio, qui vit en exil, pourrait être déclaré inéligible du fait de la modification récente de la constitution par le Parlement, dominé par le RPT (72 députés sur 81), qui désormais exige un an de résidence dans le pays. Il a malgré tout annoncé son retour samedi à Lomé pour « remplir les formalités ».

Le dépôt de candidature est clos le 1er mai, et le RPT a réuni ses instances dirigeantes vendredi pour désigner sans surprise son champion: Gnassingbé Eyadéma.

Une investiture qui ne faisait aucun doute, tant se sont multipliés depuis des mois les appels en ce sens de la « société civile » relayés par la presse mais aussi du premier cercle du pouvoir.

Le 30 décembre, l’Assemblée nationale avait donné un signal très clair en réaménageant la Constitution et ouvrant ainsi techniquement la voie à une éventuelle troisième candidature du président.

Désormais, le président est « rééligible » sans plus de précision, alors que l’ancien article 59 prévoyait que le mandat présidentiel était « renouvelable une seule fois », et stipulait qu' »en aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats ».

« Nous ferons tout pour que le président Eyadéma soit notre candidat et qu’il soit réélu brillamment! », avait lancé en février le président de l’Assemblée nationale, Fambaré Natchaba.

Depuis qu’en juillet 2001 il avait annoncé son retrait en 2003, conformément à des engagements pris en juillet 1999 lors de la conclusion de l’Accord cadre de Lomé (ACL) entre le pouvoir et l’opposition pour tenter de mettre fin à dix ans de crispations politiques, rien ou presque n’a changé.

Le pouvoir est toujours dominé par la personnalité écrasante du président, doyen des chefs d’Etat africains. Même si son parti a connu des soubresauts internes qui ont notamment entraîné le limogeage du Premier ministre Agbéyomé Kodjo en juin 2002. Ce dernier avait publié une diatribe-testament d’une rare violence contre son ancien mentor.

Quant à l’opposition, elle est plus que jamais divisée, voire inefficace selon un diplomate occidental.

En octobre une partie de l’opposition a bien tenté de se regrouper dans une « Coalition des Forces Démocratiques » (CFD), mais quelques mois plus tard l’UFC (Union des Forces du Changement), le parti de Gilchrist Olympio, en claquait la porte.

Avec un programme qui se résume à « déboulonner » Gnassingbé Eyadéma et mettre fin au « système RPT », les principaux leaders de l’opposition n’ont pas réussi après des mois de tractations à choisir un candidat unique pour affronter l’inaltérable président, donnant par là même une magnifique occasion au camp présidentiel de dénoncer, selon un ministre, le « risque qu’il y aurait à confier le pays à des gens qui ne sont même pas fichus de se mettre d’accord entre eux ».

Le contexte régional et surtout la crise ivoirienne que le président togolais a eu à traiter en tant que chef d’une médiation ouest-africaine, a également opportunément servi ce dernier: le hâvre de stabilité qu’était la Côte d’Ivoire pendant les 33 ans de règne d’Houphouët Boigny s’est enfoncé dans le chaos et flirte avec la guerre civile. Traduction dans les cercles du pouvoir à Lomé: Si Eyadéma part c’est le chaos garanti.

Le général Eyadéma, n’a de toute façon, comme il le déclarait récemment, pas « l’intention de laisser s’installer la chienlit », référence à l’un de ses inspirateurs, le général De Gaulle et une allusion à peine voilée à la chaotique transition du début des années 1990 qui s’était terminée avec des chars dans les rues de Lomé.