07/12/2022

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Les médias togolais dans la ligne de mire de l’armée

AFP-Lomé-10/02/05–Les médias togolais sont dans la ligne de mire des Forces armées togolaises (FAT), après l’arrivée au pouvoir de Faure Gnassingbé, un des fils du président défunt Gnassingbé Eyadéma, qui a menacé de les mettre au pas et de les sanctionner.

Ainsi une radio privée togolaise, Radio Lumière d’Aného, a été fermée jeudi et son matériel saisi « pour incitation à la révolte et à la haine », a indiqué à l’AFP le capitaine Moïse Oyomé Kemence chargé de la communication des FAT.

La radio avait diffusé jeudi la déclaration d’un opposant togolais, Harry Olympio, président du rassemblement pour le soutien du développement et de la démocratie (RSDD, opposition constructive), demandant à la France d’appliquer des accords de défense pour « rétablir l’ordre constitutionnel » et menaçant « d’appeler les Togolais à la désobéissance civile.

Au cours d’une réunion des patrons de radios et télévisions privées du Togo, convoqués jeudi par le président de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), Georges Combévi Agbodjan, le capitaine Kemence a estimé que ces médias « appellent la population à descendre dans la rue, à la désobéissance civile ».

« Ce n’est pas du devoir de la presse, et mieux, c’est la déontologie qui nous l’interdit », a-t-il affirmé.

Pour les FAT, « certaines chaînes privées s’adonnent à un jeu très dangereux au résultat imprévisible », a-t-il ajouté avant de pointer du doigt quatre stations: « Nana FM, Nostalgie, Kanal FM, Radio Maria ».

« Nous voulons porter à votre connaissance que nous avons tous les moyens pour mettre fin à cela parce que nous ne voulons pas un Rwanda ici et une radio mille Collines », a averti l’officier en référence aux médias de la haine qui avaient encouragé le massacre de près d’un million de Tutsis pendant le génocide de 1994 au Rwanda.

« Il faudrait que chacun s’attèle à la législation qui sous-tend ce métier. Je vous avertis aussi que l’armée suit toutes les chaînes avec une attention particulière », a-t-il lancé aux journalistes.

Il a expliqué que l’objectif des FAT « est de maintenir une certaine sérénité, la paix et la sécurité, et de laisser le temps aux politiciens de jouer leur jeu », avant d’inviter les radios à « relancer les débats contradictoires au lieu d’orienter leurs émissions de manière partisane et à susciter la haine et la violence ».

Le patron de la HAAC a invité les journalistes « à la modération et au respect de la déontologie du métier », accusant les patrons de radios de mettre leurs « antennes à la disposition (…) de va-t-en guerre et de pyromanes qui appellent à la révolte et à la haine ».

Dans une déclaration le 8 février, la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH), constatait que « la liberté d’expression et de presse continue de faire peur au régime RPT (Rassemblement du peuple togolais, parti présidentiel) ».

« Plusieurs radios sont harcelées par le président de la Haute autorité de l’Audiovisuel et de la communication (HAAC), une coquille vide du régime, pour faire cesser toutes les émissions ayant trait à l’actualité de l’odieux coup d’Etat », ajoutait le texte.

Le ministre de la Communication, Pitance Talla a répondu mercredi: « Le gouvernement a averti le président de la HAAC qu’il pouvait appliquer le code de la presse et fermer les radios qui diffuseraient des appels à la haine ou encourageraient les populations au désordre. Nous ne voulons pas devenir la Côte d’Ivoire ».

Par ailleurs, Radio France Internationale (RFI), interrompue pendant deux jours en modulation de fréquence a été rétablie jeudi, mais un envoyé spécial de RFI est toujours bloqué au Bénin, les autorités lui refusant le visa d’entrée au Togo.